Pour la création d’Airbus de l’hydrogène

Le 05 février 2020 par Victor Miget
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Philippe Boucly - président de l'AFHYPAC
Philippe Boucly - président de l'AFHYPAC
AFHYPAC

L’hydrogène en France progresse. Prochaine étape : passer à une phase industrielle pour transformer l’essai. Philippe Boucly, président de l’AFHYPAC nous en dit plus.  

 

Quelle est la mission de L’Association française pour l’hydrogène et les piles à combustible (AFHYPAC)?

L’AFHYPAC regroupe l’ensemble des acteurs de la filière hydrogène française. Nous comptons 160 membres. Nous fédérons l’ensemble des acteurs et faisons en sorte que la société dans son ensemble soit informée sur l’hydrogène. Nous faisons aussi du lobbying afin de faire évoluer les textes pour que l’hydrogène soit considéré comme un vecteur énergétique.

C’est-à-dire?

Sur ce point, nous avons obtenu des avancées intéressantes, notamment à travers la loi Energie Climat promulguée en novembre dernier. L’article 1 reprend l’un des objectifs du plan Hulot sur le déploiement de l’hydrogène (lien). Soit de 20 à 40% d’hydrogène décarboné à l’horizon 2028. L’article 49 admet un droit d’accès à tous les gaz renouvelables ou bas carbone, ou de récupération dans les réseaux de gaz naturel. L’article 52 donne quant à lui l’autorisation au gouvernement de légiférer par ordonnance pour prévoir la production, le transport, le stockage et les utilisations de l’hydrogène. Il met aussi en place un mécanisme de soutien, pour la production d’hydrogène renouvelable ou bas carbone.

Où en est la filière hydrogène en France actuellement?

Nous rattrapons notre retard à grand pas. En termes de stations, nous en avons une quarantaine et probablement une centaine d’ici à 2023. C’est l’objectif fixé par le plan Hulot (lien). Concernant les voitures, on en compte 400 en tout en France. Renault a ajouté deux véhicules hydrogène à son catalogue, PSA en a annoncé aussi pour 2021.

17 lignes se sont portées volontaires pour adopter des bus à hydrogène. Actuellement, nous avons recensé environ 200 véhicules, pour lesquels il y a eu une décision d’achat de la collectivité. Nous avons encore une centaine de bus qui intéresse des collectivités. De son côté, Alstom a décidé de travailler sur le train à hydrogène, mais il est toujours en phase de conception.

La filière avance doucement. Quels leviers doit-on actionner pour accélérer?

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) donne une trajectoire sur le développement de l’hydrogène en France. 5.000 véhicules utilitaires légers et 200 véhicules lourds (bus, camions, TER, bateaux) à l’horizon 2023. De 20.000 à 50.000 véhicules utilitaires légers, 800 à 2.000 véhicules lourds (en plus des objectifs de production cités ci-dessus et un soutien de 50 millions d’euros par an, à l’hydrogène décarboné ndlr).

Les objectifs sont là, maintenant il faut les atteindre. Comment faire? Les technologies sont encore chères, et il n’y a pas encore de modèle économique. La clé sera la massification. Les projets de grande envergure justifieront la création d’une base industrielle. Pour l’heure, nous ne sommes même pas dans une phase semi-industrielle sur l’hydrogène renouvelable. A titre d’exemple, le fabricant d’électrolyseurs français McPHy, annonce qu’il va équiper la plus grande unité de production d’hydrogène zéro-carbone en Europe (construite par les industriels Nouryon et Gasunie ndlr). Ca ne représente que 20 MW. Ce n’est rien du tout et pourtant c’est la plus grande plateforme de ce type en Europe.

Il est nécessaire de s’associer au niveau communautaire, pour changer d’échelle et donc baisser les coûts et permettre le développement des projets des différents territoires. Pour y parvenir il ne faut pas faire qu’un Airbus de l’hydrogène, comme avec les batteries pour véhicules électriques. Mais il faut faire des Airbus de l’hydrogène. Un pour les bus, un pour les voitures, un pour les bateaux, pour les camions etc.

En France, pour réaliser le plan Hulot au moins dans sa première phase (2019-2023 ndlr), il faudrait investir environ 2 milliards d’euros. Et nous demandons une aide de l’état de l’ordre de 800 millions d’euros. C’est la condition pour que les investissements se fassent, sinon les projets ne seront pas rentables et les industriels ne suivront pas.

Les mois qui viennent vont être déterminants sur le plan industriel, notamment à travers les projets de l’appel à manifestation d’intérêt de mardi dernier[1]. De cela devrait émerger une masse d’équipement à produire et donc des motifs pour les industriels de s’engager.



[1] Le 20 janvier 2020, le gouvernement a annoncé 10 nouveaux lauréats de la seconde vague de l'appel à projets «Ecosystèmes de mobilité hydrogène» lancé par l'Ademe fin 2018.