Pollution lumineuse : « des efforts restent à fournir »

Le 29 octobre 2010 par Célia Fontaine
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La pollution lumineuse destabilise la biodiversité et cache le ciel étoilé.
La pollution lumineuse destabilise la biodiversité et cache le ciel étoilé.

« En 10 ans, le nombre de points lumineux a augmenté de 30 % en France », alerte l’association Agir pour l’environnement. L’éclairage nocturne agit comme une véritable pollution lumineuse, qui trouble les écosystèmes, consomme trop d’énergie, et provoque la « disparition » du ciel étoilé. Afin de sensibiliser le public à cette nuisance environnementale récemment reconnue, se tiendra le 30 octobre au soir la deuxième édition du « Jour de la nuit ».

Le premier atlas mondial de la pollution lumineuse a été réalisé en 1997 par trois scientifiques[1] qui se sont basés sur les données satellites et sur une modélisation de la propagation de la lumière dans l’atmosphère. Il montre que la situation est particulièrement grave dans les pays développés (Europe, Etats Unis et Japon) et devient préoccupante dans les pays en voie de développement.

« Cela signifie que 20 % de la population mondiale et plus de la moitié de la population de l’Union européenne ne peuvent plus voir la Voie lactée à l’œil nu », s’émeut Michel Leblanc, médiateur scientifique à l’Association française d’astronomie (AFA).

Le halo orangé que l’on aperçoit à distance des villes, est essentiellement dû à un facteur naturel conjugué à un phénomène artificiel. La lumière est réfléchie par le sol et les bâtiments et diffusée par les gouttes d’eau, les particules de poussière et les aérosols en suspension dans l’atmosphère.

Cette course à l’éclairage systématique et permanent, on la doit depuis 50 ans environ à notre mode de vie. A l’origine de l’inflation lumineuse ? publicités lumineuses, augmentation de l’offre en matériels d’éclairage et en électricité, forte demande de sécurité de la part du public et des élus, mais aussi peur instinctive du noir.

« En France, les effets de l’éclairage sont sous-estimés et ne sont pas évoqués dans les études d’impact qui restent obligatoires pour les grands projets d’urbanisme et d’aménagement du territoire », constate l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (ANPCEN).

La loi Grenelle II en son article 173 offre tout de même une avancée intéressante, puisque le Code de l’environnement comporte désormais un chapitre consacré à la « prévention des nuisances lumineuses ». Un décret est actuellement en cours de préparation sur le sujet, l’AFA participe à son élaboration.

Le phénomène est donc mieux pris en compte. Mais des efforts restent à fournir, selon l’ANPCEN. « Le faible coût de l’électricité en France a longtemps incité à la surconsommation électrique pour l’éclairage », explique Pierre Brunet, administrateur de l’association. Les nombreux dispositifs ne concentrent toujours pas la lumière sur la zone à éclairer ou ne rabattent pas convenablement le rayonnement vers le sol. D’où une perte directe d’énergie et une mauvaise qualité d’éclairage (éblouissement des usagers). En outre, les éclairages sont souvent mal répartis (lampadaires trop proches, inutiles), leur durée de fonctionnement est supérieure aux besoins réels, et la puissance installée exagérée.

L’ANPCEN recommande de mettre en place des solutions simples et rentables. Par exemple, passer de 150 watts à 70, mettre des abat-jour pour éviter toute émission de lumière vers le ciel ou au-delà de l’horizontale, placer des minuteries, des détecteurs de présence, etc.

L’association rappelle en outre que la majorité (80 %) des cambriolages ou vols avec agression ont lieu en plein jour (statistiques de la police), et qu’il n’y a pas plus d’accidents de voiture sur les routes non éclairées, s’appuyant sur des études réalisées notamment en Angleterre.

En attendant que ces mesures soient mises en place, la pollution lumineuse continue d’affecter l’homme [dans le JDLE] et la biodiversité.

Les insectes sont les plus touchés. Attirés par les sources lumineuses jusqu’à plus de 500 mètres, un grand nombre d’espèces tels que les papillons de nuit tournent jusqu’à épuisement autour des lampadaires. Ils deviennent ainsi des proies faciles pour leurs prédateurs, ou bien sont directement grillés vifs. L’ANPCEN a calculé qu’en saison estivale, il meurt environ 150 insectes par nuit sur chaque lampe (8.750.000 points lumineux en France).

Pour les insectes dit lumifuges, c’est-à-dire fuyant la lumière, l’émission de lumière artificielle dans leur zone d’habitat les oblige à rechercher une nouvelle zone sombre avec un risque de fragmentation des colonies. Les lucioles ou les vers luisants sont perturbés de ne pas se retrouver pour s’accoupler, « ils sont maintenant de plus en plus rares », remarque Grégoire Loïs, chargé d’études à Natureparif.

Chez les oiseaux migrateurs, qui s’orientent notamment grâce aux étoiles, l’éclairage humain a des effets néfastes. Ils sont parfois obligés de dévier leur trajectoire, certains se heurtent aux bâtiments en verre (dans le JDLE). « En Pologne, la ville d’Olsztyn éteint désormais l’éclairage de sa plus haute tour (65 m) après avoir constaté que les grues en migration tournaient autour, affolées, au lieu de poursuivre leur trajet migratoire », explique l’ANPCEN.

D’autres espèces sont touchées par la pollution lumineuse. En Floride, les petites tortues nées dans le sable des plages sont attirées par la lumière des immeubles côtiers et l’éclairage des routes, et se dirigent vers eux au lieu de rejoindre naturellement la mer. Les chauves-souris, protégées en France, désertent les clochers des églises où elles avaient l’habitude de nicher, qui sont maintenant trop éclairés.

La pollution lumineuse provoque donc une profonde modification des écosystèmes, que ce soit dans le règne animal ou végétal. « Tout le monde en a entendu parler, mais encore trop peu d’efforts sont faits, notamment pour modifier les éclairages », regrette Pierre Brunet de l’ANPCEN.

Site Jour de la Nuit



[1] de l’Institut des sciences et techniques de la pollution lumineuse (www.istil.it/). Pierantonio Cinzano (université de Padoue & ISTIL*), Fabio Falchi (université de Padoue & ISTIL*), et Christopher D. Elvidge (Noaa National Geophysical Data Center)



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