Pour une eau potable sans pesticide, rien ne vaut l’agriculture biologique

Le 22 août 2013 par Marine Jobert
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93% des points d'eau mesurés en France comportent des pesticides.
93% des points d'eau mesurés en France comportent des pesticides.

Les pollutions diffuses d’origine agricole (nitrates et produits phytosanitaires) coûtent cher et rendent malades les populations et le milieu naturel. L’Etat français pourrait passer à la caisse si les menaces d’assignation devant la Cour de justice de l’Union européenne pour mauvaise application de la directive Nitrates se concrétisent. Le temps presse, donc, pour que la France réduise drastiquement les pollutions de l’eau potable par les pesticides et les fertilisants. Un guide vient de sortir à cet effet.

Réduire concrètement les pollutions de l’eau potable liées à l'utilisation de fertilisants et de pesticides, en zone agricole et non agricole. C’est le thème d’un guide méthodologique consacré à la protection des aires d’alimentation des captages en eau potable, publié par le ministère de l’écologie, en collaboration avec le ministère de l’agriculture. Un récent rapport du Commissariat général au développement durable (CGDD) rappelle l’aggravation continue de la situation: 93% des points de mesure révèlent des pesticides, contre 91% en 2010. Par ailleurs, 19% des relevés affichent plus de 20 pesticides contre 15% l’année précédente.

 

Objectif de santé publique

L’objectif de santé publique est clairement énoncé dès le départ: «L'exposition chronique aux pesticides constitue le principal facteur de risques pour la santé». Un constat dans le droit fil de la méta-analyse de l’Inserm[1] dévoilée en juin dernier, qui confirmait des «présomptions fortes ou moyennes» de lien entre l’exposition à des pesticides et des maladies comme le lymphome non hodgkinien, le cancer de la prostate, les myélomes multiples, des leucémies, les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, divers troubles cognitifs, ainsi que des impacts sur la fertilité.

 

Ne pas polluer, c’est moins cher

L’un des leitmotiv du guide peut se résumer ainsi: mieux vaut prévenir que guérir. Car la pollution a un coût élevé, payé par les particuliers via leur facture d’eau. Selon les bassins, la facture d’eau représente entre 80 et 90% des recettes de redevances. «Les moyens curatifs (traitement sur charbons actifs, ultrafiltration...) et palliatifs (changement de ressources, interconnexion), sont souvent privilégiés mais ils ne peuvent être une solution pérenne. Ils conduisent à une augmentation de la facture d'eau, posent la question du traitement des déchets et ne protègent en aucun cas les ressources naturelles en eau, pourtant limitées.» Un argumentaire économique de l’Agence de l’eau Seine-Normandie décrit par le menu pourquoi le préventif coûte moins cher que le curatif.

 

LA solution: réaliser des actions préventives par la mise en place de meilleures pratiques agricoles et non agricoles en amont du captage. L’acquisition de terres agricoles -obligatoire pour les parcelles incluses dans le périmètre de protection immédiate du captage- peut être un outil pour des collectivités volontaristes. Mais la stratégie est coûteuse; les mesures agro-environnementales pourront lui être préférées. «Privilégier l'installation d'agriculteurs ayant des pratiques favorables à la ressource en eau sur les zones les plus sensibles de l'aire d'alimentation de captage permet aussi de garantir une stabilité des pratiques», est-il suggéré.

 

Convaincre les acteurs

 Le guide ne prétend pas balayer tous les enjeux économiques et réglementaires de la question. Il note «qu’un plan d'action visant à protéger une aire d'alimentation de captage doit s'appuyer sur une connaissance fine du contexte local: limites et vulnérabilités de l'aire, activités en présence et pressions liées, réglementations et actions déjà mises en œuvre et marges de manœuvre possibles».

 

La coordination nécessaire entre les services de l’Etat, les différents acteurs en jeu et les financeurs est soulignée, car «la co-construction du projet territorial avec les acteurs concernés peut permettre une appropriation collective des objectifs de protection de la ressource en eau et une élaboration de mesures visant l’évolution des activités, adaptées au contexte territorial». Le guide offre un rapide tour d’horizon du corpus réglementaire qui peut influer sur la qualité de la ressource, comme la réglementation relative au captage, à l’utilisation des pesticides, aux activités agricoles spécifiquement (programme d’action Nitrates et conditionnalité des aides de la PAC). Autant de contraintes qui ont un coût pour les agriculteurs, dont les pollutions aux pesticides et aux fertilisants sont aujourd’hui supportées par la collectivité publique. «Tout l'enjeu d'un plan d'action est de répondre aux objectifs environnementaux sans pour autant remettre en cause la viabilité économique des exploitations.»

 

L’agriculture biologique pour ne pas polluer

La principale piste proposée par ce guide pour réduire la pollution, c’est la conversion des exploitations à l’agriculture biologique, «qui apparaît comme une solution tout à la fois efficace et réaliste pour atteindre le bon état des eaux sur un territoire donné». Notamment quand restaurer la qualité de l’eau va s’avérer fort coûteux, ou quand un programme de zone soumise à contrainte environnementale est envisagé. La demande en agriculture biologique ne semble pas constituer un critère décisif pour inviter les agriculteurs à se lancer dans l’aventure. «Les territoires où une action préventive devrait suffire à maintenir l’état de ressources peu dégradées» sont également de bons candidats à la conversion.

 

Et de lister les avantages environnementaux de l’agriculture biologique, qui occasionne «en moyenne moins de risque de pollution par les nitrates», puisqu’est interdite l'utilisation d'engrais minéraux azotés pour les productions végétales et que l'utilisation d'intrants extérieurs à l'exploitation est restreinte aux substances naturelles ou dérivées. Evidemment, «n'utilisant pas de pesticides de synthèse, l’agriculture biologique ne participe pas à la pollution des eaux par les matières actives correspondantes». Et le guide de conclure que cette agriculture est «le mode de conduite qui optimise le mieux les paramètres économiques et sociaux à l’échelle de l’exploitation, pourvu que les filières de valorisation des produits existent ou puissent être mises en place».

 

Aides à la conversion en chute

Reste que les politiques publiques actuelles ne prennent pas cette direction. En avril dernier, l’Agence Bio a fait les comptes: si en 2011, on comptait environ 15 conversions par jour, sur la période 2012-2013, il y en a eu trois fois moins. En cause, l’envolée des prix des céréales et l’absence de politiques publiques incitant aux conversions. Une situation d’autant plus grave que les surfaces en conversion représentent plus d’un quart des surfaces cultivées en bio (28% en 2011). Une situation qui désespère Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab). «Si l’on veut réellement protéger les 514 captages d’eau potable prioritaires définis par le Grenelle, il est urgent d’inciter au zéro pesticide et au recours au bio d’une manière forte.» Cette solution fonctionne déjà sur 12 sites-pilotes de captage prioritaire en France, développés en partenariat avec les agences de l’eau et les ministères de l’écologie et de l’agriculture. «Le bio représente déjà 6% de la SAU [contre 3,5% au niveau national, ndlr] sur la moitié de ces sites. Mais 6 sites sur 514 prioritaires, c’est très peu», conclut-elle.

 



[1] Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale

 

 



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