Post-Fukushima: l’IRSN recale en partie la stratégie d’EDF

Le 03 février 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'IRSN n'est pas convaincue par la capacité des piscines des centrales d'EDF à résister à de forts séismes.
L'IRSN n'est pas convaincue par la capacité des piscines des centrales d'EDF à résister à de forts séismes.
Onet

Voilà un rapport qui risque d’avoir quelques effets sur les finances d’EDF. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a rendu public, lundi 3 février, l’audit de la stratégie post-Fukushima définie par EDF, le 30 juin 2012.

 

En près de 300 pages, l’IRSN y souligne les insuffisances de l’exploitant. Le gros du problème porte essentiellement sur l’interprétation du nouveau concept de sûreté: le noyau dur. Depuis la catastrophe de Fukushima, les autorités françaises imposent à EDF, au CEA et à Areva de durcir leurs installations nucléaires d’importance (réacteurs électrogènes, installations du cycle du combustible, réacteurs de recherche) afin qu’elles résistent à des événements climatiques extrêmes (cyclone) ou des agressions extérieures (inondation, séisme). Le but ultime étant de garder le contrôle de l’installation en toutes circonstances et d’éviter les conséquences graves que l’on a observé lors des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima.

 

INTERPRÉTER LE CONCEPT DE NOYAU DUR

Problème: l’IRSN et EDF déclinent différemment les finalités dudit «noyau dur». Pour l’électricien, qui exploite le plus important parc électronucléaire du monde, l’objectif est d’éviter des rejets radioactifs massifs et des effets durables dans l’environnement pour des situations extrêmes. L’IRSN estime, lui, «que le noyau dur doit permettre, à terme, non seulement de limiter les conséquences à long terme des rejets radioactifs dans l’environnement, mais également de limiter significativement les rejets de gaz rares et d’iodes, principaux contributeurs aux doses reçues par les personnes du public en phase d’urgence».

Derrière ce débat: de gros enjeux techniques et financiers. Un exemple: que faire si, comme à Fukushima, le réacteur, privé de refroidissement, menace d’entrer en fusion et de relâcher des gaz radioactifs? A l’instar de ce qu’ont fait les techniciens de Tepco en mars 2011, EDF milite pour la dépressurisation de l’enceinte en relâchant dans l’environnement hydrogène et gaz radioactifs sous pression qui menacent l’intégrité du bâtiment réacteur. A charge ensuite pour les exploitants d’apporter l’eau nécessaire pour refroidir le réacteur et réduire ainsi la production de gaz.

 

DES PISCINES PAS CONVAINCANTES

Rappelant que le principe fondamental de la sûreté est de mettre le maximum de barrières entre l’homme et la radioactivité, l’IRSN ne goûte guère au venting préconisé par EDF, qui conduit à un relâchement, potentiellement massif, de radioactivité dans l’environnement. L’institut dirigé par Jacques Repussard estime que «le noyau dur doit comporter deux lignes de défense, l’une visant à prévenir la fusion du cœur, l’autre à limiter les conséquences d’un accident grave. L’indépendance des deux lignes doit être recherchée». En d’autres termes: le relâchement de radioéléments doit être la solution d’ultime recours et non la première réponse à l’accident.

Autre sujet de discorde: les piscines où les combustibles usés sont stockés le temps de leur refroidissement. EDF assure que ses installations ont été conçues pour résister à des agressions de grande ampleur. En clair, elles continueraient de refroidir les barres d’uranium irradié même en cas de coup dur (séisme, perte des pompes d’alimentation en eau). L’IRSN n’est pas convaincu. «L’hypothèse d’intégrité totale des piscines après une agression extrême ne permet pas de disposer d’un bon niveau de confiance dans les caractéristiques fonctionnelles du noyau dur permettant d’éviter le découvrement du combustible et doit être revue», écrivent les experts de l’institut.

Même chose pour les niveaux retenus pour les séismes. Jusqu’à présent, les bâtiments d’une centrale nucléaire étaient conçus pour résister à un tremblement de terre d’une magnitude comparable au plus puissant séisme recensé dans la région depuis 10.000 ans. Trop peu, estiment les scientifiques de l’IRSN.

Ces derniers ont été entendus. Dans une série de décisions, publiées le 21 janvier, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN, le gendarme du nucléaire français, ndlr) enjoint à EDF de modifier ses plans dans ses 19 centrales nucléaires. L’ASN demande aussi à l’industriel de dimensionner ses installations pour qu’elles résistent à un séisme dont la période de retour est de 20.000 ans. EDF devra aussi s’assurer d’avoir suffisamment d’eau pour refroidir non seulement le réacteur mais aussi le bâtiment réacteur. Le montant du devis du Grand Carénage des centrales nucléaires françaises s’alourdit significativement.



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