Plus de diabète avec les boissons light

Le 14 février 2013 par Romain Loury
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Les boissons édulcorées sont liées à un plus grand risque de diabète que les boissons sucrées, révèle une grande étude française menée à l’Institut Gustave-Roussy (IGR, Inserm-université Paris-Sud 11) de Villejuif.

S’il est bien connu que les boissons sucrées favorisent la prise de poids et le diabète de type 2 (ou «diabète non insulinodépendant»), l’impact des boissons édulcorées, en premier lieu celles à l’aspartame, demeure sujet à controverse. Or leur effet pourrait être encore plus marqué que celui des boissons sucrées, suggère l’étude que viennent de publier Guy Fagherazzi, de l’IGR, et ses collègues dans l’American Journal of Clinical Nutrition (ACJN). Les chercheurs ont analysé 66.188 femmes de la cohorte E3N (Etude épidémiologique de la Mutuelle générale de l’Education nationale, MGEN), dont ils ont évalué le risque de diabète en fonction de leur consommation de boissons sucrées et édulcorées, sur une période de 14 ans. Premier constat: celles qui ne boivent ni des unes ni des autres sont celles dont le risque de diabète est le moindre.

Plus surprenant, les boissons édulcorées, pourtant moins caloriques que les sucrées, sont liées à un risque plus élevé de diabète, à quantité consommée égale. Il est accru de 15% pour une consommation hebdomadaire de 0,5 litre, de 59% pour une consommation de 1,5 litre. «Dans ce genre d’étude épidémiologique, on ne peut jamais conclure de manière certaine à un lien de causalité», reconnaît Françoise Clavel-Chapelon, directrice de recherche à l’IGR et co-auteure de l’étude. Il semble toutefois possible: le lien demeure après exclusion des femmes diagnostiquées diabétiques au cours des 5 premières années du suivi. Ce qui écarte l’idée d’une causalité inverse, à savoir la possibilité d’une plus grande consommation de boissons light chez les femmes à risque, pré-diabétiques.

Selon les chercheurs, deux mécanismes pourraient sous-tendre l’impact des boissons édulcorées. L’un, indirect, impliquerait une plus grande prise de poids, du fait que ces produits coupent moins l’appétit que les boissons sucrées. L’autre, direct, impliquerait le pic sanguin d’insuline observé après la consommation, phénomène qui, de manière répétée, entraînerait une résistance à l’insuline, précurseure du diabète. «Les boissons édulcorées sont encore considérées, et présentées commercialement, comme meilleures pour la santé que les boissons sucrées (…). Nos résultats suggèrent la nécessité de mener des études comparatives pour évaluer les conséquences métaboliques [des édulcorants artificiels] afin de confirmer un éventuel lien de causalité avec le diabète», commentent les chercheurs. «Qu’il s’agisse de boissons sucrées ou édulcorées, il vaut mieux s’en tenir aux jus de fruits naturels», conseille Françoise Clavel-Chapelon. Pas de quoi réjouir l’Association internationale pour les édulcorants (ISA), dont la branche française se dit «surprise des conclusions de l'étude, qui vont à l'encontre du corpus scientifique disponible sur la consommation de boissons avec édulcorants et leurs bénéfices».

Entre autres points litigieux, l’ISA affirme dans un communiqué que rien ne vient étayer l’idée d’un pic d’insuline ou de glycémie après la consommation d’aspartame. La question n’est pas tranchée, admet Françoise Clavel-Chapelon, qui cite deux récentes études, l’une en faveur de cette hypothèse, l’autre non. Autre point mis en cause par l’ISA, l’éventuel appétit des consommateurs d’aspartame pour le sucre. Plusieurs travaux vont toutefois dans ce sens, dont une étude américaine de 2004 ayant montré que les personnes consommant le plus de boissons light avaient 2 fois plus de risques d’obésité 8 ans plus tard. Après un premier avis sur les femmes enceintes en juin 2012 (voir le JDLE), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) prévoit d’en publier un second en cours d’année sur l’impact sanitaire de l’aspartame dans la population générale. L’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) devrait publier le sien en mai, après en avoir livré une version préliminaire début janvier, très favorable à l’aspartame (voir le JDLE).



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