Poissons OGM: «Tout est là pour que la crise puisse émerger»

Le 26 novembre 2010 par Sabine Casalonga
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La question des poissons génétiquement modifiés était au cœur du projet de recherche pluridisciplinaire Dogmatis (« Défi des OGM aquatiques, Impacts et Stratégies »), clôturé lors d’un colloque participatif le 23 novembre. Entretien avec Muriel Mambrini, coordinatrice du projet et présidente du centre Inra de Jouy-en-Josas.

 

Pourquoi un projet de recherche sur les poissons transgéniques ?

Nous souhaitions répondre aux questions suivantes : en cas d’autorisation de mise sur le marché d’un poisson génétiquement modifié (PoGM), quels sont les risques et de quels outils réglementaires disposons-nous ? Le premier article évoquant une transgénèse chez un poisson a été publié en 1986. Mais en raison d’étapes de développement complexes, une seule espèce est aujourd’hui commercialisée, aux Etats-Unis et à Taïwan (un poisson fluorescent pour aquarium). Un saumon GM fait cependant l’objet d’une demande d’autorisation Outre-Atlantique [voir le JDLE]. Je mûris ce projet depuis 7 ans… Nous avons pu le lancer en 2003 en répondant à l’appel à projets « OGM animal » de l’Agence nationale de la recherche (ANR).

L’arrivée des poissons GM dans nos assiettes est-elle donc pour bientôt ?

Non et pour plusieurs raisons. L’autorisation pour le saumon GM aux Etats-Unis n’est pas acquise. L’élevage d’un PoGM impliquerait des conditions d’élevage strictes et donc un coût très élevé. Le moratoire européen sur les OGM dans l’alimentation s’appliquerait aux poissons. Enfin, les acteurs de la filière aquacole française y sont défavorables. Toutefois, si le risque à court terme est écarté, le risque à moyen terme est plus difficile à évaluer. Les technologies et la connaissance avancent très vite.

Quels sont les risques potentiels pour les consommateurs ?

Une analyse bibliographique approfondie a permis d’identifier 5 espèces (saumon, truite arc-en-ciel, carpe, tilapia, anguille japonaise, poisson-zèbre) susceptibles d’intéresser des producteurs. Sur le marché français, seuls le saumon et le tilapia sont à prendre en considération. Largement consommé en France (140.000 tonnes/an), le saumon provient principalement de Norvège, de Grande-Bretagne et du Chili. La provenance du tilapia, beaucoup plus marginal (environ 3.200 tonnes importées/an) est multiple et très opaque.

Concernant les impacts sanitaires, au vu de la complexité de la transgénèse chez le poisson, il sera nécessaire de conduire des évaluations spécifiques pour chaque espèce. Pour le saumon à croissance rapide par exemple, l’analyse se focalisera sur l’analyse des taux d’hormone de croissance dans la chair du poisson et sur l’évaluation des effets chez l’homme.

Comment les citoyens perçoivent-ils ce produit?

Beaucoup n’ont jamais entendu parler de poisson transgénique. Les perceptions sont ensuite analogues à celles des OGM végétaux ou de la crise de la vache folle. Néanmoins, le PoGM, plus qu’un OGM végétal, peut dans l’esprit des gens, ouvrir la voie aux applications humaines. On peut donc anticiper une réaction négative du public. Tout est là pour que la crise puisse émerger. C’est pourquoi nous proposons des recommandations en termes de recherche, de traçabilité et de réglementation – notamment pour couvrir les risques environnementaux, les risques ressentis par le consommateur et les risques d’entrée incontrôlée sur le marché.

Quid de la méthodologie employée, saluée par les participants au colloque de restitution?

Baptisé sciemment « Dogmatis », le projet assume l’idée qu’il faut dépasser les dogmes. J’ai fait appel à des experts qui n’avaient jamais travaillé ensemble, issus de différentes disciplines : des biologistes, des juristes, des philosophes, une économiste et une sociologue. Ce fut un long travail de mise en synergie des savoirs et de partage des résultats et des stratégies, non exempt de difficultés… La participation des philosophes a été déterminante car elle a permis à chaque expert de revisiter ses ‘dogmes’ et les savoirs implicites de sa discipline.

Et la suite ?

Nous allons publier nos résultats et les modalités de notre méthodologie. Ensuite nous pourrons accompagner d’autres projets émergents qui pourraient prendre le relais de nos recherches.

 

Information sur Dogmatis (site de l’Inra)

Dans le JDLE «Saumon génétiquement modifié, quels impacts sur l’environnement ? »

Dans le JDLE « Saumon transgénique : « il faut poursuivre les études »

 



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