Plastiques en mer: la santé des huîtres s’en ressent

Le 02 février 2016 par Romain Loury
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Ostréiculture sur le bassin d'Arcachon
Ostréiculture sur le bassin d'Arcachon
Ifremer

Les particules de plastique, qui abondent en milieu marin, ne réussissent guère aux huîtres: dans une étude publiée lundi 1er février dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas), des chercheurs français montrent qu’elles altèrent la digestion et les facultés reproductrices de ces bivalves.

Avec plus d’un litre d’eau filtré par heure, les huîtres et autres bivalves filtreurs sont très sensibles à la qualité de leur environnement. Et il arrive fréquemment qu’ils confondent des microparticules de plastique, d’une taille comprise entre 1 et 10 micromètres, avec du phytoplancton.

Or au rythme actuel de production mondiale de plastique, «la concentration marine de ces plastiques pourrait augmenter d’un facteur 10 d’ici 2025», rappelle Arnaud Huvet, chercheur au Laboratoire des sciences de l’environnement marin (Lemar, centre Ifremer [1] de Plouzané, Finistère), contacté mardi par le JDLE.

Dans une étude publiée lundi, le chercheur et ses collègues ont étudié l’effet sur des huîtres creuses (Crassostrea gigas) plongées pendant deux mois dans une eau contenant des microparticules de polystyrène, lisses, sphériques et d’un diamètre de 2 ou de 6 µm.

Une digestion plus laborieuse

Ce sont ces dernières, les plus grosses, qui ont l’effet le plus marqué sur les huîtres. Tout d’abord au niveau digestif: probablement par effet de compensation, elles sont obligées de filtrer bien plus d’eau pour obtenir leur ration alimentaire journalière.

Faisant mentir l’adage selon lequel «le plastique c’est fantastique», les huîtres voient leurs capacités reproductives fortement réduites: chez les femelles, la production d’oocytes, cellules sexuelles, est diminuée de 38%, tandis que leur taille est inférieure de 5%. Idem pour les spermatozoïdes, dont la mobilité est réduite de 23%.

La progéniture issue de ces gamètes en est elle-même affectée: 17 jours après la fécondation, les larves accusent un important retard de croissance, avec une taille réduite d’environ 19% par rapport aux huîtres contrôles, non exposées aux microparticules de plastique.

Un effet perturbateur endocrinien?

Le ministère de l’écologie a une fois de plus reporté l’interdiction des sacs plastique : d’abord prévue pour le 1er janvier, puis pour le 28 mars, la voici promise au 1er juillet pour les sacs à usage unique, ceux dont l’épaisseur est inférieure à 50 micromètres. Un nouveau report lié au fait que certains fabricants et distributeurs n’ont pas encore écoulé leurs stocks. Quant aux sacs et emballages non présents en caisse, tels que ceux utilisés pour les fruits et légumes, ils disparaîtront à partir de 2017, suivant un calendrier fixé selon leur teneur biosourcée.

Selon Arnaud Huvet, cet effet sur la reproduction pourrait aussi bien s’expliquer soit par l’effet digestif, l’huître se trouvant forcée d’allouer moins d’énergie à la production de cellules reproductrices, soit du fait des perturbateurs endocriniens présents dans le plastique, dont les phtalates, les retardateurs de flamme, le bisphénol A, etc.

L’effet pourrait être encore plus sévère avec des particules moins «calibrées» que celles utilisées dans leurs expériences, avance Arnaud Huvet: celles présentes dans la nature, pas forcément sphériques ou lisses, pourraient avoir un effet abrasif sur le tube digestif, et engendrer de la mortalité.

Difficile en l’état de dire quel est le niveau de menace pour les bivalves: les concentrations de microbilles de plastique, que l’on connaît peu pour des particules aussi petites, «sont très variables à l’échelle du globe», rappelle Arnaud Huvet. Selon le chercheur, le risque concerne moins la reproduction, du fait de la production abondante de gamètes, que la croissance et la résistance face aux pathogènes.

[1] Ifremer: Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer



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