Plomb: vers une mesure du ‘bruit de fond’ parisien

Le 12 février 2020 par Romain Loury
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Notre-Dame de Paris a ressuscité le risque plomb
Notre-Dame de Paris a ressuscité le risque plomb
VLDT

Près d’un an après l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, l’agence régionale sanitaire (ARS) d’Ile-de-France va mesurer le niveau de contamination par le plomb dans les espaces publics extérieurs parisiens.

Le 15 avril 2019, le toit de Notre-Dame-de-Paris partait en fumée. Et avec lui, ce sont environ 150 kilos de poussières de plomb (selon l’Institut national de l’environnement industriel et des risques, Ineris) qui ont été relâchés dans l’atmosphère. Mais au-delà de cette pollution accidentelle, il existe à Paris une contamination de fond, liée notamment aux activités industrielles et artisanales, ainsi qu’à l’érosion et au lessivage de toitures et d’appuis de fenêtre.

Afin de mieux détailler la contamination parisienne, dont l’intensité demeure largement méconnue, la direction générale de la santé (DGS) et la direction générale du travail (DGT) ont saisi l’Anses[i], fin août 2019, afin qu’elle fasse le point sur les espaces extérieurs (trottoirs, voiries, mobilier urbain et aires de jeux), et définisse les populations les plus exposées.

Les jeunes enfants au premier plan

Dans son rapport publié vendredi 7 février, l’agence estime que les plus concernés sont les enfants, notamment les plus jeunes du fait qu’ils portent fréquemment leurs mains à la bouche, mais aussi certaines catégories de travailleurs (balayeurs, manipulateurs de souffleurs). Première voie d’exposition selon l’Anses, l’ingestion, suivie de loin par l’inhalation, tandis que la voie cutanée est considérée comme négligeable.

Rappelant l’importance de se laver fréquemment les mains et de se déchausser à domicile, et prônant des mesures de plombémie chez les professionnels exposés, l’Anses reconnaît ne pas disposer d’assez de données pour évaluer la contribution des espaces extérieurs à l’exposition de la population, par rapport à d’autres sources de plomb mieux connues (alimentation, eau, habitat).

Selon Guillaume Boulanger, adjoint au chef de l’unité d’évaluation des risques liés à l’air de l’Anses, «c’est une question assez récente. Une publication française de 2015 révèle que, quand une aire de jeux est contaminée par des poussières chargées en plomb, les enfants présentent une plombémie plus élevée. Cela montre qu’il s’agit d’une voie d’exposition pertinente à analyser».

Etude pilote, avant déploiement

Dans son rapport, l’Anses évalue les méthodes les plus adaptées pour mesurer la concentration de plomb dans les poussières prélevées sur les surfaces extérieures. C’est sur la base de ces préconisations que l’ARS Ile-de-France lancera à Paris, au cours des prochaines semaines, une expérience pilote qui permettra de «traiter des éléments de méthodologie, dont définir les modalités de prélèvement, et de variabilité des mesures», explique Cécile Somarriba, directrice adjointe de la veille et de la sécurité sanitaire à l’ARS.

Pour l’Anses, de telles mesures devraient permettre de mieux déterminer l’exposition des enfants, dont «on sait qu’ils ingèrent en moyenne 100 milligrammes de poussière par jour», explique Guillaume Boulanger.

Une fois la méthode mise au point, l’ARS compte la déployer «au cours du second semestre 2020» sur la capitale, indique Pascale Giry, responsable du département santé et environnement à l’ARS. Le cas échéant, des interventions locales auront lieu pour réduire l’exposition au plomb.

A ce jour, les espaces extérieurs demeurent une ‘terra incognita’ de l’exposition environnementale aux polluants, bien moins explorée que l’alimentation, l’air extérieur ou l’air intérieur. Or au-delà du plomb, d’autres substances pourraient avoir des incidences sanitaires, tels que d’autres métaux lourds (arsenic, cadmium) et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), avance Guillaume Boulanger.

Le bilan sanitaire incertain de Notre-Dame. Suite à l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, une polémique a éclaté sur l’exposition des riverains de la cathédrale, au cours de laquelle l’ARS et la préfecture ont été critiquées pour un supposé manque de transparence. Selon un bilan dressé au 31 octobre 2019 par l’ARS, 12 enfants, sur les 1.072 examens de dépistage réalisés, se situaient au-dessus du seuil de déclaration obligatoire de 50 µg/L de sang. Pour les autorités sanitaires, l’imputation de ces cas à l’incendie demeure incertaine, en raison d’autres sources d’exposition observées chez ces enfants.


[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail