Poissons d’eau douce: le risque PCB est limité

Le 25 janvier 2012 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Le niveau d’imprégnation aux PCB des consommateurs de poissons d’eau douce est plus faible que celui observé à la fin des années 1980 en population générale, selon une étude menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et l’Institut de veille sanitaire (InVS).
 
Des résultats «plutôt rassurants», juge le coordinateur scientifique de l’étude, Jean-Luc Volatier, par ailleurs adjoint au directeur de l’évaluation des risques de l’Anses. Parmi les 622 participants à l’étude, à savoir 606 pêcheurs amateurs (ou membres de leur entourage) et 16 professionnels, seuls 2,5%, dont 0,3% des femmes en âge de procréer, dépassent les valeurs d’imprégnation critique [1].
 
Le niveau d’imprégnation (480 ng/g de lipides plasmatiques) est similaire à celui observé dans la population générale (492 ng/g). Il est même beaucoup plus bas que celui estimé à la fin des années 1980 (1.800 ng/g), lors de l’interdiction des PCB. Le signe d’une décontamination progressive de l’environnement, selon l’Anses.
 
Au centre de l’attention des chercheurs, les poissons fortement bio-accumulateurs de PCB: anguille, barbeau, brème, carpe et silure. Des espèces qui vivent plutôt dans les sédiments, là même où se concentrent ces contaminants.
 
Certains de ces poissons, comme l’anguille, présentent une teneur élevée en graisses; or les PCB sont des substances lipophiles, qui s’accumulent dans ces tissus, explique Jean-Luc Volatier.
 
En termes de consommation, l’étude de l’Anses ne révèle pas plus de motif majeur d’inquiétude que pour l’imprégnation. Seule 13% de la population étudiée consomme de ces poissons bio-accumulateurs, en moyenne «un peu plus d’une fois par mois», explique l’agence.
 
Autant de résultats qui l’ont conduite à revoir ses recommandations en matière de consommation de poissons fortement bio-accumulateurs. Elle propose de la limiter à une fois tous les deux mois pour les groupes à risque (femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes, enfants de moins de trois ans, fillettes et adolescentes). Pour le reste de la population, ne pas dépasser deux fois par mois, conseille l’Anses.
 
Dans son dernier avis en la matière, daté de juin 2010 [2], l’agence allait plus loin pour les groupes à risque, à qui elle conseillait d’éviter ces poissons, mais ne fixait pas de limite pour le reste de la population.
 
«Une fois tous les deux mois pour les groupes à risque, cela revient à éviter ces poissons», explique Jean-Luc Volatier, qui y voit «une recommandation par prudence». Ces nouvelles préconisations «ne sont pas très pénalisantes: ces poissons sont très peu consommés, il y a très peu de personnes qui atteignent ces fréquences de consommation», poursuit-il.
 
«Ces recommandations ne sont pas applicables aux zones de très forte contamination pour lesquelles des évaluations de risques spécifiques ont été réalisées par l’agence depuis 2008», précise l’Anses. «Elles ne remettent donc pas en cause les recommandations locales de non-consommation», comme les interdictions de pêche qui ont récemment touché les tourteaux de la baie de Seine et les anguilles de la Garonne.
 
Après les PCB, les chercheurs vont désormais mesurer l’imprégnation de ces pêcheurs par d’autres composés, en particulier les composés perfluorés et bromés. Deux classes de molécules auxquelles la recherche de contaminants chimiques dans les produits de la pêche a été étendue en 2012.
 
[1] Cette valeur-critique est fixée à 700 nanogrammes de PCB totaux par gramme de lipides plasmatiques (ng/g) pour les femmes enceintes, en âge de procréer, allaitantes, pour les enfants de moins de trois ans, des groupes jugés les plus sensibles, en raison d’effets des PCB sur le développement mental et moteur. Pour les autres, elle est de 1.800 ng/g.
[2] Cet avis du 14 juin 2010 avait trait aux bénéfices/risques liés à la consommation de poissons, sans se restreindre aux espèces d’eau douce ou aux PCB. Elle y recommandait la consommation de deux portions de poisson par semaine, dont une à forte teneur en EPA et DHA (des oméga-3), en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement.


Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus