Pollution de l’air: 11.000 décès évités en Europe

Le 30 avril 2020 par Romain Loury
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En France, 1.230 décès prématurés de moins
En France, 1.230 décès prématurés de moins

En Europe, l’amélioration de la qualité de l’air, du fait du confinement, a permis d’éviter 11.000 décès, selon une analyse publiée jeudi 30 avril par le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), organisme de recherche indépendant basé en Finlande. Rien qu’en France, 1.230 décès auraient été prévenus.

C’est l’une des rares conséquences positives du confinement: du fait de la moindre consommation énergétique et de la baisse du trafic automobile, la qualité de l’air s’est nettement améliorée au cours des dernières semaines, en premier lieu pour le dioxyde d’azote (NO2), devant les particules fines –qui peuvent aussi être liées aux activités agricoles.

Analysant les données de 21 pays européens, le CREA estime que la teneur atmosphérique en NO2 a diminué de 37%, celle de particules fines PM10 (d’une taille inférieure à 10 microns) de 12%. En France, la baisse est de 44% pour le NO2 et de 8% pour les PM10. C’est au Portugal que l’embellie est a plus marquée, avec une baisse de 58% du NO2, de 54% des PM10.

L’Allemagne grande gagnante

Le CREA a calculé les bienfaits sanitaires de cette amélioration: selon son estimation moyenne, environ 11.000 décès ont été évités en Europe, voire jusqu’à 21.000 décès pour l’estimation haute. En France, le bilan s’élève à 1.230 décès évités (dans une fourchette comprise entre 734 et 2.431), derrière l’Allemagne (2.083), le Royaume Uni (1.752), l’Italie (1.490), mais devant l’Espagne (1.081)[i].

Les auteurs de l’étude estiment aussi que ces deux mois de confinement ont permis d’économiser 1,3 millions de jours d’arrêt maladie, 5.980 nouveaux cas d’asthme infantile, 1.865 recours aux urgences pour crise d’asthme, ainsi que 575 naissances prématurées. Comme les décès évités, «la plupart de ces impacts sanitaires sont liés à l’exposition chronique à la pollution de l’air, et se réaliseront au cours des prochains mois ou années», commente le CREA.

Certes, ces 11.000 décès pèsent peu face aux près de 126.000 morts liés à la Covid-19 dans les 21 pays européens analysés[ii]. En France, pour 1.230 décès de moins liés à la pollution, on en compte 24.087 du fait de l’épidémie, au 30 avril. A l’inverse, l’Allemagne présente un bilan plus favorable: première bénéficiaire en termes de qualité de l’air, elle ne compte que 6.467 décès de la Covid-19.

Il semble toutefois difficile de parler de «décès évités», comme le fait le CREA: la Covid-19 frappe plus particulièrement les personnes présentant une vulnérabilité cardiovasculaire ou pulmonaire, qui sont aussi les premières victimes de la pollution de l’air.

En Chine, 52.000 décès évités?

La question de la comparaison entre Covid-19 et pollution de l’air s’est posée dès les débuts de l’épidémie, alors que le confinement chinois a produit des effets notables sur la qualité de l’air. Dans une note publiée sur son blog, le chercheur californien Marshall Burke (université de Stanford) estime ainsi que, du seul fait la diminution du taux de particules fines PM2,5 en Chine, au minimum 51.700 vies ont été sauvées chez les plus de 70 ans, et 1.400 chez les enfants de moins de 5 ans.

S’il relativise la portée d’une telle comparaison, le chercheur estime que la Covid-19, qui n’a causé que 3.300 morts en Chine, aurait donc, de manière indirecte, sauvé près de 20 fois plus de vies. Petit problème: ce chiffre de 3.300 morts est mis en doute par de nombreux observateurs. Si le chiffre réel demeure inconnu, plusieurs d’entre eux estiment que, rien qu’à Wuhan (ville d’origine du virus SRAS-CoV-2), le bilan réel pourrait être au moins 15 fois supérieur aux 3.186 morts officiels engendré par la Covid-19 dans cette ville.



[i] Pour rappel, la pollution de l’air par les PM2,5 a causé 400.000 décès prématurés en Europe en 2016, celle par le NO2 71.000, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE).

[ii] Ce chiffre de 126.000 décès, au 30 avril, a été effectué par le JDLE sur la base du Coronavirus Resource Center hébergé par l’université Johns Hopkins (Baltimore, Maryland).