Pour l’Anses, l’entomophagie n’est pas sans risque

Le 09 avril 2015 par Romain Loury
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Gare aux allergies !
Gare aux allergies !
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Dangers physiques, chimiques, microbiologiques et allergiques… la consommation d’insectes, souvent présentée comme l’avenir protéique de l’humanité, n’est pas dénuée de risques. Alors que l’Union européenne pourrait clairement reconnaître ces aliments dès 2016, le sujet de leur sécurité demeure encore peu exploré, observe l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).

Avec plus de 9 milliards de Terriens à nourrir en 2030, l’humanité s’achemine vers de sérieux problèmes de sécurité alimentaire et d’approvisionnement en protéines. Le tout sur fond de pollution des eaux et d’émissions de gaz à effet de serre, dont l’élevage, et l’agriculture en général, sont une des causes principales.

Face à ce dilemme, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) se prononce clairement en faveur de l’entomophagie, jugée moins nocive pour l’environnement. Car si l’idée peut en repousser plus d’un, 2,5 milliards de personnes à travers le monde le pratiquent déjà.

Au niveau européen, la Belgique semble le pays le plus avancé en la matière, avec 10 espèces d’insectes et leurs dérivés autorisés par l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca). Pour cela, elle s’est appuyée sur l’ambiguïté du règlement européen de 1997 sur les nouveaux aliments, peu adapté à la question des insectes.

Venins, toxines, pesticides et médicaments

Le texte devrait être réactualisé en 2016, avec mention claire des insectes entiers et de leurs parties. Or, à moins d’un an de cette évolution réglementaire, réel signal de départ d’une filière alimentaire, on en sait étonnamment peu sur les risques entrainés par la consommation des insectes. Ils semblent pourtant nombreux, comme le montre l’Anses dans son avis publié jeudi 9 avril.

Parmi les risques chimiques, figure en premier lieu celui lié aux substances fabriquées par l’insecte lui-même, qu’il s’agisse de venin, de toxines accumulées ou produites par l’animal. Plus classique, l’accumulation de pesticides, de métaux lourds, de polluants organiques persistants (POP) et de résidus de médicaments constitue aussi un écueil.

Outre les risques de nature physique (parties dures de l’insecte) et microbiologique, l’Anses s’inquiète par ailleurs de possibles réactions allergiques. «Le risque d'allergies alimentaires est un des plus prévisibles en raison de l'existence d'allergènes communs aux arthropodes, arachnides (acariens, araignées, scorpions), crustacés (homards, crevettes, crabes) et insectes. De même, les allergènes des mollusques et des helminthes sont souvent très proches de ceux des insectes et peuvent donner lieu à des réactions et/ou des allergies croisées», explique l’agence.

100.000 allergiques qui s’ignorent?

Selon ses calculs, environ 100.000 personnes en France pourraient être concernées par ce problème d’allergies croisées. «En fait, ce chiffre est très approximatif et doit être nettement inférieur, car la plupart des réactions croisées observées dans l'allergie alimentaire ne se traduisent par aucun symptôme clinique. Mais le danger, à ce jour, ne peut être exclu, bien qu’il ne puisse être estimé en l'absence d'étude à grande échelle», ajoute l’Anses.

Face aux nombreuses incertitudes, l’agence recommande notamment «d’établir, au niveau communautaire, des listes positives et négatives des différentes espèces et stades de développement d’insectes pouvant ou non être consommés», et de «définir un encadrement spécifique des conditions d’élevage et de production des insectes et de leurs produits permettant de garantir la maîtrise des risques sanitaires». L’agence propose par ailleurs de mieux creuser le sujet du bien-être animal, sujet «très peu exploré pour la plupart des invertébrés jusqu’à présent».

 



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