Pour faire enfin le bilan des agrocarburants

Le 18 mai 2011 par Célia Fontaine
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«Bioenergy and Food Security (BEFS) Analytical Framework» a été mis au point pour aider les gouvernements à évaluer le potentiel des bioénergies
«Bioenergy and Food Security (BEFS) Analytical Framework» a été mis au point pour aider les gouvernements à évaluer le potentiel des bioénergies

Comment concilier développement des agrocarburants et sécurité alimentaire ? L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) annonce le 17 mai avoir mis au point, après trois ans de travaux, un nouvel outil pour aider les autorités à peser le pour et le contre des investissements dans les « «bioénergies ».

Les agrocarburants, également appelés biocarburants, ont d’abord été perçus comme un moyen pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), stimuler le développement rural et assurer l'indépendance énergétique. Cependant, à grande échelle, le développement de ces carburants menace la sécurité alimentaire des petits exploitants et des communautés rurales pauvres, et renforce le changement climatique par les émissions de GES causées par les changements d'utilisation des terres, directs et indirects. De plus en plus de rapports ont mis en évidence les «dérives» de cette pratique (dans le JDLE).
 
Or la production mondiale d’agrocarburants pourrait être multipliée par 14 d’ici 2050, selon l’Agence internationale de l’énergie (dans le JDLE). Passer d’une production de 55 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) actuelle à 750 Mtep au milieu du siècle signifierait que la part des agrocarburants dans les transports passerait de 2 à 27%. Les ONG s’inquiètent du risque de déforestation et de concurrence avec les cultures vivrières dans les pays du Sud.
 
La question qui se pose donc est de savoir comment développer la production de bioénergie, tout en atténuant les risques et en développant les avantages.
 
La FAO propose une méthodologie pour évaluer le bénéfice potentiel des plantes appelée «Bioenergy and Food Security (BEFS) Analytical Framework». Elle a été mise au point pour aider les gouvernements à évaluer le potentiel des bioénergies et leur impact possible sur la sécurité alimentaire.
 
«Il s'agit d'une série d'évaluations par étapes pour trouver des réponses aux questions essentielles relatives à la faisabilité du développement des bioénergies et à leur impact sur les disponibilités en denrées alimentaires et la sécurité alimentaire des ménages. Les dimensions sociales et relatives à l'environnement sont également prises en compte», explique la FAO dans un communiqué du 17 mai.
 
S’il reconnait que la production de bioénergie «n'est pas une panacée et ne sera pas toujours appropriée ou viable» dans certaines régions, Heiner Thofern qui dirige le projet BEFS estime que dans certains cas, la production de bioénergie offre de grandes possibilités pour revitaliser les économies rurales, réduire la pauvreté, et améliorer la sécurité alimentaire des ménages.
La méthodologie du projet BEFS financée par le ministère fédéral allemand de l'alimentation, de l'agriculture et de la protection du consommateur propose en premier lieu une analyse diagnostique.
 
Celle-ci se base sur la projection, sur une période de 10 ans, des marchés agricoles nationaux et mondiaux élaborée par l'Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) et la FAO. «Les simulations génèrent des projections pour la production, l'utilisation (consommation sous forme d’aliments matières fourragères, carburants ou fibres), les importations, les exportations, les stocks et les processus pour les principaux produits agricoles et les agrocarburants dans des pays qui ont une influence sur les marchés agricoles mondiaux», détaille la FAO.
 
Ainsi, cette analyse permettra de voir comment évoluent les marchés agricoles et quels sont les impacts probables du développement des bioénergies: une façon d’appréhender les risques pesant éventuellement sur la sécurité alimentaire au cours des 10 prochaines années.
 
Les ressources naturelles et les terres font également l’objet d’une évaluation, afin d’identifier «les zones qui sont appropriées à la production de cultures bioénergétiques sur un système particulier de gestion». L’aptitude des terres est évaluée en tenant compte du climat, du sol et d’autres facteurs qui peuvent affecter la productivité. Des filtres excluent les terres déjà utilisées pour les cultures vivrières ou des zones protégées.
 
Cette analyse permettra d’identifier les cultures bioénergétiques qui doivent être cultivées et où, et s’il y a suffisamment de terres pour accroître la production de bioénergie. Elle donnera une bonne estimation du tonnage de matières premières énergétiques qu’un pays peut espérer produire.
 
Un outil supplémentaire est proposé pour évaluer les implications des ressources en eau. Le système «Water Footprint» évalue la façon dont les ressources en eau sont utilisées par différents secteurs dans une économie. Les décideurs sauront ainsi s’il y a assez d'eau pour la production supplémentaire de bioénergie.
 
Pour savoir si les agrocarburants peuvent être produits de façon rentable, l’analyse de «coûts de production» examine comment l'inclusion des petits exploitants dans la chaîne d'approvisionnement en agrocarburants peut être compétitive par rapport à la production à grande échelle. «L'analyse est effectuée pour la production du bio-éthanol  et du bio-diesel et prend en considération les différentes matières premières et les divers systèmes de production», précisent les experts de la FAO.
 
La méthode BEFS a été essayée sur le terrain, notamment au Pérou, en Tanzanie et en Thaïlande. Elle doit être combinée avec la recherche et le développement de nouvelles solutions telles que les résidus de récolte et les pertes agricoles qui peuvent réduire les risques pour la sécurité alimentaire et l'environnement.


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