Plein feu sur le solaire thermodynamique

Le 08 juillet 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

En partenariat avec le Journal de l’Environnement, le Syndicat des énergies renouvelables organisait, jeudi, les premières rencontres du solaire thermodynamique. Une source d’énergie renouvelable, un peu oubliée, mais promise à un brillant avenir.

Au tout début de la cinquième république, la France était à la pointe de la recherche en matière d’énergies renouvelables. En une quinzaine d’années, les techniciens d’EDF accumulent les premières mondiales : usine marémotrice de la Rance, ferme éolienne de Ouessant, centre d’essais éolien de Lannion, centrale solaire thermodynamique de Targassone …
 
échecs techniques, contre-choc pétrolier et le poids de l’énergie nucléaire finissent par condamner ces programmes.
 
Des décennies durant, se souvient son directeur Gilles Flamant, le laboratoire du CNRS sur les Procédés, matériaux et énergie Solaire (PROMES) doit cesser toute activité sur l’énergie solaire. « Nous avons même dû enlever le S de l’acronyme. Et comme, nous n’avions plus le droit de faire de la recherche sur le solaire, nous travaillions officiellement sur les matériaux. »
 
De toutes les énergies renouvelables, le solaire thermodynamique a sans doute payé le plus lourd tribut. « Cette technologie a connu une nuit solaire de plus de deux décennies », résume Mariangeles Perez Latorre, la dynamique secrétaire générale d’Estela, le lobby européen du solaire thermodynamique.
 
Exploré depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le principe n’est, pourtant, pas mauvais. Par un jeu de miroirs, on concentre fortement la lumière pour produire de la chaleur. Cette énergie thermique sert à actionner un moteur Stirling qui produira de l’électricité. Plus fréquemment, elle sert à porter à haute température un fluide caloporteur, grâce auquel on produit de la vapeur qui entraînera une génératrice d’électricité.
 
Quasiment pas exploité, le potentiel de cette famille de technologies est important. « Nous considérons qu’en 2050, 20% à 25% de l’électricité mondiale pourrait être produite à partir des énergies solaires, avance Cédric Philibert, économiste à l’Agence internationale de l’énergie. Sur ce total, la moitié pourrait être générée par du solaire à concentration, soit plus de 4.000 TWh/an et une économie d’émission de CO2 de près de 3 milliards de tonnes par an. »
 
Nous en sommes encore loin. « Aujourd’hui, le marché du thermo-solaire est principalement mené par l’Espagne et les Etats-Unis. Ces deux pays cumulent un millier de MW opérationnels », détaille Laurent Belouze, responsable des énergies renouvelables au sein de la banque Natixis.
 
Mais les perspectives sont plus qu’encourageantes. En Espagne, plus de 2.000 MW sont en construction ou en développement. Soit cinq fois moins qu’aux Etats-Unis ! En Australie, le Solar Flagship Program prévoit de subventionner la construction de trois centrales solaires thermiques.
 
Retombée directe du sommet climatique de Copenhague, l’Inde développe 7 installations comparables, pour une puissance totale de 470 MW. Les Emirats arabes unis réalisent une imposante centrale de 110 MW. Et Dubaï imagine aussi d’utiliser la chaleur solaire concentrée pour dessaler l’eau de mer.
 
Sur la rive sud de la Méditerranée, le solaire thermique se lève aussi. Avec son ambitieux plan solaire, le Maroc prévoit la mise en service de 2.000 MW de capacités solaires d’ici à 2020. Située aux environs de Ouazazate, la première installation solaire thermodynamique doit diverger en 2014. Avec une puissance unitaire de 125 MW, elle sera la plus puissante du continent.
 
Pour développer l’électrification de l’Algérie, Sonelgaz parie sur les centrales hybrides. A Hassi R’mel, l’énergéticien public algérien vient de mettre en service une centrale à gaz de 125 MW, couplée à une centrale solaire à concentration de 25 MW. Trois autres projets de plus grande puissance devraient voir le jour d’ici à 2018.
 
Cette offre croissante aiguise les appétits des industriels européens. Forte de ses réalisations en Espagne, en Algérie (Hassi R’mel) Abengoa Solar prend des positions au Maroc (participation à la construction de la centrale hybride de Ain-Ben-Mathar et aux Emirats arabes unis.
 
En France, le paysage est très diversifié. Pour être présent sur le marché, Alstom et Areva ont acheté, ces derniers mois, des acteurs déjà installés (Brightsource pour Alstom et Aura pour Areva). En octobre 2009, leur grand concurrent allemand, Siemens, avait fait de même, en s’offrant l’israélien Solel Solar Systems, pour 284 millions d'euros.
 
Les entreprises de taille plus modeste ont opté pour le travail collaboratif, notamment dans les pôles de compétitivité Capenergie et Derbi pour développer leur machine. Elles lorgnent, elles aussi, sur les appels d’offres qui se multiplient hors de nos frontières, mais aussi sur le marché domestique.
 
« On ne sait pas qui, au sein du gouvernement a pris cet engagement, mais la France s’est engagé auprès de la Commission européenne a mettre en service plus de 500 MW de solaire thermodynamique d’ici à 2020 », rappelle Roger Pujol, de la CNIM.
 
Pour développer une filière tricolore, l’Ademe a lancé un appel à manifestation d’intérêt. « Son objectif, rappelle François Moisan, son directeur scientifique, est de développer des composants, d’expérimenter des systèmes et des intégrations innovants et d’expérimenter de nouveaux modèles d’affaires. » Sur les 34 projets, 5 ont été sélectionnés, dont 5 qui pourraient être testés… à l’international.
 
Prometteurs, les marchés internationaux ne sont pas forcément hors de portée des entrepreneurs tricolores. Bercy, l’agence française de développement, la banque européenne d’investissement, voire la Banque mondiale disposent de lignes de crédits spécifiques pour aider au montage de projets solaires, bien au-delà de nos frontières.
 
Reste à savoir si beaucoup d’industriels français disposent des mesures d’irradiation fiables, d’expérience en montage de projet de centrale solaire, d’importants soutiens financiers, de garanties industrielles : autant de conditions fixées par les banques pour les accompagner, en France ou à l’international. 


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus