Pollinisateurs: les pesticides aussi néfastes côté jardin

Le 18 février 2015 par Romain Loury
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Les bourdons, encore plus affectés par les pesticides urbains
Les bourdons, encore plus affectés par les pesticides urbains
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Dans les jardins privés, l’emploi d’insecticides et d’herbicides diminue la présence de bourdons et de papillons, révèle une étude française publiée dans la revue Biological Conservation. Un effet qui s’accentue en milieu urbain, que ces insectes ont plus de mal à coloniser.

S’il est désormais évident que les pesticides affectent la biodiversité en milieu agricole, on en sait bien moins sur leur usage par des particuliers. Dans leur étude portant sur environ 3.700 jardins répartis à travers la France métropolitaine, Audrey Muratet, de l’Observatoire départemental de la biodiversité urbaine (ODBU) de Seine-Saint-Denis, et Benoît Fontaine, du Centre des sciences de la conservation [1], révèlent qu’il en est de même, avec des effets variables selon le type de substances et le degré d’urbanisation.

Les chercheurs ont analysé les données de deux observatoires mis en place par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), celui des bourdons et celui des papillons des jardins, animés par des volontaires recensant, par espèce, le nombre d’individus volant dans leur jardin. Ces particuliers devaient aussi mentionner leur éventuel recours à des pesticides.

Sans surprise, l’emploi d’insecticides diminue la présence de bourdons et de papillons, de même que celui d’herbicides. Si le lien est probablement direct pour ces premiers produits, les seconds agiraient en limitant les ressources alimentaires de ces insectes friands de nectar, expliquent les chercheurs.

Un effet exacerbé en milieu urbain

Dans les deux cas, l’effet négatif s’avère plus marqué en milieu très urbanisé, ce que les chercheurs expliquent par une plus grande difficulté des insectes à recoloniser les jardins dans un milieu qui leur est intrinsèquement plus hostile. Une hypothèse corrélée par le fait que l’effet urbain est plus marqué chez les bourdons, de moindre distance de dispersion que les papillons.

A l’inverse, les fongicides, dont la bouillie bordelaise autorisée en agriculture biologique, et les anti-limaces favorisent la présence de bourdons et de papillons. Un effet plutôt inattendu, que les auteurs imputent à une robustesse accrue des plantes, plus à même de dépenser de l’énergie à produire du nectar qu’à lutter contre des organismes nuisibles.

Pour les chercheurs, il ne faut cependant pas en conclure que les fongicides et les anti-limaces sont forcément bénéfiques pour la biodiversité du jardin. «L’effet sur la faune du sol ne doit pas être sous-estimé. D’autres études ont par exemple montré que les lombrics sont moins abondants dans les parcelles agricoles traitées par des herbicides, des insecticides ou des fongicides qui ne les visaient pourtant pas directement», rappellent le CNRS et le MNHN dans un communiqué commun.

Utilisation limitée, effets légers

Dans l’ensemble, l’usage de pesticides dans les jardins analysés semble limité: certes, 90% des volontaires disent utiliser au moins un des produits analysés, mais seulement 1% de manière fréquente, affirme Audrey Muratet, contactée par le JDLE. Les chercheurs ont dès lors catégorisé les volontaires en utilisateurs, l’immense majorité de manière rare, et non-utilisateurs.

Ce qui explique peut-être pourquoi les graphes montrent des différences certes significatives d’un point de vue statistique, mais qui ne semblent pas dépasser 10% -en groupant milieux urbains ou non. «L’effet est probablement sous-estimé: ces volontaires sont d’emblée plus sensibles à l’environnement, et donc moins à même d’utiliser ces substances. Avec un panel plus large, nous aurions probablement obtenu des résultats plus marqués», avance Audrey Muratet.

L’usage domestique de pesticides en France est assez peu connu, raison pour laquelle l’Anses [2] a lancé en juillet 2014 l’étude Pesti’Home afin de mieux le décrire, avec un volet ultramarin en cours depuis début février. A partir de janvier 2022, l’usage domestique de pesticides sera interdit, à l’exception, entre autres, de ceux utilisés en agriculture biologique et de ceux jugés à faible risque.

[1] Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC).

[2] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.



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