Pollution des sols: des impacts sur la santé difficiles à évaluer

Le 09 décembre 2008 par Sabine Casalonga
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Face aux inquiétudes croissantes suscitées par les impacts potentiels sur la santé de la pollution des sols, l’Institut de veille sanitaire (InVS) apporte un éclairage sur les dernières connaissances dans ce domaine dans un numéro spécial du BEH (1).

Les préoccupations liées à l’impact sur la santé des sols pollués se sont renforcées ces dernières années en lien avec de nombreux arrêts d’exploitation. Plusieurs crises sanitaires (le saturnisme lié à l’exposition au plomb chez les enfants vivant à proximité de fonderies, les cancers liés à la pollution à la dioxine, ou encore les cancers pédiatriques sur une ancienne friche industrielle à Vincennes), ont conduit les autorités à élaborer depuis 15 ans une politique de gestion et de prévention des sols pollués. Sur les 300.000 sites potentiellement pollués -d’après un recensement des anciennes activités industrielles- , 4.000 font l’objet d’une surveillance, d’un diagnostic ou d’une réhabilitation.

«Afin de mieux répondre à la sollicitation croissante de la population, l’InVS et son réseau de cellules interrégionales d’épidémiologie (Cire) ont mis en place un groupe de travail dont les travaux sont présentés dans ce dossier thématique», explique Frédéric Dor, chercheur à l’InVS. Les métaux lourds (plomb, arsenic, cadmium) et les hydrocarbures représentent les principaux polluants des sols. Mais leurs effets sur la santé sont difficiles à démontrer, notamment en raison de lacunes concernant les mécanismes de passage des substances du sol à l’homme. «Si des effets de certains polluants sont observés lors des tests pratiqués chez l’animal, ces résultats ne sont pas aisément transposables à l’homme», ajoute le responsable de l’InVS. Enfin, la faible taille des populations concernées empêche souvent la conduite d’études épidémiologiques. Une exception toutefois: sur le site de «Love Canal», lieu de la première alerte sanitaire liée à une pollution des sols au début des années 80 aux Etats-Unis, une étude a permis d’associer certains symptômes aspécifiques (maux de tête, fatigue) aux émissions de composés organiques volatils (CoV) provenant de déchets enfouis.

L’InVS centre donc ses travaux sur l’estimation de l’exposition des populations aux polluants. «On peut comparer l’exposition de deux groupes de population et fixer comme objectif une réduction des taux aux valeurs moyennes», précise Frédéric Dor. L’identification des sites dont les risques sanitaires sont les plus élevés représente également un enjeu majeur. Des chercheurs de l’InVS ont ainsi conduit une étude visant à hiérarchiser 200 sites pollués au plomb dans le Nord-Pas de Calais. Les dépistages de saturnisme réalisés dans cette région chez les enfants vivant dans les communes proches du site industriel de Metaleurop, avaient en effet recensé 11% de cas en moyenne, et jusqu’à 20% dans certaines zones. Mais, en raison de leur coût élevé, de tels dépistages peuvent difficilement être menés sur tous les sites. L’identification des sites les plus à risque se heurte néanmoins à la question du manque -ou de l’incohérence- des informations répertoriées par les Drire et les bases de données spécialisées (2). «Nous préconisons la construction d’une base de donnée informatique plus exhaustive sur les actuels sites pollués afin de disposer de meilleurs outils pour l’avenir», commente Christophe Heyman, responsable de la Cire de la région Nord.

Dans cette optique, l’InVS mènent plusieurs études-pilotes de grande envergure sur des sites pollués (3) pour pouvoir prévoir l’exposition d’une population sur un site de même nature, permettant ainsi une meilleure gestion des risques sanitaires. «La stratégie de croisement des sites de pollution historiques (Basias) et des sites à usage sensible (crèches, écoles), acté dans le Grenelle de l’environnement [voir encadré], a d’ailleurs pu s’appuyer sur une étude de l’InVS ayant démontré la faisabilité et le sens d’une telle démarche», souligne Frédéric Dor.

Un nouveau projet de directive sur la protection des sols sera présenté cette semaine par la présidence française de l’Union européenne dans la perspective de relancer les négociations suite à l’échec de décembre 2007 (4). Ce texte propose de s’appuyer sur les modalités de gestion des sites pollués existantes dans les Etats membres et met l’accent sur la réhabilitation et le traitement rapide de sites jugés «prioritaires», sur le modèle français.

(1) «Pollution des sols: de l’exposition des populations à la santé publique», Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) n° 47-48 (9 décembre 2008)

(2) Basias est un inventaire des anciens sites industriels en France, achevé dans 90 départements (hors Dom-Tom). Il recense 230.000 sites. Basol, une base de données des sites et sols pollués ou potentiellement pollués appelant une action des pouvoirs publics, à titre préventif ou curatif, regroupe 4.000 sites.

(3) Voir l’article du JDLE «Sols pollués: un impact potentiel sur la santé»

(4) Voir l’article du JDLE «La directive sur la protection des sols continue à diviser»


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