Poisson: quand la nutrition s’oppose à l’environnement

Le 15 octobre 2014 par Romain Loury
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Les recommandations sont-elles vraiment recommandables?
Les recommandations sont-elles vraiment recommandables?

Manger deux portions de poisson par jour? Le conseil est certes valable d’un point de vue nutritionnel, mais illusoire si l’on examine la production mondiale de poisson, pêche et aquaculture confondues, selon une étude britannique publiée dans la revue Marine Pollution Bulletin.

 

Moins de graisses saturées, des oméga-3, des minéraux aussi essentiels que le calcium, le sélénium, le zinc… en France comme dans la plupart des pays émettant des recommandations nutritionnelles, il est très conseillé de manger plus de poisson qu’on ne le fait, à raison de deux portions par semaine. Pas sûr que les poissons soient d’accord, ni que leurs stocks en déclin le permettent.

Ce serait tout simplement impossible, aussi bien dans les pays riches qu’au niveau mondial, estiment Ruth Thurstan et Callum Roberts, du département environnement de l’université de York (Royaume-Uni), au terme d’une analyse de la production britannique de poisson, issu de la pêche nationale, importé ou produit de l’aquaculture, depuis 1888.

Selon eux, le Royaume-Uni dispose désormais de 900.000 tonnes par an de poisson: en tenant compte des recommandations de la Food Standards Agency (FSA) de consommer 280 g par semaine, seuls 64% des besoins britanniques seraient remplis, 77% si le pays s’arrêtait d’en exporter pour garder toute sa production.

Depuis 1888, il n’y a d’ailleurs eu que deux périodes au cours desquelles les Britanniques ont eu assez de poisson pour atteindre l’objectif de la FSA: au début du XXème siècle et après la deuxième guerre mondiale, soit seulement 10 ans en 126 ans.

L’aquaculture et l’importation à la rescousse

Selon les chercheurs, la pêche britannique a atteint un pic de production en 1913. En tenant compte du poisson que le pays exporte, les quantités se sont depuis effondrées de 51%. Certes, ce déclin a été compensé par l’aquaculture et l’importation. Mais toutes sources confondues, le Royaume-Uni dispose de bien moins de poisson de nos jours (900.000 tonnes par an) qu’après la deuxième guerre mondiale (1,29 million de tonnes par an).

La situation n’est guère plus favorable au niveau mondial, selon l’analyse que les chercheurs ont menée sur les données de l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En cumulant pêche et aquaculture, la population mondiale ne pourrait manger que 161 grammes de poisson par semaine, bien loin des 246 grammes prônés en moyenne par les pays ayant émis des recommandations nutritionnelles à ce sujet. Ce n’est qu’en ajoutant les petites pêcheries et la pêche illégale que l’on parvient à 242 grammes par jour.

«Les consommateurs britanniques ont été partiellement protégés de l’effondrement de la pêche domestique en accroissant l’importation, situation caractéristique des pays riches. Une telle approche n’est toutefois pas durable, car cette demande ne peut être comblée qu’à un coût social et environnemental élevé. Et ce en encourageant la surexploitation des ressources de pêche dans des pays éloignés, au détriment des populations locales. Malgré cela, ces pays riches aspirent à consommer encore plus de poisson», dénoncent les chercheurs.

«Nos aspirations sanitaires nationales doivent être examinées d’un point de vue plus global : nous devons notamment penser aux conséquences qu’il y a à promouvoir une plus grande consommation de poisson dans un monde où de nombreuses personnes présentent déjà des déficiences en protéines», ajoute Ruth Thurstan.



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