Plus d’événements climatiques extrêmes aux USA?

Le 18 octobre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Qui croire: les scientifiques ou les réassureurs ?
Qui croire: les scientifiques ou les réassureurs ?

Contrairement aux climatologues américains, Munich Re estime que les changements climatiques sont à l’origine de l’accroissement du nombre et de la violence des tempêtes ayant dévasté les Etats-Unis. Le réassureur aurait-il une idée derrière la tête?

C’est devenu une habitude. Régulièrement, les géants de la réassurance publient des rapports sur la multiplication de phénomènes attribués aux changements climatiques. Cette fois, c’est Munich Re qui s’y colle.

Mercredi 17 octobre, le groupe bavarois a publié un rapport sur la fréquence des événements climatiques en Amérique du Nord entre 1980 et 2011. Et à en croire ses auteurs, il y a de quoi s’inquiéter.

S’appuyant sur ses bases de données, Munich Re affirme que les dégâts causés par des événements naturels ont presque quintuplé ces 30 dernières années, outre-Atlantique (le plus grand marché du monde de l’assurance et de la réassurance), alors qu’ils n’ont été multipliés «que» par 4 en Asie, par 2,5 en Afrique, par 2 en Europe et par 1,5 en Amérique du Sud.

Pour le secteur des assurances, cela s’exprime autrement: «Pour la période de référence, le montant des pertes imputables aux catastrophes climatiques s’est élevé à 1.060 milliards de dollars (808 milliards d’euros). Le montant pris en charge par le secteur de l’assurance s’élève à 510 Md$ (389 Md€) et quelque 30.000 personnes ont perdu la vie».

Deux facteurs expliquent cet accroissement des sinistres, estime Peter Höppe, le patron de la recherche sur les risques naturels de Munich Re. La géographie, d’une part: «Aucune chaine de montagne, allant d’est en ouest, n’empêche l’air chaud du sud de rencontrer l’air froid du nord». D’où la propension du pays à subir cyclones, sécheresses, inondations et autres blizzards.

L’autre élément à prendre en compte est l’influence du réchauffement climatique. «Jusqu’à présent, expliquent les experts du réassureur, l’accroissement des pertes causées par les événements climatiques était principalement imputable à des facteurs socio-économiques, comme la croissance démographique ou l’étalement urbain.»

Désormais, les analystes estiment que l’augmentation des conséquences des événements extrêmes n’a rien à voir avec ces facteurs, mais bien avec le changement climatique. Ce qui serait dans la veine du rapport spécial du Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (Giec) sur les phénomènes extrêmes (JDLE).

Problème: cette conclusion n’est pas partagée par les climatologues. Dans un article à paraître dans Environmental Hazards, trois spécialistes américains avancent que le nombre de tempêtes ayant dévasté les Etats-Unis n’est pas à la hausse mais à la baisse.

Se basant sur les relevés d’institutions publiques (la Noaa, notamment), Roger Pielke (université du Colorado) et ses confrères ont évalué la prévalence des tempêtes et l’évolution des coûts, selon plusieurs méthodes. Résultat: sur la durée étudiée (1950-2011), le nombre d’événements extrêmes et le coût des dommages tendent à diminuer.

Cette tendance est particulièrement évidente depuis 1974. Sur la période 1974-1999, les statistiques recensent 25.382 tempêtes, tornades et cyclones sur le territoire américain, contre 15.992 pour la période 2000-2011.

Quasi quintuplement d’un côté, diminution de l’autre. Comment expliquer une telle divergence? Plusieurs explications sont possibles. Les données sur lesquelles s’appuient les auteurs des deux études ne sont pas les mêmes: chiffres «maison» pour Munich Re et statistiques publiques pour Roger Pielke et ses co-auteurs. Autre différence: le réassureur mouline ses données comme bon lui semble, contrairement aux scientifiques dont l’article a été revu par des pairs. Enfin, les climatologues américains n’ont rien à «vendre». Contrairement à Munich Re, dont les primes intègrent le risque climatique.

Et qui dit risque croissant dit primes à la hausse.



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