Pollution des eaux: agir porte ses fruits

Le 29 mars 2019 par Stéphanie Senet
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La pollution aux pesticides dans les eaux de surface (à gauche) et dans les nappes souterraines (à droite)
La pollution aux pesticides dans les eaux de surface (à gauche) et dans les nappes souterraines (à droite)
UFC Que Choisir

Toujours présents dans les nappes phréatiques et les cours d’eau, pesticides et nitrates peuvent être fortement limités par une série d’actions simples, estime l’association UFC- Que Choisir dans une étude publiée le 28 mars.

Difficile de faire baisser les courbes? Les pollutions aux nitrates n’ont baissé que de 11% dans les cours d’eau entre 1998 et 2016, selon l’étude basée sur 102 captages prioritaires[1] situés dans 27 départements. Dues aux trois quarts aux activités agricoles, elles montrent que la fertilisation n’a connu aucune amélioration. Dans les nappes phréatiques, les pollutions sont même restées au même niveau au cours des 18 dernières années. Et elles dépassent toujours la valeur-guide européenne[2] (25 milligrammes par litre) sur près de la moitié du territoire (43%).

12% de pesticides en moins en 8 ans

Les pesticides restent aussi prégnants dans les cours d’eau. Leurs pollutions, dues à 70% à l’agriculture, n’ont baissé que de 12% entre 2008 et 2016. Preuve que peu d’engagements volontaires ont été pris dans le cadre des plans Ecophyto. Résultat: la norme définie pour l’eau potable (0,1 microgramme par litre) est dépassée dans 53% des captages. Logiquement, les pollutions agricoles –surtout aux nitrates– sont aussi les principales responsables de la fermeture des captages d’eau potable[3].

Echec des grandes lois sur l’eau

Conclusion: les deux lois sur l’eau de 1992 et de 2006 comme la directive-cadre de 2000 ont raté leur mission. Seule note d’espoir: les mesures de protection des captages prioritaires issus du Grenelle de l’environnement semblent porter leurs fruits, même si elles ne concernent que 1.000 captages sur 35.000 en France. C’est ce que révèle l’étude de l’UFC mais ce résultat demande à être confirmé au niveau national. Aucune campagne d’évaluation exhaustive n’a en effet encore été menée. 

Efficacité prouvée

Ainsi, tout plan d’action mis en place permet au mieux de réduire, et au pire de stabiliser une pollution. Les meilleurs résultats sont obtenus pour les nitrates avec des concentrations réduites de 25% en moyenne dans deux cas sur trois. Pour les pesticides, les pollutions ne baissent que dans 40% des cas. Pour le reste, elles sont plafonnées, voire en augmentation.

Formules magiques

Intéressante, cette étude hiérarchise les actions mises en œuvre en fonction de leur efficacité. Et la palme ne revient pas à la technique, mais à la gouvernance. «Les meilleurs résultats sont obtenus lorsque les actions sont pilotées par les communautés de communes plutôt que par les chambres d’agriculture. Dans 9 captages sur 10, les pollutions ont régressé», explique Olivier Andrault, chargé de mission à l’UFC-Que Choisir. Autre solution qui a fait ses preuves pour les pesticides: leur suivi régulier –au moins deux fois par an– permet d’infléchir la courbe dans 10 captages sur 18. De leur côté, les nitrates ont surtout baissé grâce aux haies, prairies et couvertures végétales, qui limitent l’essor des pollutions par ruissellement, ainsi qu’à un ajustement précis des doses d’engrais à l’hectare en fonction des caractéristiques des sols.

La bio aux abonnés absents

Sans surprise, une mesure obligatoire réduisant l’usage des pesticides provoquera une baisse significative de la pollution des captages. C’est d’ailleurs pourquoi l’agriculture biologique doit être favorisée dans les aires de captages. Ce qui reste très marginal aujourd’hui. 

En attendant, la facture de la dépollution s’accroît: entre 750 millions et 1,3 milliard d’euros chaque année. Un coût principalement pris en charge par le consommateur, en totale contradiction avec le principe de pollueur-payeur qui devrait cibler en priorité les agriculteurs. Un sujet prioritaire pour la deuxième séquence, en cours, des Assises de l’eau, dont un atelier est dédié à la protection de la ressource.



[1] Il s’agit des captages plus particulièrement menacés par les pollutions diffuses et définis comme prioritaires par le Grenelle de l’environnement. La France en compte 1.000 sur 35.000 captages depuis 2013. Ces 102 captages alimentent à la fois des grandes villes, des villes moyennes et des villages.

[2] Au-delà de cette limite, l’Union européenne recommande de ne pas produire d’eau potable.

[3] selon l’étude publiée en 2012 par la Direction générale de la santé, citée par l’UFC-Que Choisir

 



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