Pour une meilleure gouvernance de l’eau

Le 17 janvier 2012 par Stéphanie Senet
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La mission d’information sur la géopolitique de l’eau, créée le 5 octobre 2010 par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, vient de publier son rapport (1). Celui-ci propose 20 orientations en faveur d’une meilleure gouvernance de l’eau au niveau mondial, une aide publique au développement plus efficace et une «hydrodiplomatie».

Cette mission, dont le rapporteur est Jean Glavany (député des Hautes-Pyrénées, SRC), s’est attaché à étudier les tensions qui pèsent sur l’avenir de l’eau et de l’homme. Elle s’est donné pour mission d’élaborer les scénarios d’une nouvelle gouvernance de l’eau à l’échelle mondiale. Pour cela, les rapporteurs ont auditionné des diplomates, analystes, géographes, juristes, représentants d’institutions, chefs d’entreprise et ONG.
 

«A maintes reprises, nous avons dû étudier les ratifications de textes sur l’eau au sein de la commission. Lorsque nous avons fait notre rapport sur la ratification de la convention de New-York sur l’utilisation des cours d’eau, j’avais proposé de travailler sur cette question géopolitique. Ensuite, Axel Poniatowski l’a inscrite au programme», explique l’ancien ministre de l’agriculture et de la pêche.
 

Ce rapport-fleuve de 300 pages commence par dresser un état des lieux des ressources et des besoins en eau sur la planète. Les chiffres, qui ne sont pas nouveaux, donnent le ton: il y a urgence à agir. Ainsi, 900 millions de personnes n’ont pas d’accès à l’eau potable. Plus d’un tiers de l’humanité vit dans un environnement insalubre, sans évacuation des eaux usées. Si le taux de connexion à l’eau potable à domicile est de 100% dans les pays du Nord, il est de 44% dans les pays en voie de développement et tombe à 16% en Afrique subsaharienne.
 

En moyenne, chaque être humain dispose de 5.000 mètres cubes d’eau par an. Derrière cette statistique, les volumes font le grand écart: un Islandais dispose de 630.000 m3 par an alors qu’un Gazaoui de seulement 59 m3, selon les chiffres de la Food and Agriculture Organisation (FAO) en 2009.
 

Concernant les usages, l’agriculture reste la plus grande consommatrice. Elle pompe 70% de l’eau prélevée. Il faut en effet de 2.000 à 5.000 litres d’eau pour produire la nourriture quotidienne d’une personne (et même 13.000 litres pour produire un simple kilogramme de viande de bœuf). L’irrigation n’a pas cessé d’augmenter au cours des dernières décennies. 280 millions d’hectares sont aujourd’hui irrigués dans le monde contre 190 en 1980. Après l’agriculture, l’eau se destine à la production industrielle et énergétique (20%) et à la consommation domestique (10%).
 

Les distorsions sont flagrantes au niveau géographique. Quatre grands pays prélèvent près de la moitié des eaux souterraines dans le monde: l’Inde (190 km3 par an), les Etats-Unis (110 km3) pour irriguer les grandes périmètres de l’agro-industrie, le Pakistan (60 km3), et la Chine (53 km3, du fait des forages paysans).
 

Mais les 9 pays qui concentrent 60% des réserves d’eau douce mondiales sont le Brésil, le Canada, la Chine, la Colombie, les Etats-Unis, l’Inde, l’Indonésie, le Pérou et la Russie.

Le problème? En 2025, la demande d’eau sera de 56% supérieure à ce qu’elle est actuellement, pointe le rapport.
 

«Parmi les plus grandes tensions que l’on a pu observer, j’ai voulu lancer un cri d’alarme sur l’état écologique de l’eau, et en particulier des mers et des océans, affirme Jean Glavany. On sait seulement mesurer la pollution des fleuves, des bassins ostréicoles ou des bords de mer. Mais nous devons mieux connaître les poches de pollution marine.»
 

Selon lui, la solution passe par une centralisation des données au sein d’une structure mondiale dédiée. «Comme la diplomatie française milite depuis quelques années en faveur d’une Organisation mondiale de l’environnement, elle pourrait comporter une antenne dédiée à l’eau», suggère-t-il.


Concernant le recueil d’informations, «il faut soutenir les programmes scientifiques sur les eaux pluviales, multiplier les données sur les bassins et les aquifères». Côté gestion, «il est nécessaire de la décentraliser, en associant les populations locales, de soutenir la création d’agences de bassins transnationales, de mettre l’accent sur la réutilisation des eaux usées et d’adapter les usages de l’eau à sa disponibilité, grâce à une tarification appropriée».


Au passage, il estime que «le problème de l’eau n’est pas technique, mais politique. C’est une question de gouvernance et de redistribution». Ses 20 propositions pour l’avenir tablent sur la solidarité, l’aide publique au développement «avec moins de prêts et plus de subventions directes» et la mise en place d’une hydrodiplomatie. Celle-ci reposerait sur la convention de New York du 21 mai 1997, dont la ratification doit s’élargir, et qui serait dotée à terme d’un organe de conciliation et de règlement des différends. L’objectif mondial relatif à l’accès à l’eau potable et à l’assainissement (OMD n°10) devrait par ailleurs, selon le rapport, devenir un objectif en soi.
 

(1)    http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i4070.pdf

 



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