Pollution de l’air à Paris: y a-t-il mise en danger d’autrui?

Le 27 mars 2012 par Geneviève De Lacour
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A Paris, les pics de pollution se succèdent depuis le début de l'année
A Paris, les pics de pollution se succèdent depuis le début de l'année

Depuis le 1er janvier, les seuils d'alerte à la pollution de l’air ont déjà été dépassés 26 fois dans l'agglomération parisienne.

Une situation qui fait fortement réagir Denis Baupin. «Il n’est pas admissible que l’on se contente de dire aux victimes potentielles de rester cloîtrées et de ne pas respirer», fulmine l’adjoint au maire de Paris, «Demain, mercredi 28 mars, on va remonter en période d'alerte. On est en situation de non-assistance en personne en danger. On n'a jamais connu une telle situation. On doit être au 25e jour de dépassement des seuils depuis le début de l'année, soit sur moins de trois mois». Et l’élu EELV de demander à l’Etat «d’obliger les poids lourds à contourner le centre de la métropole».

L’épisode de pollution aux particules se prolonge donc. Aujourd’hui mardi, Airparif, le réseau francilien de mesure de la qualité de l’air, fixait à 8 (sur 10 niveaux) le niveau de pollution de l’agglomération parisienne. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer mercredi.

Le nombre inhabituel d’alertes à la pollution tient également du fait qu’un arrêté interpréfectoral, pris le 27 octobre dernier, abaisse sensiblement les seuils de déclenchement des procédures d’information et d’alerte pour l’ozone, mais aussi pour le dioxyde d’azote (NO2), le dioxyde de soufre (SO2) et les particules (PM10). Karine Léger directrice d’Airparif, précisait le 15 mars dernier: «On s’attend à ce que les épisodes de pollution soient désormais multipliés par 5». Nous sommes sur la bonne voie.

«On dépasse tellement souvent les seuils que l’on finit par banaliser la pollution et quand on dit aux automobilistes de lever le pied, ils n’y croient plus», regrette Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement.

La mairie de Paris réitère donc aujourd’hui sa demande au préfet de police -compétent en matière de circulation à Paris- de baisser de 10 kilomètres à l’heure en permanence la vitesse sur le périphérique et de respecter la baisse de 20 km/h à chaque pic.

«Il n'y a aucune communication globale de la part des pouvoirs publics nationaux. Le préfet a le pouvoir de mettre toutes les mesures de restriction en œuvre, ça ne dépend que de sa décision. On peut détourner le trafic des camions, faire une circulation alternée pour les diesels. Le principal problème de santé publique, c'est les particules fines des diesels», ajoute Denis Baupin.

«En moyenne sur une année, on observe que les jours où les concentrations de particules fines sont élevées, les hospitalisations augmentent, de même que les taux d'infarctus ou d'AVC. Ainsi, une hausse de 10 microgrammes par mètre cube de la dose journalière entraîne en moyenne deux fois plus d'hospitalisations d'enfants et de personnes âgées», explique le docteur Patrice Halimi, secrétaire général de l'association Santé environnement France (Asef).

«Pour faire baisser le nombre et l'intensité des pics de pollution, il faut que les mesures prises soient appliquées de manière récurrente et pas seulement lors des alertes», insiste Karine Léger, la directrice d'Airparif.

La préfecture de police avait recommandé, en fin de semaine dernière, de réduire la vitesse sur les routes et de respecter l'interdiction de brûler des déchets en plein air notamment. Mais cela n’est pas jugé suffisant par la mairie qui critique le préfet de police. «Depuis le début de l'année, nous avons eu au moins 23 jours de dépassement de pollution et le préfet n'a baissé la vitesse-limite de 20 km/h que trois fois!», déplore la mairie.

En juillet dernier, le Conseil de Paris avait adopté un vœu demandant au préfet que soit étudiée et expérimentée une baisse des vitesses-limites du boulevard périphérique de 80 km/h à 70 km/h, afin de réduire le bruit, la pollution de proximité et l'insécurité routière.

Le ministère de l’écologie étudie actuellement une mesure aussi radicale que celle d’interdire les poids lourds en centre-ville. La candidate écologiste, Eva Joly, a jugé urgente sa «mise en œuvre dans toutes les agglomérations françaises». Car Paris n’est pas la seule affectée. Lundi 26 mars, les seuils étaient dépassés également en Haute-Normandie ou dans les Pays de la Loire.

Menacée d’une amende record de 240.000 euros par jour par la Cour de justice européenne pour non-respect de la qualité de l’air, l’Etat mise, pour bouter les véhicules les plus polluants hors des villes, sur les zones d’actions prioritaires pour l’air (Zapa), testées d’ici quelques mois dans 8 agglomérations. Mais le ministère de l’écologie pointe aussi la responsabilité des élus locaux, «seuls habilités à aménager des parkings-relais aux abords des agglomérations ou à créer des péages urbains».

 



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