Plus de goélands pour le CNPN

Le 06 janvier 2015 par Romain Loury
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Un goéland argenté
Un goéland argenté
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Désormais, plus besoin de demander l’avis du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) pour détruire les œufs de goélands: selon un arrêté publié mardi 6 janvier au Journal officiel, la décision de limiter les populations de cet animal protégé, mais qui prolifère en ville, pourra être directement prise par le préfet.

Si l’on est encore loin des «Oiseaux» d’Hitchcock, force est d’admettre que les goélands ont connu un essor important ces dernières années dans les villes. Outre la gêne occasionnée par les déjections, les cris nocturnes et les dégâts matériels sur les immeubles où il niche, l’animal peut s’avérer agressif envers quiconque s’approche de son nid.

Carnivore, le goéland présente par ailleurs un danger pour la biodiversité lorsqu’il prolifère en milieu naturel, en se nourrissant régulièrement d’œufs et de poussins d’autres espèces d’oiseaux. Il présente en outre un risque dans les aéroports, où son entrée accidentelle dans un réacteur au cours du décollage peut engendrer pannes et accidents.

Si l’espèce est protégée, rien n’empêche de prévenir sa prolifération en limitant l’accès à la nourriture, par exemple en disposant les sacs poubelle dans des conteneurs, ou en détruisant ses nids. Pour ce qui est d’abattre des adultes ou de détruire les œufs, le demandeur (aéroport, municipalité) doit en revanche adresser au préfet une demande de dérogation pour les espèces protégées.

Une fois dans les mains du préfet, la demande est instruite par la direction régionale environnement aménagement et logement (Dreal), et soumise pour avis au CNPN. Or c’est cette dernière étape, nationale, qui vient de disparaître avec l’arrêté publié mardi 6 janvier au Journal officiel. Désormais, seuls la Dreal et le préfet, éventuellement avec l’appui du conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN), seront impliqués.

Quatre espèces de goélands

L’arrêté n’a trait qu’à la destruction des œufs, et ce pour quatre espèces de goélands: le goéland argenté (Larus argentatus), le goéland leucophée (Larus michahellis), le goéland brun (Larus fuscus) et le goéland marin (Larus marinus). Seul moyen accepté, l’application sur la coquille d’une substance empêchant l’embryon de se développer [1]. Le dossier de demande et le rapport annuel des opérations conduites devront par ailleurs mentionner les mesures préventives, celles limitant l’accès aux ressources alimentaires ou empêchant la construction de nids.

Selon Michel Métais, président de la commission faune du CNPN et ancien directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l’arrêté vise à transférer au niveau régional «des demandes répétitives qui ont tendance à encombrer» le conseil. Avec «1.000 demandes individuelles examinées» chaque année, le goéland fait partie de ces dossiers «qui doivent être transférées au niveau régional», d’autant qu’«il n’y a aucune plus-value à un traitement national», explique-t-il au JDLE.

Quant à Pierre Maigre, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour l’Hérault, il regrette cette sortie du CNPN, qui «apportait une caution scientifique logique, indispensable». Interrogé par le JDLE, il dit craindre que le préfet n’agisse trop vite, «sous la pression des élus locaux».

Si l’arrêté prévoie plusieurs garde-fous à une destruction massive d’œufs, en l’assortissant de mesures de prévention, Pierre Maigre craint que le manque d’action ne s’accroisse en la matière. Notamment dans les villes portuaires, où les chalutiers déversent chaque jour de grandes quantités de poissons invendables, «une nourriture facile» pour les goélands, et où nombre de sacs poubelle finissent sur le trottoir plutôt que dans un conteneur.

La LPO impliquée

Dans l’Hérault comme dans d’autres départements, la LPO participe, à la demande des mairies, à la lutte contre la prolifération des goélands. «Nous ne pouvons pas nous désintéresser des problèmes occasionnés par certaines espèces», explique Pierre Maigre.

Avant toute opération de destruction d’œufs, l’association s’occupe ainsi de recenser les populations par immeuble, et aide à définir le meilleur moment pour traiter les oeufs. Notamment à Sète, où ce sont chaque année 700 œufs de goéland qui sont ainsi stérilisés, explique sa mairie, contactée par le JDLE.

Contacté par le JDLE, Fabien Brochiero, en charge de l’unité forêt-chasse à la direction départementale des territoires et de la mer de l’Hérault (DDTM 34, en charge du dossier goéland), explique que la stérilisation des œufs a commencé dès la fin des années 2000 dans le Gard, avant de s’étendre dans l’Hérault, d’abord à Sète en 2010, puis à d’autres communes côtières. Montpellier, où le goéland s’est fortement implanté, pourrait être ciblée à partir de 2016 ou de 2017, ajoute-t-il.

Au-delà du goéland, le CNPN devrait se dessaisir d’autres espèces protégées mais ne posant aucun problème d’effectif, tels que les choucas des tours, dont la gestion deviendrait entièrement régionale, explique Michel Métais. Il resterait en charge d’espèces au statut plus délicat, tels que le loup, le lynx, les vautours, l’outarde ou toute autre espèce menacée.

[1] Il s’agit en général d’une pulvérisation d’un liquide bouchant les pores de l’œuf, asphyxiant ainsi l’embryon. De quoi leurrer la femelle, qui va continuer à couver et ne pourra plus pondre dans l’année. A l’inverse du cassage d’œufs, déconseillé, qui incite au contraire le couple de goélands à se reproduire de nouveau.



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