Pollution de l’air: l’Anses propose de renforcer le suivi de 13 substances

Le 28 juin 2018 par Romain Loury
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Le 1,3-butadiène, nouvelle substance prioritaire
Le 1,3-butadiène, nouvelle substance prioritaire

L’Anses préconise d’étendre la surveillance des polluants de l’air au 1,3-butadiène, et de renforcer le suivi de 12 autres substances, dont les particules ultrafines et le carbone suie, dans un rapport publié jeudi 28 juin.

A ce jour, seules 13 substances font l’objet d’une surveillance obligatoire dans l’Union européenne, selon une liste dressée par les directives 2004/107/CE de décembre 2004 et 2008/50/CE de mai 2008. Or bien d’autres molécules sont problématiques d’un point de vue sanitaire. Dans son rapport publié jeudi 28 juin, l’Anses[i] dresse une liste de 13 polluants prioritaires, dont la valeur toxicologique de référence (VTR) se trouve fréquemment dépassée.

Saisie en septembre 2015 par les ministères chargés de l’écologie et de la santé, l’agence a établi un inventaire de 557 substances, cherchant pour chacune s’il existait des données d’exposition et de dangerosité. Lorsque ces données figuraient dans la littérature scientifique, les experts ont comparé la présence de ces polluants à leur VTR. Bilan: 13 de ces substances sont jugées prioritaires (catégorie 1), et devraient faire l’objet d’une surveillance accrue.

Le 1,3-butadiène…

Parmi elles, le 1,3-butadiène, qui est issu de combustions incomplètes (moteurs thermiques, chauffages au bois et au fioul, fumée de cigarette), ainsi que de l’industrie du plastique et du caoutchouc. Ce cancérogène est mentionné par la directive européenne de 2008, sans obligation de surveillance, mais uniquement pour suivre son évolution, le 1,3 butadiène étant par ailleurs l’un des 31 composés organiques volatils (COV) précurseur de l’ozone troposphérique. D’autres pays européens l’ont déjà intégré à leur liste de polluants à surveiller de manière obligatoire, dont la Hongrie et le Royaume-Uni.

Or selon les calculs de l’Anses, sa moyenne de concentration dans l’air, calculée à partir de 44 campagnes de mesure recensées par l’agence, serait 5,1 fois plus élevée que sa VTR. «On le trouve un peu partout sur le territoire français, sans spécificité de site: en milieu urbain, en milieu périurbain et proche de sites industriels», explique Valérie Pernelet-Joly, chef du service «qualité de l’air» de l’Anses, contactée par le JDLE.

… et ses 12 apôtres

Parmi les autres substances jugées prioritaires, figurent les particules ultrafines (PUF, ou PM0,1 car d’une taille inférieure à 0,1 micromètre) et le carbone suie. Pour ces deux types d’agents, l’agence préconise un suivi renforcé. S’ils ne disposent pas de VTR à ce jour, leurs effets sanitaires, notamment cardiorespiratoires, sont démontrés par de nombreuses études. Notamment pour les PUF, de taille assez petite pour franchir la barrière séparant les poumons de la circulation sanguine.

Dix autres polluants sont jugés prioritaires par l’Anses, également de suivi à renforcer, en raison de dépassements de la VTR près de sites industriels, et donc avec de possibles risques sanitaires pour les riverains. Il s’agit du manganèse, du sulfure d’hydrogène, de l’acrylonitrile, du 1,2-trichloroéthane, du cuivre, du trichloréthylène, du vanadium, du cobalt, de l’antimoine et du naphtalène.

Des données très parcellaires

Tout aussi inquiétant, le fait que parmi les 557 substances initiales, 440 sont classées par l’Anses en catégorie 2, en raison de données insuffisantes. Ou plutôt en catégories 2A («nécessitant l’acquisition de données sanitaires») et 2B («nécessitant l’acquisition de données relatives à leur occurrence dans l’air ambiant et potentiellement de données sanitaires»).

«Nous poursuivons notre travail d’exploration à leur sujet, mais on se rend compte qu’il y a de nombreuses substances pour lesquelles nous n’avons pas de données», reconnaît Valérie Pernelet-Joly. Poursuivant son étude de la littérature, l’Anses espère définir, «d’ici à la fin de l’année», si certaines de ces substances de catégorie 2 méritent à leur tour d’être considérées comme prioritaires.

Vers une surveillance renforcée

Saluant le travail effectué par l’Anses, le ministère de la transition écologique s’engage, dans un communiqué publié jeudi, à «renforcer les modalités de surveillance des concentrations dans l’air pour le 1,3-butadiène, les particules ultrafines et le carbone suie. L’Anses sera sollicitée pour fournir ses recommandations sur les stratégies de surveillance les plus efficaces, y compris pour le lancement de campagnes nationales de surveillance complémentaires».

Si le 1,3-butadiène, les PUF et le carbone suie ne figurent pas (encore) parmi les polluants à surveiller de manière obligatoire, nombreuses sont les associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air (Aasqa) qui s’y intéressent déjà.

Notamment Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, dont la coordinatrice du programme «air et santé», Géraldine Guillaud, indique au JDLEque le 1,3-butadiène est «déjà surveillé en continu depuis une dizaine d’années dans le sud-Lyonnais, dans le ‘couloir de la chimie’, et il nous est aussi arrivé ponctuellement de faire des prélèvements ailleurs». Idem pour les particules ultrafines, surveillées depuis cinq ans en continu à Lyon et Grenoble.

En 2017, l’association a ainsi observé des moyennes annuelles comprises entre 0,1 et 0,3 microgrammes par mètre cube (µg/m3) sur quatre sites de mesure, à savoir Pierre-Bénite et Feyzin (sud du Lyonnais), Vernaison (métropole lyonnaise) et Grenoble, soit très au-dessus de la VTR retenue par l’Anses (0,06 µg/m3)[ii]. A Vernaison, Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a même mesuré un maximum journalier à 9,2 µg/m3, soit 153 fois au-dessus de la VTR.

Une surveillance à organiser

«C’est une bonne nouvelle que ces polluants soient considérés comme prioritaires», ajoute Géraldine Guillaud. Reste à savoir comment sera organisée cette surveillance renforcée, lorsqu’elle sera mise en place, et avec quels financements. «Nous n’avons pas encore étudié cette question, mais elle sera sûrement débattue en coordination nationale», indique-t-elle.

Quant aux sites industriels, le ministère de la transition écologique indique que la liste des 13 substances sera prise en compte lors de la révision des prescriptions réglementaires pour les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) soumises à autorisation. «Des instructions ministérielles seront adressées aux préfets pour qu’ils s’assurent que les exploitants des ICPE les plus émettrices de 1,3-butadiène mettent en place une surveillance environnementale et des mesures de réduction des émissions», ajoute-t-il.



[i] Agence nationale de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Cette VTR, fixée par le Bureau californien de l'évaluation des dangers pour la santé environnementale (OEHHA) sur la base d’une étude animale, correspond à un excès de risque de 0,001% de tumeurs pulmonaires. Il s’agit donc d’une valeur très protectrice.

 



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