Pollution de l’air: la réduction du trafic auto, seule solution durable

Le 16 juillet 2019 par Romain Loury
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Réduire le trafic, la voie royale
Réduire le trafic, la voie royale
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Pour améliorer durablement la qualité de l’air, rien de tel qu’une réduction massive du trafic automobile, démontre un rapport publié, mardi 16 juillet, par l’Anses. La généralisation du filtre à particules et l’évolution des normes Euro restent insuffisantes pour diminuer sensiblement l’exposition de la population aux polluants atmosphériques urbains.

Depuis les années 1990, la qualité de l’air urbain, notamment à Paris, s’est progressivement améliorée, en grande partie grâce au filtre à particules et à l’évolution des normes Euro, et ce malgré la diésélisation du parc automobile et un trafic toujours plus dense. La situation va-t-elle continuer à s’améliorer, et si oui, quelles autres mesures seront les plus efficaces pour accélérer cette tendance?

C’est à cette question que s’est attelée l’Anses[i], par une modélisation qui fait l’objet d’un rapport publié mardi 16 juillet. Prenant l’année 2014 pour référence, l’agence s’est livrée à un exercice de prévision à l’horizon 2025, avec plusieurs scénarios d’évolution du parc automobile, sans modifier d’autres paramètres (météorologiques, démographiques, autres émissions, etc.).

De -30% à -60% de polluants automobiles

Premier constat: les émissions de l’ensemble des polluants étudiés, du moins ceux liés au trafic routier, baissent dans tous les scénarios, de l’ordre de 30% à 60%. Y compris dans le scénario dit ‘au fil de l’eau’, le moins ambitieux, qui repose sur une généralisation du filtre à particules et l’évolution des normes Euro.

Les résultats s’avèrent encore meilleurs avec le scénario ‘essence’ (43% de véhicules légers diesel en 2025, contre 73% en 2014), à l’exception des composants organiques volatiles et de l’ammoniac.

Si les concentrations de tous les polluants atmosphériques étudiés diminuent dans l’ensemble des scénarios, l’un d’entre eux fait de la résistance: l’ozone, dont la teneur dans l’atmosphère augmente dans tous les cas de figure. En cause, sa chimie très complexe: «l’ozone dérive de précurseurs tels que les NOx et les composés organiques volatiles, mais sa relation avec eux n’est pas linéaire. Si les NOx diminuent et que les COV augmentent, ou vice versa, on peut très bien observer une hausse de l’ozone», explique Valérie Pernelet-Joly au JDLE.

Conséquence logique, les concentrations de ces polluants baissent également, mais de manière forcément moins marquée que les émissions. En cause, l’existence d’autres sources de pollution, mais aussi la formation dans l’atmosphère de particules secondaires. Or malgré ces améliorations, ces deux scénarios (‘au fil de l’eau’, ‘essence’) ne permettent pas d’améliorer fortement l’exposition de la population à la pollution de l’air.

«Le nombre annuel de dépassements de la valeur guide journalière de l’OMS pour les PM2,5 diminue, d’environ -15 % sur l’Île-de-France. Par contre le nombre de dépassements de la valeur guide annuelle OMS reste constant et concerne toujours la quasi-totalité du territoire», constate l’agence. En bref, un peu moins d’exposition aigüe, mais toujours autant de chronique.

Diminuer le trafic, le meilleur choix possible

C’est avec un autre scénario que se profile une solution plus durable, du moins pour les zones très urbanisées –l’agence a choisi la zone ‘Paris intra-A86’ comme modèle d’étude. Il consiste en une réduction du trafic automobile, entre 20% et 25%, ainsi qu’une promotion du véhicule électrique, toutes deux restreintes à ce milieu urbain dense: les émissions de PM2,5 liées au trafic baissent de 27% (contre -14% ‘au fil de l’eau’), celles des oxydes d’azote (NOx) de 38% (contre -20% ‘au fil de l’eau’).

«L’évolution technologique du parc automobile c’est bien, son renouvellement c’est bien, mais seule une diminution du trafic permettra d’améliorer durablement la situation», constate Valérie Pernelet-Joly, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à l’air à l’Anses, auprès du JDLE. Pour cela, le rapport évoque plusieurs mesures, telles que «le renforcement des transports en commun, de l’intermodalité et des modes actifs de transport (marche à pied, vélo,…)».

Toutefois, le trafic routier n’est pas la seule source, loin de là, de la pollution atmosphérique. En particulier en Ile-de-France, où le chauffage résidentiel et l’agriculture constituent d’importantes sources d’émission. «Le secteur automobile est celui qui connaît l’évolution la plus rapide, technologique et réglementaire, mais il faudra agir dans un même temps sur d’autres sources», estime Valérie Pernelet-Joly.

L’impact des polluants conforté

Dans un autre rapport présenté de manière simultanée, l’Anses fait d’ailleurs le point sur l’impact sanitaire de 20 polluants atmosphériques. Selon cette analyse de la littérature scientifique (160 études retenues), qui réactualise la revue de consensus REVIHAAP réalisée en 2013 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), leur impact est désormais conforté.

Parmi eux, les particules ultrafines (PUF, d’une taille inférieure à 100 nanomètres), ainsi que le carbone suie et le carbone organique, dont les experts estiment le niveau de preuve de modéré (PUF) à fort (carbone suie, carbone organique) pour les atteintes respiratoires, cardiovasculaires et les décès anticipés.

Comme elle l’avait fait déjà fait lors d’un précédent rapport de juin 2018, l’agence préconise de réglementer ces trois composés, c’est-à-dire d’en rendre la surveillance obligatoire au même titre que les PM10 et les PM2,5 –dont la pertinence de la mesure n’est pas remise en cause, souligne l’Anses.

Péril sur la santé neurologique des enfants

Grande nouveauté : cette étude suggère plusieurs risques associés aux polluants atmosphériques, pointés par un nombre croissant, mais encore limité, de travaux scientifiques: effets du carbone suie et des particules ultrafines sur les performances cognitives de l’enfant, effet du carbone suie sur la santé périnatale, en particulier sur le faible poids de naissance.

D’autres polluants de nature différente semblent par ailleurs associés à des maladies cardiovasculaires et respiratoires, dont les aérosols organiques secondaires (incluant ammonium, sulfate et nitrate), ainsi que les métaux de transition (fer, zinc, nickel, cuivre, vanadium), la silice et les endotoxines.

Quant aux sources d’émissions, l’Anses confirme bien évidemment la nocivité du trafic routier, ainsi que celle liée à la combustion du charbon, du pétrole et de la biomasse. Moins étudiées, les poussières du désert semblent quant à elles avoir un effet sur la santé respiratoire des enfants, juge l’agence, qui appelle à mieux étudier les émissions liées à l’agriculture, au transport maritime et à l’activité aéroportuaire, encore peu connues.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 



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