Pollution atmosphérique: les mesures locales ne servent à rien

Le 08 janvier 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les Français pourraient gagner 22 mois d'espérance de vie si les valeurs-guide de particules étaient respectées
Les Français pourraient gagner 22 mois d'espérance de vie si les valeurs-guide de particules étaient respectées

Alors que le BEH dresse un passionnant état de la connaissance des relations entre pollution atmosphérique et santé, l’étude publique du plan de protection de l’atmosphère de l’Île-de-France s’achève. Un PPA dont on peut douter des effets sur l’amélioration de la santé des Franciliens.

 

Coïncidence. Deux jours avant que ne s’achève l’enquête publique du nouveau plan de protection de l’atmosphère (PPA) de l’Île-de-France, le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publie un passionnant numéro consacré aux effets sanitaires de la pollution atmosphérique.

Retraçant l’évolution de la connaissance sur le sujet (somme toute relativement récente), le BEH rappelle quelques fondamentaux. Quelques grandes familles de polluants présentent bien des risques sanitaires quantifiables pour les population: particules fines (PM10 et 2,5), dioxyde d’azote (SO2) et ozone troposphérique (03). «Les travaux ont montré une association à court terme entre la mortalité et les concentrations de PM10, d’ozone, et de dioxyde d’azote. Les excès de risque de mortalité totale et cardiovasculaire associés aux particules sont respectivement de 0,5% et 0,7%. Ils sont du même ordre de grandeur pour l’ozone en période estivale, et un peu plus élevés pour la mortalité respiratoire», confirme l’hebdomadaire.

Toutefois, même si des valeurs-limites existent (et sont rarement respectées), les chercheurs insistent sur le fait qu’il «n’existe pas de seuil en deçà duquel aucun impact n’est observé».

La difficulté d’agir tient aussi au fait de la très grande variabilité de composition chimique de la pollution, selon le lieu d’exposition, la saison, les sources d’émission, la météo. Un seul exemple: les particules. «La pollution particulaire de l’air est constituée d’un mélange complexe, présent dans l’atmosphère sous forme de solides ou de liquides qui varient en termes de masse, nombre, taille, forme, surface, composition chimique, ainsi qu’en réactivité, acidité, solubilité et selon leur origine», rappelle Franck Kelly (King’s College de Londres).

Et même si les particules de sulfates, nitrates, nickel, plomb, zinc et vanadium semblent avoir des effets particulièrement délétères, «chaque composant de PM provient de plusieurs sources et chaque source génère des composants multiples».

Problème insoluble, alors? Pas si on le prend dans sa globalité. «Les combustibles fossiles sont la principale source de pollution particulaire dans le monde», précise Franck Kelly, qui souligne aussi que «l’exposition aux émissions du trafic automobile est plus nocive que l’exposition aux émissions des centrales thermiques ou aux masses d’air carbonées secondaires». Une affaire de proximité entre citoyens et pot d’échappement.

Ce que confirment les spécialistes de la mesure de la qualité de l’air. «Entre 1 et 3 millions de Franciliens (dont 9 Parisiens sur 10) sont potentiellement exposés à des niveaux de pollution atmosphérique qui ne respectent pas la réglementation, principalement le long des axes routiers et dans le cœur de l’agglomération parisienne», écrivent Arthur De Pas et Martine Boissavy-Vinau, d’Airparif.

Conséquence logique: les valeurs-limites de PM10 et de dioxyde d’azote (NO2) sont régulièrement dépassées dans la région capitale. Ce qui vaut à la France d’être traînée en justice par Bruxelles pour les PM10 et probablement bientôt pour les concentrations de NO2.

A moins bien sûr que le PPA francilien n’inverse la tendance. Ce dont on peut douter. Ses principales mesures prévoient, en effet, d’obliger entreprises, collectivités et administrations à organiser des plans de déplacement d’établissement; des PDE dont les résultats sont rarement positifs.

A peine plus efficace: l’instauration envisagée de limite d’émission d’oxydes d’azote pour les chaufferies collectives dont la puissance est supérieure à 2 mégawatts. De même l’interdiction des émissions de particules pour les groupes électrogènes et surtout pour les «équipements individuels de chauffage à bois». Ce qui interdit de facto l’utilisation de… cheminée.

Le PPA bannit aussi le brûlage en plein air des déchets verts, une pratique déjà hors-la-loi. Tout comme l’épandage de produits phytopharmaceutiques par grand vent. Le PPA entend aussi limiter l’utilisation des moteurs auxiliaires des avions de ligne (pour le chauffage et la fourniture d’électricité). Ce que la DGAC a interdit par décret, il y a quelques semaines.

http://www.driee.ile-de-france.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/PPA_debut_cle06ff44.pdf

 



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