Piqûre de printemps contre les pesticides

Le 23 mars 2012 par Stéphanie Senet
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L'usage des pesticides a augmenté en France entre 2008 et 2010
L'usage des pesticides a augmenté en France entre 2008 et 2010

Alors que la 7e édition de la Semaine pour les alternatives aux pesticides s’est ouverte à travers le monde, l’association Générations futures a livré, ce 23 mars, ses doléances et ses propositions concrètes pour envisager un avenir sans pesticides en France.

Comment envisager une sortie des pesticides? La réduction progressive de leur utilisation reste la première des priorités. François Veillerette, porte-parole de l’association, a rappelé que cette baisse était actée par le Grenelle, avec l’objectif de diminuer par deux le recours aux pesticides d’ici 2018 (Plan Ecophyto 2018).

Mais loin d’avoir pris ce chemin, les agriculteurs et jardiniers ont accru de 2,6% les traitements foliaires et de 7% les traitements des semences, entre 2008 et 2010, selon France Nature Environnement (FNE). Près de 62.000 tonnes de pesticides ont été utilisés en France, en 2010, dont 78% de produits de synthèse (1). Ces produits sont très majoritairement utilisés par l’agriculture (90%) mais aussi par les collectivités locales et les jardiniers amateurs (10%). Résultat: seule une politique volontariste peut inverser la tendance. «La prochaine législature devra prendre le problème à bras-le-corps», résume François Veillerette.

Deuxième priorité: l’interdiction de mettre sur le marché toute molécule cancérigène (cancérigène, mutagène et reprotoxique ou CMR 1 à 3), perturbatrice du système endocrinien ou neurotoxique. Exit aussi les polluants organiques persistants (POP), les persistants bio-accumulables et toxiques (PBT) et les très persistants et très bio-accumulables (vPvB). Si le règlement européen 1107/2009 prévoit des interdictions, il ne cible que quelques molécules, comme les CMR 1A et 1B, et laisse la porte grande ouverte à des dérogations. Par ailleurs, les neurotoxiques ne font l’objet d’aucune mesure alors que les risques sont élevés, pour les populations les plus exposées aux pesticides, de développer des maladies neurodégénératives, comme celles de Parkinson ou d’Alzheimer, note Générations futures. D’ailleurs, des alternatives non nocives à ces substances existent.

Pour améliorer le système d’homologation français, l’idée –rapide et peu coûteuse- est d’appliquer la séparation des pouvoirs. «Puisqu’un pesticide est autorisé sur deux critères, son efficacité et son innocuité, il est nécessaire d’associer au ministère de l’agriculture, les ministères de l’écologie et de la santé afin que la nocivité du produit relève des autorités compétentes», précise l’ONG.

Au programme également: la refonte de la liste des pathologies et des substances à inscrire dans les tableaux des régimes général et agricole, afin de permettre leur reconnaissance comme maladie professionnelle. «Si j’avais été affilié au régime général, mon intoxication au monochlorobenzène aurait sans doute été acceptée. Il faut savoir que le régime de la Mutualité sociale et agricole envisage très peu de maladies professionnelles», témoigne Paul François, le céréalier charentais qui a fait condamner Monsanto, le 13 février dernier, pour l’avoir intoxiqué avec un herbicide après avoir obtenu la reconnaissance de sa maladie (voir JDLE).

L’agriculteur rappelle qu’il attend toujours le classement de la maladie d’Alzheimer comme maladie professionnelle. «On nous l’avait promis pour la fin 2011. Nous sommes en mars 2012 et nous n’avons toujours rien vu», lance-t-il. Générations futures rappelle que la non-reconnaissance des maladies professionnelles liées aux pesticides n’encourage pas les personnes malades à se soigner et représente un coût à venir très important pour la société.

En matière d’étiquetage et d’information, les 140 associations réunies autour de Générations futures demandent la mention, sur les produits, de toutes les molécules qui entrent dans leur composition. Les consommateurs devraient également avoir connaissance de la présence de résidus de pesticides dans les produits alimentaires, lorsqu’il s’agit de CMR ou de perturbateur endocrinien présentant des risques reconnus (comme sur les paquets de cigarettes). Pour cela, des contrôles devront être obligatoires et systématisés.

Quant aux pulvérisations par voie aérienne, l’idée est de les interdire tout simplement. Cette mesure est prévue par la loi Grenelle II du 13 juillet 2010. Mais de nombreuses exceptions demeurent. Publiée le 5 mars dernier, une circulaire de la direction générale de l’alimentation autorise l’épandage de 7 pesticides (4 fongicides, 1 insecticide, 1 herbicide et 1 stimulateur de défenses naturelles). Six d’entre eux sont classés «dangereux pour l’environnement» et le dernier «nocif», note un article du Monde du 23 mars).

Par ailleurs, toute pulvérisation doit être encadrée par une zone-tampon de 100 mètres autour des habitations et des lieux accueillant du public, ajoute l’association.

Enfin, le développement du bio est réaffirmé et l’objectif «Zéro pesticide» est proposé pour les espaces verts et la voirie. Car les agriculteurs et les consommateurs ne sont pas les seuls à être exposés aux dangers des pesticides. Paul François, qui préside l’association Phyto-Victimes, rappelle que les salariés de l’agroalimentaire et des espaces verts sont aussi touchés.

 

(1) Le marché mondial des pesticides a représenté environ 40 milliards de dollars par an (30,2 milliards d’euros) en 2008.



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