Pointe électrique: les pouvoirs publics ne s'attaquent pas au problème

Le 02 décembre 2009 par Victor Roux-Goeken
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radiateur
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La pointe hivernale de consommation pose des problèmes structurels en France, selon l'association Négawatt. Le phénomène s'aggrave depuis 20 ans, mais les pouvoirs publics ne font rien pour l'enrayer. Un paradoxe, alors que plusieurs groupes de travail planchent sur la question de la réglementation thermique.

Pour Marc Jedliczka, porte-parole de l’association Négawatt, «le problème de la pointe électrique va demander des choix politiques de plus en plus difficiles à prendre s’il n’est pas réglé maintenant». Principal responsable de cette pointe, selon l’association: le chauffage électrique (1). Le 7 janvier 2009, jour du «record» de consommation électrique (92.400 mégawatts), celle de chauffage électrique a représenté une surconsommation en puissance de 34.000 MW, soit l’équivalent de la moitié du parc nucléaire français.

De plus en plus installé dans les logements (¼ de l’existant, ¾ du neuf), le chauffage électrique implique en hiver une puissance appelée sur le réseau croissante, et contribue fortement à la hausse des pics de consommation depuis 1981. Depuis cette date, l'écart entre le niveau de la consommation de base (puissance minimale appelée toute l’année) et le maximum d'hiver s'est accru de 21.400 MW, soit l'équivalent du tiers du parc nucléaire français.

Plusieurs problèmes structurels en découlent, expliquent les membres de l’association Négawatt: le surdimensionnement du système de production électrique pour pouvoir répondre à une demande qui n’aura lieu que quelques jours dans l’année; le développement des centrales à cycle combiné gaz (20 tranches autorisées à la construction, 40 projets identifiés) alors que la transformation du gaz en électricité «impose d’importer 2 à 2,5 fois plus de gaz que si l’on choisissait de consommer ce même gaz pour chauffer directement les logements». Enfin, une capacité nucléaire sollicitée pour la production qui peut varier de 15.000 MW entre l’hiver et l’été, «ce qui l‘éloigne de son optimum technique et économique». Elle ne suffit même pas à assurer la demande totale, couverte par des moyens de production thermique, donc carbonés, et par les importations. «Même EDF y perd», relève Thierry Salomon, président de l’association.

Ainsi, lundi 19 octobre dernier, les prix de marché de gros de l'électricité livrée en France ont atteint 3.000 euros par mégawatt-heure entre 8h et midi, quand le tarif réglementé est de 34 euros par mégawatt-heure… Une première depuis la création de la bourse de l'électricité en France en novembre 2001.

Or, cette aberration énergétique n'est pas près de s'arrêter, selon l‘association Négawatt. «Chaque fois que nous abordons la question [le poids du chauffage électrique] au sein du groupe de travail sur la pointe [présidé par le député Serge Poignant et le sénateur Bruno Sido], on nous répond: ‘Nous sommes là pour gérer la pointe’», affirme Yves Marignac, de l’association. Comprendre: plus de centrales nucléaires et thermiques pour faire face à l’accroissement de la demande.

De nombreuses mesures aggravent le problème, estiment les membres de l’association: crédit d’impôt sur des pompes à chaleur air-air peu performantes, qui contribuent à peine moins à la pointe qu’un convecteur électrique; le label BBC («bâtiment basse consommation») de 50 kilowattheures par an et par mètre carré en énergie primaire initialement, en passe d’être détricoté; et le nouveau tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe), part «fixe» de la facture d’électricité, qui a augmenté de 15%, et qui favorise les gros consommateurs d'électricité.

Pour Marc Jedliczka, peu de gens y gagnent, et surtout pas les consommateurs, hormis les traders et les opérateurs, qui ont «besoin» de cette pointe pour vendre cher leur électricité. Aussi, Négawatt fait-elle plusieurs propositions: revoir la politique tarifaire de l’électricité pour favoriser les économies d’énergie et faire «payer plus selon la puissance souscrite et la consommation annuelle»; imposer un seuil unique de 50 kWh primaire par an et par mètre carré pour le bâtiment neuf dans le cadre de la réglementation thermique 2012; arrêter les subventions pour les pompes à chaleur les moins performantes et contribuant à la pointe; donner la priorité à l’isolation et la conversion des bâtiments chauffés à l’électricité vers les énergies renouvelables; et mettre en place une véritable contribution climat-énergie (CCE) et non une taxe carbone exonérant l’électricité.

(1) Dans le JDLE «‘Le chauffage électrique est le principal responsable des pics de consommation’»


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