Pollution lumineuse: quels effets sur la santé?

Le 23 octobre 2009 par Sabine Casalonga
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Les nuisances engendrées par la pollution lumineuse seront au cœur du premier «Jour de la nuit», une manifestation de sensibilisation soutenue par 16 organisations dont le ministère de l’écologie, qui aura lieu samedi (1). Si la nocivité de l’éclairage artificiel pour la faune et la flore n’est plus discutée, les effets potentiels sur la santé suscitent une préoccupation croissante.

63% de la population mondiale et 99% de celle de l’Europe et des Etats-Unis vivent dans des zones polluées par un excès de lumière artificielle, d’après un rapport américain publié en 2001 (2). Pour Agir pour l’environnement, une des associations à l’origine du Jour de la nuit, «le nombre de points lumineux a crû de 30% en 10 ans» pour atteindre 9 millions, ce qui a transformé la «nuit noire en zone semi éclairée». Dès les années 50, les astronomes se sont plaints des halos dans les grandes villes qui perturbent l’observation du ciel. Puis dès les années 60, des études ont montré les impacts de la pollution lumineuse sur la faune et la flore, en particulier chez les oiseaux migrateurs désorientés par l’éclairage nocturne.

«Les préoccupations sur la santé humaine remontent à une dizaine d’années seulement», note Jean-François Doré, directeur de recherche à l’Inserm. C’est en effet à cette époque qu’a été montrée l’influence de l’alternance lumière/obscurité sur le rythme circadien et la sécrétion d’une hormone, la mélatonine. Or, un dérèglement de cette horloge biologique qui gouverne de nombreuses fonctions physiologiques, est suspectée d’être à l’origine de troubles de santé.

Quels effets potentiels sur la santé de la pollution lumineuse? Bien qu’encore rares dans ce domaine, deux études israéliennes récentes ont suggéré une association significative entre le niveau de pollution lumineuse dans certaines régions et la fréquence de cancers du sein (3).

Plusieurs études ont aussi montré, depuis 10 ans, une augmentation du risque de cancer du sein chez les travailleuses de nuit ou en horaires décalés (travail posté), notamment les infirmières et les hôtesses de l’air.

Les salariés en horaires décalés ou de nuit –soit 20% de l’ensemble des travailleurs- présentent également un risque accru d’autres pathologies comme l’obésité ou les troubles cardiovasculaires (4). En 2007, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a d’ailleurs classé le travail de nuit ou posté comme «cancérogène probable». «Cette association ne prouve pas [nécessairement] que la lumière artificielle pose problème. De l’autre côté, des études en laboratoire montrent que l’exposition à la lumière durant la nuit peut perturber la physiologie […], accélérant ainsi la croissance tumorale», indique George Brainard, professeur de neurologie à l’université Thomas Jefferson à Philadelphie dans un article publié en 2009 (3).

«Pendant longtemps, on a pensé qu’une intensité de 2.500 Lux (5) était nécessaire pour affecter l’horloge biologique mais des travaux récents ont montré qu’une dizaine ou une vingtaine de Lux -l’équivalent d’une petite lampe de chevet- était suffisante», explique Claude Gronfier, du département de chronobiologie à l’Inserm de Lyon. Il estime cependant négligeable l’impact sanitaire de la pollution urbaine, notamment par rapport à l’ampleur des effets observés chez les travailleurs.

A l’issue d’un colloque organisé aux Etats-Unis en 2006 sur le lien entre santé et lumière artificielle, les auteurs de la synthèse notaient cependant que la forte augmentation du risque de cancers du sein et de la prostate, de l’obésité et de diabète précoce apparue parallèlement à la progression de la lumière artificielle durant les dernières décennies ne doit certainement pas tout au hasard». Face à ces incertitudes de grandes études sur population seraient nécessaires pour évaluer l’impact réel de la pollution lumineuse mais restent complexes à élaborer.

Au niveau politique, une prise de conscience s’est récemment opérée en France. Des mesures de restriction de l’éclairage public sont ainsi inscrites dans le projet de loi Grenelle II (6). Samedi soir, 177 villes dont Marseille, Lyon et Lille, initieront cette démarche –pour une nuit seulement- en prévoyant des extinctions de leur éclairage.

(1) Plus de 360 collectivités locales et associations participeront samedi 24 octobre à cette manifestation, initiée par Agir pour l'environnement et l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (Anpcen), et soutenue par 16 organisations dont la Fédération des parcs naturels régionaux de France, l’Associations des maires de France (AMF) et le Comité de liaison énergies renouvelables (CLER).
(2) The First World Atlas of the Artificial Night Sky Brightness, The Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 328, n° 3 (2001)
(3) «Missing the Dark: Health Effects of Light Pollution», Ron Chepesiuk, Environmental Health Perspectives (EHP), vol.117, n°1 (janvier 2009)
(4) Dans le JDLE «Travail de nuit: la santé en danger»
(5) Un Lux correspondant à la lumière reçue d’une bougie située à un mètre de distance dans le noir.
(6) Dans le JDLE «Le Grenelle II au Sénat: suite et fin»



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