Pollution environnementale: «Il est grand temps d’agir»

Le 13 avril 2011 par Geneviève De Lacour
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«Il est grand temps d’agir»: c’est ainsi que Charles Sultan, professeur de pédiatrie à l’université de Montpellier, a conclu la première journée du troisième colloque de l’Appel de Paris, lancé en 2004 par le cancérologue Dominique Belpomme.

C’est l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac) qui a réuni ce colloque, mardi 12 et mercredi 13 avril, à l’Unesco à Paris. Selon l’Artac, le développement de nombreuses maladies actuelles est consécutif à la dégradation de l’environnement. Plusieurs scientifiques accusent les autorités de ne rien faire face à la menace que fait peser la pollution sur la santé des enfants et donc sur les générations à venir. «En dépit de ces preuves et arguments, il n’y a pas de traduction politique de l’inquiétude que nous véhiculons», a insisté Charles Sultan, qui a travaillé sur les conséquences du Distilbène, un médicament prescrit contre les fausses couches.

300 pédiatres, gynécologues, obstétriciens, chercheurs et professionnels de la santé ont participé aux débats, centrés sur l’impact de la pollution sur les enfants, particulièrement vulnérables. «Il y a une programmation très précoce de ce qui va se passer à l’âge adulte», a souligné le professeur Patrick Fenichel, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Pesticides, Bisphnol A, phtalates, les preuves s’accumulent contre les perturbateurs endocriniens qui agiraient sur l’organisme dès le stade fœtal. Selon Gilles-Eric Séralini, professeur en biologie moléculaire à l’université de Caen, les pesticides «empêchent les communications cellulaires». Selon lui, «jusqu’à présent, les évaluations réalisées ont sous-estimé les temps et la durée d’exposition à ces polluants. Les effets hormonaux, neuro-endocrinaux n’ont pas été pris en compte dans la toxicologie classique. L’épidémiologie n’étudie pas les effets à retardement, ni celui des cocktails de produits. Et les agences réglementaires sont hors du coup».

Philippe Grandjean, professeur adjoint de santé environnementale à l’école de santé publique d’Harvard (Etats-Unis), a étudié les effets des substances neurotoxiques sur le développement du cerveau et notamment les effets du mercure sur les enfants. Il estime à environ 200 le nombre de substances neurotoxiques (dont beaucoup des métaux lourds). Pour le mercure, ses effets nocifs sont connus depuis 1943. Sous sa forme méthyl mercure, il provoque des retards de croissance chez l’enfant, des effets qui apparaissent lorsque le cerveau se développe. «Jusqu’à présent, nous avons sous-estimé le degré de toxicité du mercure», a expliqué Philippe Grandjean. «Nous n’avons qu’une chance de développer notre cerveau, c’est pourquoi nous devons le protéger.»

«De nombreux résultats de recherches scientifiques ont été mis sur la table, aucun politique ne peut dire aujourd’hui nous ne savions pas’», a insisté Jean Huss, membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Le parlementaire a annoncé la prochaine publication d’un rapport européen sur l’indépendance de l’expertise scientifique.

Lors de son intervention, Gilles-Eric Séralini a demandé que les industriels ne fassent plus partie des comités d’évaluation des produits et qu’ils financent les expertises via un fond public.

«Transparence, pluralité et financement public, c’est ce que nous demandons aux grandes agences d’évaluation comme l’Efsa», a complété Jean Huss. Le parlementaire a également demandé que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) s’empare à nouveau et rapidement du problème du mercure dans les amalgames dentaires. Un sujet que les lanceurs d’alerte évoquent depuis déjà quelques années. L’Afssaps avait émis un avis en 2007 à ce sujet. Elle considérait que «l’amalgame dentaire [était] un matériau d’obturation de bonne qualité et que le maintien de son utilisation en chirurgie dentaire [était] justifié».

Selon Dominique Belpomme, il faudrait inclure la santé dans le principe de précaution qui ne concerne à présent que l’environnement. «Cela donnerait un argument juridique aux victimes de pollution», a-t-il complété.

Gilles-Eric Séralini a souligné l’absence de transparence sur les données brutes qui servent à la commercialisation des pesticides. Il a aussi demandé qu’un statut de lanceur d’alerte soit créé. L’idée avait été évoquée par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie. «Il faudrait que cette proposition, lancée initialement par Corinne Lepage, soit remise à l’ordre du jour», a-t-il conclu.

 
Voir article précédent sur le Distilbène
http://www.journaldelenvironnement.net/article/distilbene-des-effets-jusqu-aux-petits-enfants,22478
 
 


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