Pollinisateurs: la Cité internationale universitaire retire son rucher

Le 13 mars 2020 par Romain Loury
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Trop de ruches urbaines ruine la biodiversité.
Trop de ruches urbaines ruine la biodiversité.
VLDT

Publiée en septembre 2019, une étude révélait l’effet nuisible des ruches sur les pollinisateurs sauvages en milieu urbain. «Par bon sens», la Cité internationale universitaire de Paris a décidé de retirer son rucher, installé en 2009, a-t-elle annoncé début mars.

Au motif de protéger la biodiversité, la mairie de Paris, comme d’autres grandes villes européennes, a fortement incité à l’implantation de ruches en ville. Au-delà de la communication, cette mesure semble avoir des effets contre-productifs: à trop forte densité, les abeilles domestiques (Apis mellifera) ne trouvent plus assez de nectar, et la production de miel  s’effondre. Ce phénomène, qui s’est produit à Londres, semble également en cours à Paris.

Or une étude publiée en septembre 2019 par l’équipe d’Isabelle Dajoz, chercheuse à l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris (iEES), confirme un phénomène encore plus inquiétant: la surdensité de ruches en milieu urbain nuit aux pollinisateurs sauvages.

Selon ces travaux, qui ont analysé le butinage de différentes espèces selon la présence de ruches, la fréquentation des fleurs par les bourdons et les abeilles solitaires se raréfie au voisinage des ruches, et ce jusqu’à une distance de 1.000 mètres. Contrairement aux pollinisateurs sauvages, dont le rayon n’excède pas 500 mètres, les abeilles domestiques peuvent parcourir des kilomètres pour butiner.

Une chute de la production de miel

Suite à ces résultats, la Cité internationale universitaire de Paris (CiuP), située dans le 14ème arrondissement, a décidé de retirer son rucher, installé en 2009, a-t-elle annoncé début mars. Si elle admet que la présence de ces ruches «a eu un impact très positif sur la sensibilisation des salariés à la biodiversité», la donne a changé: alors que le rucher a produit environ 100 kg de miel la première année, il n’en livrait désormais «plus qu’une trentaine de kg par an», explique David Otamendi, responsable des espaces verts de la CiuP, contacté par le JDLE.

A ce jour, il s’agit de la première annonce officielle, à Paris, d’un retrait de rucher. Interrogé quant au bien-fondé des encouragements prodigués par la Ville de Paris, David Otamendi «ne dit pas qu’il faut absolument faire marche arrière (…) mais il nous semble important de nous désengager, par bon sens». Quant au rucher, actuellement «remisé», la CiuP propose de l’offrir à une association ou à un apiculteur «qui agit en milieu non urbain», ajoute-t-il.

Exit donc Apis mellifera, «nous allons recentrer nos énergies vers les pollinisateurs sauvages», explique le responsable des espaces verts. La Cité internationale universitaire compte en effet six hôtels à insectes, autour desquels ont été semées des prairies de fleurs mellifères.