Pollution azotée, la facture est arrivée

Le 11 avril 2011 par Geneviève De Lacour
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L'azote des engrais sur la sellette
L'azote des engrais sur la sellette

Entre 150 et 735 euros par personne et par an. Pour la première fois en Europe, des experts ont essayé d’évaluer le coût financier des menaces que l’azote et ses dérivés actifs font peser sur l’environnement et la santé des populations.

Cette première Evaluation européenne pour l'azote (ENA) menée par 200 experts issus de 21 pays européens a estimé entre 70 et 320 milliards d’euros par an le coût des pollutions de l’air, des sols et de l’eau, de l’augmentation des gaz à effet de serre et de l’impact sur les écosystèmes. Au total, le coût de l’azote représente plus du double des bénéfices pour l'agriculture européenne.

 
L'invention des engrais azotés au début du XXe siècle a révolutionné l'agriculture, multipliant les rendements et améliorant la qualité. Mais l’azote qui n’est pas absorbé par les cultures présente des risques car il peut diffuser dans l’environnement. Ainsi, selon les experts, la concentration d'azote dans l'environnement a été multipliée par deux au plan mondial, et plus de trois en Europe.
 
Si le rapport estime que l’Europe a besoin d’engrais azotés pour sa propre sécurité alimentaire, il blâme les agriculteurs de répandre beaucoup trop d’engrais sur leurs récoltes, ce qui pollue les cours d’eau.
 
L’azote en tant que tel est inoffensif, mais dans sa forme activée provoque des problèmes en série. Plus de 10 millions d'Européens sont exposés à des niveaux d'azote (nitrates) dans l'eau dépassant les seuils réglementaires, avec un risque de cancer accru s'ils la boivent régulièrement. L’ammoniac, et les oxydes d’azote rejetés dans l’atmosphère par l’agriculture, l’industrie et les zones urbaines contribuent à augmenter les niveaux d’ozone, de particules et d’oxydes d’azote. Des particules qui augmentent la pollution de l’air et provoquent des troubles respiratoires tels que l’asthme, des cancers et réduit l’espérance de vie de 6 mois. Enfin, l’agriculture produit 70%, du protoxyde d’azote, qui est un puissant gaz à effet de serre.
 
Les nitrates qui s’accumulent dans les rivières engendrent des phénomènes d'algues vertes et de «zones mortes» le long des côtes bretonnes, en mer du Nord, Adriatique et Baltique.
L’azote réactif apporté au sol par la fertilisation ou les dépôts atmosphériques acidifie les sols et provoque des pertes de rendement agricoles. Selon le rapport, les dépôts d'azote dans les forêts ont entraîné une perte de biodiversité de plus de 10% sur les deux tiers de l'Europe.
 
L’élevage étant une des sources les plus importantes de pollution par l’azote, les 200 experts réunis à Edimbourg (Ecosse) ont appelé à un changement des pratiques agricoles, mais aussi dans l’industrie et un contrôle accru des véhicules.
Selon Robert Watson, conseiller scientifique en chef au ministère britannique pour l’environnement, l’alimentation et les affaires rurales (Defra, selon l’acronyme anglais) «l’azote est absolument essentiel pour le bien-être des humains. Mais le challenge est d’en conserver les bénéfices tout en limitant les impacts.»
 
Soulignant que, depuis les années 1990, le protoxyde d’azote a été réduit de 60% et l’utilisation de l’azote a diminué d’un cinquième depuis 1998, Robert Watson estime que «les choses vont dans la bonne direction, mais nous avons besoin d’accélérer le mouvement pour réduire l’impact sur l’environnement
 
Les scientifiques européens rassemblés ont recommandé plusieurs actions. Dans les transports, ils déconseillent l'utilisation de véhicules polluants et les longs trajets en voiture. Dans l'agriculture, ils préconisent un changement des pratiques.
 
«Réduire notre consommation de protéines animales -qui dépasse de 70% les recommandations nutritionnelles- aurait un impact significatif. 80% de l'azote utilisé en agriculture sert en effet à produire de la nourriture pour l'élevage», note l'étude.
 
«Près de la moitié de la population mondiale dépend des engrais azotés synthétiques utilisés pour la production alimentaire», souligne Mark Sutton du Centre d’écologie et d’hydrologie d’Edimbourg.
«Les solutions incluent une utilisation plus efficace des engrais minéraux et organiques (fumiers, lisiers, composts...) et des choix alimentaires visant à une consommation modérée de viande


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