Photovoltaïque: les Européens restent pessimistes

Le 25 février 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La capacité de production chinoise est presque deux fois supérieure à la demande mondiale.
La capacité de production chinoise est presque deux fois supérieure à la demande mondiale.

Dans quelques mois, l’Europe pourrait relever les droits de douane frappant les panneaux solaires chinois, en représailles du dumping pratiqué par l’Empire du milieu. Reste à savoir si ces mesures suffiront à faire redémarrer le secteur européen du photovoltaïque. Rien n’est moins sûr.

Le suspens est insoutenable. L’Europe va-t-elle ou non relever les droits de douane frappant les panneaux photovoltaïques chinois? La décision est attendue pour la fin du mois de mai ou le début du mois de juin. Ce qui n’interdit pas au lobby photovoltaïque européen de manifester ses craintes.

Invité, ce lundi 25 février par l’association des journalistes de l’environnement (AJE), Mogens Peter Carl dirige Eu Pro Sun. Peu connue, cette structure est à l’origine des plaintes déposées en Europe contre les pratiques anti-concurrentielles de l’industrie photovoltaïque chinoise [JDLE]. On n’en saura guère plus. «Eu Pro Sun regroupe une vingtaine d’industriels européens du secteur. Mais nous ne pouvons dévoiler leur nom, par crainte des représailles chinoises», justifie l’ancien haut fonctionnaire européen.

Un argument convaincant si l’on se souvient que Pékin menace les exportations françaises de vins et spiritueux de contrôles douaniers extrêmement rigoureux, pour le cas où l’Europe déciderait de surtaxer les panneaux solaires chinois. Pour mémoire, la France a été le seul pays à se féliciter de l’ouverture d’une enquête par l’Europe sur les pratiques chinoises. Ce qui n’a pas plu à Pékin. C’est donc une guerre commerciale qui oppose l’Empire du milieu au Vieux Monde.

Une guerre conduite par Pékin qui entend dominer le monde de l’énergie solaire. Bon connaisseur de la question, Matthieu Glanchant résume: «Pékin mène une politique industrielle de grande ampleur. A coup de subventions, la Chine a construit un secteur photovoltaïque considérable en quelques années. En 5 ans, sa part de marché est passée de 0% à plus de 80%.»

Les Européens n’ont pas anticipé l’éveil du dragon solaire. Pas plus que le ralentissement de la demande mondiale. Selon les estimations de Goldman Sachs, la Chine dispose, aujourd’hui, d’une capacité de production annuelle de 45 gigawatts crête, alors que la demande mondiale de cellules photovoltaïques atteint à peine 28 GWc, dont 2 GWc pour la Chine. «Aujourd’hui, tout le monde vend à perte», constate l’économiste de Mines Paris Tech.

Sur le continent européen, on peine à réagir. «Auparavant, nous avions une politique favorable au développement des énergies renouvelable, avec le paquet Energie-climat, la directive Renouvelables. Mais depuis quelques années, nous sommes entrés dans le ventre mou climatique. Avec comme conséquence la plus visible le moratoire français sur le solaire», résume l’eurodéputé (EELV) Yannick Jadot.

La baisse brutale des subventions s’est produite concomitamment avec l’arrivée massive de panneaux archi-subventionnés chinois. «Si l’on additionne les aides publiques directes, on estime que la Chine consacre, chaque année, l’équivalent d’une quinzaine de milliards d’euros à soutenir, directement et indirectement, son secteur photovoltaïque», avance Mogens Peter Carl.

Dit autrement, 80% des coûts des panneaux chinois seraient «pris en charge» par l’Etat ou le secteur bancaire public. Cette aide massive, et illégale au regard des règles de l’Organisation mondiale du commerce (dont la Chine est membre), permet aux industriels chinois de mettre sur le marché des produits à des prix défiant évidemment toute concurrence.

Certains observateurs font valoir que les coûts du travail sont plus faibles à Pékin qu’à Berlin. Mais selon une étude réalisée par le laboratoire américain des énergies renouvelables (NREL), le coût du travail représente moins de 10% des coûts de production des panneaux. Rien à voir avec le différentiel de prix de 80% observé entre les produits européens et chinois.

Confiants dans le fait que Bruxelles sanctionnera les panneaux chinois, les industriels européens n’en mènent pourtant pas large. «Les Etats-Unis ont déjà rehaussé les droits de douane frappant les panneaux chinois et cela n’a absolument rien changé. Les entreprises chinois dominent toujours le marché US», se lamente Mogens Peter Carl.

Ces deux dernières années, 28 producteurs européens de panneaux photovoltaïques ont fait faillite. Trois, dont BP, ont cessé toute activité dans le secteur. Huit mettent régulièrement leurs employés au chômage technique. Et trois ont été rachetés par des concurrents… chinois.



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