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Pollution de l’air: le coût de la protection des citoyens

Le 13 juin 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La pollution de l'air tue plus de 500 Lyonnais chaque année.
La pollution de l'air tue plus de 500 Lyonnais chaque année.

- 3 microgrammes par m3. C’est la baisse de la concentration moyenne annuelle de particules fines qu’il faudrait atteindre pour diminuer significativement la mortalité imputable aux pollutions de l’air urbain, indique une étude interdisciplinaire française. Laquelle établit aussi un devis des investissements à consentir.

 

Ce n’est pas un scoop: l'exposition aux particules fines (PM2,5) est source de mortalité, de pathologies cardiovasculaires et respiratoires, de troubles de la grossesse et de la croissance du fœtus. La bonne nouvelle est qu’il est possible de minorer cette exposition. Reste à déterminer un objectif de politique publique qui apporte les plus grands bénéfices sanitaires.

Dit autrement: quelle concentration de particules viser pour améliorer la santé publique, faire baisser les coûts sanitaires et réduire les inégalités environnementales? Une équipe d’épidémiologistes de l’Inserm, de biologistes et d’économistes du CNRS et de l’INRA, de spécialistes de la qualité de l’air d’Atmo Auvergne Rhône-Alpes a considéré différents scénarios d’amélioration de la qualité de l’air pour identifier les plus efficaces.

évaluer l'exposition

Ce travail, dont les résultats sont publiés par Environmental International, a consisté, dans un premier temps, à évaluer l'exposition annuelle moyenne aux PM2,5 dans les agglomérations de Grenoble et de Lyon (0,4 et 1,4 million d'habitants respectivement). En s’appuyant sur des relations dose-réponse déjà établies, les chercheurs ont estimé les variations du nombre de décès et de cas de cancers du poumon, de l’espérance de vie, et les coûts économiques associés, pour dix scénarios différents de réduction des PM2,5.

En prenant la situation réelle sur la période 2015-2017 comme référence, avec une concentration moyenne d’environ 14 et 15 ?g/m3 à Grenoble et Lyon, et en la comparant à une situation théorique sans particules fines d’origine humaine (soit une concentration de 4,9 ?g/m3), la pollution par les particules fines était considérée responsable de 145 décès par an à Grenoble et de 16 cas de cancers du poumon. A Lyon, ces nombres étaient respectivement de 531 de 65. Les coûts associés s'élevaient à près de 500 millions d’euros par an à Grenoble et 1,8 milliard/an à Lyon.

10 scénarios étudiés

Les scénarios visant à obtenir une exposition spatialement homogène à la pollution dans l'ensemble de la zone d'étude étaient les plus efficaces. «Les mesures très limitées dans l'espace - tout comme celles limitées dans le temps, par exemple aux périodes de 'pics' de pollution - auraient en comparaison un impact beaucoup plus faible, que ce soit sur la mortalité ou sur la réduction des inégalités de santé», explique Remy Slama, directeur de recherche à l’Inserm.

Concernant la mortalité, se conformer à la valeur guide de l'OMS (10 ?g/m3) réduirait de moitié la mortalité attribuable aux PM2,5, tandis qu'une réduction de 2,9 ?g/m3 (Grenoble) et 3,3 ?g/m3 (Lyon) serait nécessaire pour baisser d'un tiers la mortalité attribuable à ces particules. Il ne s’agirait pas que de décès évités chez des personnes fragiles : l’espérance de vie augmenterait simultanément d’environ 3 mois.

1.200 euros par habitant et par an

Le montant de l’investissement à consentir n’est pas hors de portée. Les chercheurs l’estime à 1.200 euros par habitant et par an.

«Une telle étude peut être aisément transposée à d’autres agglomérations et peut aider les grandes villes françaises, dont beaucoup ont des niveaux de pollution similaires à ceux de Grenoble et Lyon, à cibler des scénarios de réduction de la pollution atmosphérique permettant d’améliorer significativement la santé et le bien-être», indique le communiqué qui accompagne la publication de l’étude.



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