PNR du Haut Allier: Wauquiez fait céder Royal

Le 02 juin 2016 par Marine Jobert
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Périmètre du futur PNR du Haut Allier.
Périmètre du futur PNR du Haut Allier.
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Le projet de création d’un parc naturel régional Sources et gorges du Haut Allier touchait à sa fin. Coup de théâtre: l’Etat retient sa signature à la demande du nouveau président de région, qui veut la peau du projet. Les associations et les élus qui avaient voté en sa faveur sont vent debout.

65 communes, 2 régions (Auvergne et Languedoc-Roussillon), 2 départements (Lozère et Haute-Loire) et 10 communautés de communes avaient dit oui à la création du parc naturel régional (PNR) Sources et gorges du Haut Allier. Mais Laurent Wauquiez n’en veut pas et, fait notable, vient de retenir la main de Ségolène Royal, qui s’apprêtait à signer le décret formalisant le soutien de l’Etat à un processus engagé il y a 5 ans maintenant. Le 1er juin, après une entrevue avec la ministre de l’environnement, le président de la grande région Auvergne-Rhône-Alpes a diffusé un communiqué victorieux. «La ministre a fait preuve d’une vraie écoute et a compris nos enjeux, elle a reconnu que la décision ne pouvait intervenir contre l’avis de la région et des acteurs locaux», a estimé Laurent Wauquiez.

Pouvoir de nuisance

Cette volonté homicide à l’égard de ce nouveau PNR n’est pas une nouvelle. Mais la volte-face ministérielle ulcère au plus haut point parmi les soutiens au projet. «Wauquiez a un pouvoir de nuisance phénoménal pour que Royal se couche ainsi», constate Roberto Epple, le président de SOS Loire vivante-ERN France, contacté par Le Journal de l’environnement. L’association avait, aux côtés de la fédération de la région Auvergne pour la nature et l'environnement et du réseau écologie Nature 43, plaidé auprès de l’Hôtel de Roquelaure pour que le processus suive son cours. Avec, notamment, le maintien de l’audition du Conseil national de protection de la nature, prévue le 9 juin. «Le report de cette audition, menaçant la création du PNR, [serait considéré comme] incompréhensible et irrespectueux de la démocratie locale», estimaient les associations dans une lettre. Formellement, leur adresse a été entendue: cette réunion se tiendra bien le 9 juin prochain. A la région Auvergne-Rhône-Alpes, on s’en contrefiche et on l’écrit: «Le dossier de PNR passera formellement comme prévu le 9 juin devant le Conseil national de protection de la nature dont l’avis est seulement consultatif».

Chambres consulaires coalisées

Selon Laurent Wauquiez, l’alternative est simple: «Soit la région injecte les financements dans une structure administrative et il ne restera rien pour les projets, soit on met le paquet pour sortir les projets d’avenir de ce territoire, aider les petites communes avec un syndicat mixte d’aménagement touristique (Smat), en accompagnement pour les aider. Pour moi le choix est clair.» Il a derrière lui des chambres de commerce, d’agriculture et des métiers, de l’artisanat et de l’industrie de Haute-Loire et de Lozère –dont les positions ont varié dans le temps-, ainsi qu’un groupe d’industriels de la région. Tous craignent, en substance, que l’activité économique des territoires pâtisse de ce classement. Faux, leur rétorque Guy Vissac, 83 ans, l’ancien président du Smat: «La charte du parc à laquelle (…) toutes les composantes actives ont participé et [à propos de laquelle elles] se sont exprimées, a été conçue comme un catalogue où toutes les forces vives du territoire trouvent le relais de leurs actions à engager. Personne n’a été oublié ni rejeté, y compris les représentants des entreprises. Je ne constate d’ailleurs pas que sur les autres PNR les entreprises auraient déménagé, au contraire.»

A coût égal

La fédération des PNR de France s’est aussi fendu d’un courrier copieux. Rappelant que la région est la première de France pour le nombre de parcs (9 existants[1] et 4 en création, couvrant 25% des communes de la région et 30% du territoire régional), qui attirent ainsi des millions de visiteurs chaque année, elle dénonce les contre-vérités de l’ancien maire du Puy. «Parmi les arguments annoncés (…) se trouve le ‘surcroît de normes et de contraintes qui pèseraient sur les élus’. Or, un PNR n’entraîne aucune réglementation particulière. (…) Vous proposez de transférer le budget prévu pour le parc à des projets mais les agents des parcs mènent justement une ingénierie de projet au service du territoire, transformant ainsi des crédits de fonctionnement en investissement bénéficiant aux entreprises présentes dans le parc. (…) La démarche des Parcs n’est pas de demander toujours plus d’argent public, elle est bien d’en faire le meilleur usage», explique Michaël Weber, le président de la fédération des PNR de France.

 

La balle est dans le camp des élus du conseil régional. Les mêmes qui avaient accordé, en avril 2016, 4,7 millions d’euros de subventions au projet de Center Parcs de Roybon (Isère), dont le sort est encore discuté par la justice et très contesté au plan local.

 



[1] Vercors, Volcans d’Auvergne, Livradois Forez, Pilat, Monts d’Ardèche, Haut Jura, Massif des Bauges, Chartreuse et Baronnies provençales.

 



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