Pollution de l’air: les communes rurales ne sont pas à l’abri

Le 21 juin 2016 par Romain Loury
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48.300 décès prématurés par an
48.300 décès prématurés par an

Troisième cause de mortalité en France derrière le tabac et l’alcool, la pollution de l’air est liée chaque année à un surplus de 48.300 décès évitables, révèle une grande étude publiée mardi 21 juin par Santé publique France. Si elle touche en premier lieu les grandes villes, les communes rurales ne sont pas épargnées.

Menée sur l’ensemble des 36 .219 communes de France continentale, soit 61,2 millions d’habitants, l’évaluation quantitative d’impact sanitaire (Equis) publiée, mardi 21 juin, par Santé publique France[i] est la première franco-française jamais menée sur le sujet.

Déjà anciennes, les données disponibles jusqu’alors provenaient de travaux internationaux, notamment européens. Exemple: le chiffre souvent cité de 42.000 décès évitables par an provenait du programme CAFE (Clean Air for Europe), et datait de 2000.

9% de la mortalité française

Reposant sur la teneur atmosphérique en particules fines de taille inférieure à 2,5 microns (PM2,5), l’étude publiée mardi révèle que la pollution de l’air engendre chaque année 48.300 décès prématurés. Soit 9% de la mortalité française, derrière le tabac (78.000 décès) et l’alcool (49.000 décès). A l’âge de 30 ans, la perte d’espérance de vie est en moyenne de 9 mois pour l’ensemble de la population.

Les chercheurs ont évalué plusieurs scénarios de moindre pollution: par exemple, si toute la population française respirait l’air de communes de taille équivalentes parmi les moins polluées, ce sont 34.500 décès qui seraient évités chaque année.

Si les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, soit moins de 10 µg/m3 d’air pour les PM2,5) étaient suivies, ce chiffre tomberait à 17.700 décès évités. La cible européenne (20 µg/m3) s’avère en revanche peu efficace dans un contexte français, avec seulement 10 décès évités par an.

Le monde rural aussi touché

Sans surprise, c’est dans les grandes villes (plus de 100.000 habitants) que le bilan est le plus lourd: 25.900 décès annuels pourraient y être épargnés chaque année en l’absence de pollution anthropique, soit 13% de l’ensemble des décès survenant dans ces agglomérations. Parmi les zones les plus polluées de France: la région parisienne, le nord-est de la France et l’axe Lyon-Marseille.

Pourtant, les communes rurales ne sont pas à l’écart de ce fléau sanitaire: 7% des décès y seraient liés à la pollution, pour une perte d’espérance de vie de 9 mois à l’âge de 30 ans –contre 15 mois dans les villes de plus de 100.000 habitants. En moyenne, les écarts de pollution entre communes rurales et grandes villes (pris dans leur moyenne) ne sont pas si grands: 9,9 μg/m3 pour les premières, 13,6 μg/m3 pour les secondes.

Tout dépend toutefois du type de ruralité: selon les experts de l’ANSP, «quelques communes identifiées comme ‘rurales’ sont en fait sous influence industrielle, et connaissent des concentrations en polluants atmosphériques importantes, par exemple autour de l’étang de Berre ou dans l’est de la France. Ainsi, plus de 800.000 personnes résidant dans des communes rurales sont exposées à des valeurs dépassant 14 μg/m3 en moyenne annuelle».

Les pics, un faible impact sanitaire

Egalement publiée mardi, une autre étude de Santé publique France révèle que les pics de pollution aux particules fines, ceux dépassant le seuil d’alerte de 80 μg/m3 de PM10, représentent une faible part des effets aigus de la pollution, ceux survenant suite à une exposition à court terme (à l’opposé d’une exposition à long terme, dite «chronique»).

Le record est atteint par Nancy, où 14,7% des décès liés à une exposition aigüe surviennent au-dessus de 80 μg/m3. A Lille, qui a connu 28 jours de pics de pollution entre 2007 et 2010, ce taux est de 11,9%, tandis qu’il est de 7% à Paris, qui a connu 10 jours de dépassement sur cette période. A l’inverse, tous les autres cas surviennent en dessous du seuil d’alerte.

Pour Santé publique France, «l’impact global sur la santé de la pollution atmosphérique résulte surtout de l’exposition au jour le jour à des niveaux de pollution inférieurs aux seuils réglementaires définissant les pics de pollution (…) la réduction des niveaux de polluants uniquement en cas de pic de pollution ne permet pas d’assurer une prévention efficace des impacts sanitaires de la pollution atmosphérique».



[i] Santé publique France est une nouvelle agence sanitaire mise en place en mai. Dirigée par François Bourdillon, elle regroupe l’Institut de veille sanitaire (InVS), l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) et l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus).

 



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