Pollution de l’air et climat: des politiques parfois antagonistes

Le 25 juin 2009 par Sabine Casalonga
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Certaines mesures de lutte contre les émissions polluantes de l’air ont un impact néfaste sur le climat, en induisant une hausse des gaz à effet de serre. D’autres ont en revanche des effets synergiques. C’est ce que révèle un rapport remis au Meeddat par l’Ineris, en vue de favoriser la création de politiques intégrées de gestion de la qualité de l’air et du climat.

«L’utilisation des biocarburants de première génération dans les transports routiers a des effets fortement antagonistes. Cela induit une baisse des émissions de CO2, le principal gaz à effet de serre (GES) mais accroît les émissions de polluants atmosphériques: particules PM10 (3), oxydes d’azote (NOx) et ammoniac (NH3)», explique Laurence Rouil, responsable du pôle Modélisation environnementale et décision à l’Ineris, lors d’un point presse mardi 23 juin. Il s’agit d’un exemple choisi parmi d’autres dans le rapport de l’Ineris (1) (2). Les mesures existantes ou prévues dans les politiques nationales (plan Climat, stratégies nationales d’adaptation au changement climatique et de développement durable, projets de loi Grenelle I et II) y ont été passées au crible. En se fondant sur une veille bibliographique et sur leurs propres recherches, les auteurs ont analysé les effets synergiques ou antagonistes de ces politiques, dans le but de fournir des pistes pour la mise en place de politiques intégrées de gestion de la qualité de l’air et de lutte contre le changement climatique. Les réglementations existantes ne traitent d’ailleurs pas non plus ces questions de manière conjointe.

Parmi les autres mesures contradictoires figurent celles visant à réduire les émissions industrielles de NOx, notamment par un traitement renforcé des rejets de fumées, qui exigent souvent une consommation accrue d’énergie et donc une hausse de CO2. A l’inverse, les mesures d’efficacité énergétique des procédés industriels et des bâtiments se révèlent souvent bénéfiques à la fois pour la qualité de l’air et le climat. Les scientifiques signalent toutefois que le recours à la biomasse (chauffage domestique au bois) qui génère des polluants dans l’air [à l’exception de certaines technologies propres] n’est pas une bonne solution. De même, la conception de moteurs ayant une meilleure efficacité énergétique peut inciter à la mobilité en abaissant le prix du kilomètre et donc engendrer une pollution accrue.

Un mauvais point est également décerné au secteur aérien. De fait, les nouveaux réacteurs, moins gourmands en carburant, engendrent une hausse des émissions de NOx. Idem pour le transport maritime où la réduction des teneurs en soufre des carburants entraîne bien une baisse des émissions SO2 mais aussi une augmentation de rejets de CO2 par les raffineries. Certains choix peuvent néanmoins s’avérer gagnant-gagnant. C’est le cas de l’incitation à réduire la vitesse des voitures et aussi de la restriction de l’usage d’engrais azotés en agriculture.

Au vu des mesures antagonistes et contre-productives, un réel potentiel d’amélioration de l’efficacité des politiques apparaît, concluent les auteurs du rapport. «Les politiques publiques devront également tenir compte des conditions de mise en œuvre et d’accompagnement de la mesure», précisent-ils. Une analyse plus détaillée des mesures les plus sensibles est également prévue.

Les interactions entre les polluants de l’air et le climat, également synergiques ou antagonistes, font aussi l’objet de nombreux travaux de recherche. Lors d’un congrès organisé par l’Ineris, la Commission européenne et l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) du 17 au 19 juin à Paris (4), 130 experts internationaux ont ainsi présenté leurs travaux. Ils s’accordent pour dire que le réchauffement climatique induit des effets sur les concentrations de polluants atmosphériques. De fait, une température plus élevée modifie les mécanismes de formation de ces polluants. L’équipe de l’Ineris a d’ailleurs abouti à de tels résultats. «En s’appuyant sur le scénario pessimiste du Giec (4) fondé sur une estimation de hausse des températures jusqu’à 5°C dans le sud de la France, notre modèle prévoit une augmentation des niveaux d’ozone -issu de la réaction entre les polluants NOx et COV et les rayons UV du soleil- avec des pics journaliers estivaux pouvant atteindre jusqu’à 20 microgrammes par mètre cube (µg/m3) en Alsace et en Rhône-Alpes», indique Bertrand Bessagnet, responsable de l’unité modélisation atmosphérique et cartographie environnementale à l’Ineris. Les modèles prévoient également une hausse des concentrations en PM10, en été en France, mais une baisse des moyennes journalières en hiver.

Au-delà des prévisions, ces effets se feraient déjà sentir. La preuve? L’équipe de l’Ineris a pu observer l’impact de deux récents événements climatiques sur la qualité de l’air. Un nuage de poussières émises par les terres agricoles suite à une tempête lors d’une forte sécheresse en Ukraine a entraîné en 2007des taux de PM10 élevés en France, supérieurs à 150 µg/m3 (plus de trois fois les taux habituels). «C’est la première fois qu’un événement de cette ampleur dû à une sécheresse (et non pas au sable du Sahara) est détecté en Europe», souligne Laurence Rouil. Un second épisode de pollution aux particules a été mesuré au printemps 2007. Cette fois-ci, l’origine était une évaporation d’ammoniac (NH3) des sols inédite suite à l’épandage d’engrais, durant une période marquée par des températures élevées (30°C en moyenne).

Un travail de thèse est en cours pour intégrer ces nouveaux paramètres dans les modèles de prévision de la qualité de l’air. Parallèlement, un réseau d’alerte a été mis en place en lien avec les associations locales de qualité de l’air. «Nous sommes le seul pays européen à être doté d’une telle approche, qui est d’ailleurs regardée avec attention par la Commission européenne», se félicite Laurence Rouil.

A contrario, les polluants, notamment les aérosols, ont également un impact sur le climat. Cet effet est globalement refroidissant, les particules absorbant le plus souvent l’énergie solaire avant qu’elle n’atteigne le sol. Le carbone élémentaire (ou carbone suie) issu des procédés de combustion, doté d’un pouvoir réchauffant, est l’exception qui confirme la règle. Egalement à l’origine de problèmes sanitaires et de l’accélération de la fonte des glaciers, il devrait devenir la cible prioritaire de l’action publique, affirment les scientifiques.

(1) Rapport d’étude de l’Ineris «Politiques combinées de gestion de la qualité de l’air et du changement climatique (partie 1): enjeux, synergies et antagonismes» (mis en ligne le 23 juin 2009)
(2) Institut national de l'environnement industriel et des risques
(3) Particules de diamètre inférieur à 10 microns
(4) «Linkages between global and regional scales and air quality and climate change»
(5) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat


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