Polémique sur le facteur 4

Le 09 octobre 2007 par Claire Avignon
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En plein Grenelle de l’environnement, un rapport commandé par Dominique de Villepin en 2006 remet en cause l’objectif français de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre en 2050. Le Medad minimise la portée du rapport mais les ONG sont très remontées.

C'était un soulagement pour toutes les associations de protection de l'environnement. Contrairement à leurs craintes, le facteur 4 n'a jamais été remis en cause au sein du groupe de travail sur le climat et l'énergie du Grenelle de l'environnement. Cet objectif de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre de la France d'ici 2050, acté par la loi d'orientation sur l'énergie en 2005, avait fait l'objet d'un rapport écrit en 2006 par un groupe de travail présidé par Christian de Boissieu, président délégué du Conseil d'analyse économique (CAS), et auquel participait Nathalie Kosciusko-Morizet, actuelle secrétaire d'Etat à l'écologie.

C'est ce même CAS qui remet aujourd'hui en cause le facteur 4. Il a en effet créé une commission énergie présidée par Jean Syrota, ancien président de la Commission de régulation de l'électricité (CRE) entre 2000 et 2006. D'après la Tribune datée du mardi 9 octobre, le scénario validé par la commission énergie mise sur un facteur compris entre 2,1 et 2,4. Car Jean Syrota ne croit pas possible le recours à l'hydrogène ou la capture et le stockage de CO2 à l'horizon 2050.

Déjà dans un rapport intermédiaire publié en avril 2007, il était déclaré: «Il est évident que, compte-tenu de l'inertie du système énergétique d'un pays tel que le nôtre, le passage en 30 ans d'une situation 2020 où les niveaux d'émissions seraient comparables à ce qu'ils sont aujourd'hui à un objectif ‘facteur 4' serait ingérable économiquement et peut être encore plus socialement, car il imposerait des ruptures brutales dans les modes de production, de consommation et les modes de vie.»

Selon la Tribune, le groupe de travail sur le facteur 4 était «un groupe politique» alors que la commission énergie s'inscrit «dans le monde des possibles».

L'abandon du facteur 4 par la commission Syrota apparaît d'autant plus surprenant qu'elle comporte quatre députés (1) et quatre sénateurs (2) qui ont voté la loi établissant le facteur 4, et que Christian de Boissieu fait partie des «personnes qualifiées».

Au ministère de l'Ecologie, du développement et de l'aménagement durables (Medad), on rappelle que la réduction de 75% des émissions de GES pour 2050 «est un engagement de la France» et que les rapports ne sont «que des éléments qui aident à avancer». D'ailleurs, Nicolas Sarkozy a mentionné cet engagement législatif lors de son discours sur les changements climatiques devant les Nations unies, le 24 septembre dernier à New York (Etats-Unis).

Thierry Salomon, président de Négawatt et membre de la commission Syrota en tant que «partenaire de la société civile», se dit «totalement opposé à ces conclusions». Quant à Christian Garnier, de France Nature environnement (FNE), il concède que le facteur 4 «ne sera pas facile à atteindre» tout en assurant que si jamais la France ne le respecte pas, «on aura de sérieux ennuis». Il ajoute: «L'argument selon lequel la France est déjà exemplaire est un gros mensonge. On importe autant d'hydrocarbures que les Allemands, et nos bâtiments sont de véritables passoires.»

Deux spécialistes de l'énergie, Benjamin Dessus, ancien chercheur au CNRS, et Bernard Laponche, ancien directeur de l'Agence française de maîtrise de l'énergie (AFME) au début des années 1980, critiquent également le rapport Syrota. Ce dernier «préfère s'étendre largement sur les raisons qu'a la France de ne pas respecter son engagement» plutôt que «de demander à l'auteur des scénarios d'en faire un autre respectant aussi le fameux facteur 4 et sans capture et stockage du CO2», s'indignent les deux représentants de l'association Global chance.



(1) Claude Birraux, Michel Destot, Claude Gatignol, Daniel Paul

(2) Roland Courteau, Ladislas Poniatowski, Daniel Raoul et Bruno Sido




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