Pollution de l’air: l’important facteur transfrontalier

Le 28 novembre 2016 par Romain Loury
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Des influences allemandes, britanniques...
Des influences allemandes, britanniques...

Quelle est la part des émissions transfrontalières dans notre pollution atmosphérique? Variable, avec parfois de très fortes contributions. Pour la première fois, le programme européen Copernicus permet de retracer les diverses contributions dans un pays donné.

Début juillet, une étude publiée par trois associations (WWF, Health and Environment Alliance et Climate Action Network Europe) révélait la mortalité européenne due à la combustion de charbon en Europe, pays par pays. Fait intéressant, elle montrait surtout quels pays étaient les plus «exportateurs» de cette mortalité, et ceux qui en souffraient le plus.

La Pologne et l’Allemagne, qui recourent fortement au charbon, s’avéraient ainsi les sources d’émission ayant le plus d’impact, avec respectivement 4.960 et 2.490 décès annuels engendrés dans d’autres pays. A l’inverse, la France, faible utilisateur de cette énergie fossile, était fortement touchée par les rejets étrangers: sur les 1.380 décès annuels dus au charbon dans le pays, seuls 50 sont liés à l’activité française, contre 460 «importés» d’Allemagne, 350 du Royaume-Uni et 160 de Pologne.

Un phénomène complexe

Le sujet de la pollution transfrontalière est particulièrement difficile à étudier: outre les émissions à la source, il s’agit de tenir compte de la météorologie (et donc de la circulation des polluants), ainsi que de la transformation chimique des polluants dans l’atmosphère. «Ce n’est pas du tout un phénomène linéaire», explique Laurence Rouïl, responsable du pôle modélisation environnementale et décision de l’Ineris[i], contactée par le JDLE.

Avec Météo-France, l’Ineris participe au projet européen Copernicus, qui publie ses premières données de pollution transfrontalière, pour l’instant restreintes à l’ozone et aux particules fines de taille inférieure à 10 micromètres (PM10) –bientôt le dioxyde de soufre (SO2) y sera intégré. «Le service est opérationnel depuis 2015, c’est le résultat de 10 ans de travaux préparatoires, de faisabilité et d’ajustement des modèles», explique Laurence Rouïl.

La plateforme Copernicus fournit une base de données accessibles et utilisables par tous, de manière entièrement gratuite. Coordonnée par la Commission européenne, ses données sont utilisées aussi bien par les pouvoirs publics que par des acteurs privés -pour développer leurs propres produits.

Un melting-pot européen

Il en ressort que l’aspect transfrontalier est un phénomène important dans l’émergence de la pollution atmosphérique, mais avec de larges variations d’un jour à l’autre. Exemple à Paris, lors d’un test pilote mené par Copernicus: du vendredi 11 novembre au dimanche 13 novembre, moins de 50% de la pollution aux PM10 aura été d’origine française.

Vendredi 11, l’Allemagne y a contribué à hauteur de 15,3%, le Royaume-Uni à 11%. Samedi, la part allemande s’élève à 23,3%, tandis que le Royaume-Uni s’efface devant la Belgique (10,2%) et les Pays-Bas (4,7%). Dimanche, l’Allemagne grimpe encore (25,8%). Elle diminue un peu à 22%, lundi 14 novembre, lorsque la part française redevient prépondérante (64,2%).

Programme européen de surveillance mondiale de l’environnement, Copernicus a pour objectif de mutualiser, entre Etats membres, les observations in situ et par satellite relatives à l'environnement et à la sécurité, afin de construire des «services d’intérêt général européen, à accès libre, plein et entier». Outre la surveillance atmosphérique, il s’intéresse à celle des terres, du milieu marin, à la gestion des urgences, au changement climatique et à la sécurité.

Le phénomène est encore plus marqué dans d’autres pays. Par exemple en République tchèque: samedi 12 novembre, 58,8% de la pollution PM10 observée à Prague y était de provenance polonaise, contre seulement 21,8% d’origine tchèque. Idem dimanche 13 novembre, avec 49,5% de PM10 polonaises et 32,3% tchèques.

«Un éventail d’influences»

«Un pays est influencé par ses voisins», constate Laurence Rouïl. «On observe des variations de jour en jour, au gré des évolutions météorologiques. Il est très difficile de tirer des conclusions très tranchées: il arrive parfois que la pollution d’origine extérieure soit plus intense que celle d’origine nationale, mais c’est plus complexe que cela. Le facteur transfrontalier est en effet très important, avec de grandes tendances [par pays], mais mieux vaut parler d’éventail d’influences», ajoute la chercheuse.

Selon la force des influences extérieures qu’il subit, un pays aura dès lors plus ou moins de succès dans sa lutte contre la pollution atmosphérique. «Je crois beaucoup à l’action de grande échelle au niveau européen, par des approches sectorielles [exemples: transport, énergie, chauffage, etc.]. Pour faire diminuer la pollution de fond, il faut des efforts partagés», souligne Laurence Rouïl.

L’approche sectorielle

L’approche sectorielle est justement l’autre stratégie mise en place par Copernicus: elle permet ainsi de prévoit quelle part de la pollution est liée aux émissions des transports, du trafic routier, et même de poussières désertiques provenant du Sahara.

L’une des prochaines étapes, actuellement en test, est d’évaluer la pollution en jouant sur les divers secteurs, par exemple en abaissant de 50% le trafic routier sur toute l’UE ou dans un pays donné, et en observant l’effet dans ce pays. Cet outil viendra «en appui aux politiques publiques, et offrira plus de flexibilité pour comprendre l’importance des sources de pollution», explique Laurence Rouïl.



[i] Institut national de l’environnement industriel et des risques

 



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