Photovoltaïque et voiture électrique menacent les énergies fossiles

Le 03 février 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Voitures électriques et photovoltaïque mettront-ils les fossiles KO?
Voitures électriques et photovoltaïque mettront-ils les fossiles KO?
La Poste

Parce que leurs prix vont prochainement s’effondrer, le solaire photovoltaïque et les voitures électriques vont bouter pétrole, gaz et charbon hors du marché de l’électricité et des carburants, affirme un rapport de la Carbon Tracker Initiative. Ce qui ne suffira pas à stabiliser le réchauffement.

 

La saison des scénarios bat son plein. Après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), négaWatt et BP, au tour de la Carbon Tracker Initiative (CTI) d’y aller de sa vision prospective. Peu connue en France, la CTI est un laboratoire d’idées créé par des analystes financiers et des consultants bien au fait des questions énergétiques et climatiques. La CTI est l’une des créatrices du concept de Stranded Assets, les actifs des entreprises dont la valeur s’érodera à mesure que l’on ne pourra plus utiliser d’énergies fossiles: les actions des compagnies pétrogazières, par exemple.

Publiée jeudi 2 février, sa nouvelle livraison aborde le sujet différemment. Se basant sur les évolutions constatées ces dernières années, le think tank annonce que le développement, beaucoup plus rapide que prévu, de l’énergie solaire et du véhicule électrique va bouleverser nos systèmes énergétiques. Et mettre à mal les énergéticiens.

-85% en 7 ans

Dans leur étude, les experts de la CTI rappellent que le coût de l’électricité solaire a chuté de 85% ces 7 dernières années. Et que les marges de progrès restent importantes. Actuellement, soulignent-ils, il faut débourser 1,3 milliard de dollars (1,2 Md€) pour mettre en service 1 gigawatt (GW) de capacités photovoltaïques. Dans une trentaine d’années, ce coût pourrait être divisé par deux pour les installations de particuliers et par trois pour les centrales au sol. Le Fraunhofer Institute affirme, quant à lui, que les futurs cellules souples imprimables pourront faire tomber à 250 M$/GWc le coût du solaire. Une division par 5 en une trentaine d’années.

100 milliards d’euros évaporés

Devenue l’une des sources de production d’électricité les moins chères, le photovoltaïque prendra des parts de marché aux énergies fossiles. Entre 2012 et 2020, la part du charbon dans le bouquet électrique mondial pourrait perdre 10 points. «Un recul du même ordre a déjà été observé entre 2008 et 2013: cela a dissipé 100 Md€ de capitalisations boursières des grands énergéticiens européens et quasiment ruiné l’industrie du charbon américaine», souligne la CTI.  

60% des capacités électriques

A plus long terme, le bilan est encore plus dévastateur. «En 2040, le solaire photovoltaïque représentera de 40 à 60% des capacités mondiales de production d’électricité. Et plus de 60% dans tous nos scénarios à 2050», poursuivent les rapporteurs. Jadis énergie renouvelable de prédilection, l’éolien produira environ 12% des électrons du monde. L’équilibre du système étant assuré par le déploiement de très nombreux systèmes de stockage: 1 MW de capacité de stockage pour 4 MW de sources de production intermittentes.

 

Après avoir abandonné, en 2016, l'exploitation de pétrole et de gaz, Dong a annoncé, le 3 février, l'arrêt de production d'électricité à partir de charbon, dès 2023. L'an passé, l'énergéticien danois a consommé 1,7 million de tonnes de charbon.

 

A ce rythme, la production d’électricité par les centrales au charbon pourrait plafonner dès 2020[1], avant de décliner irrémédiablement. Charbon et gaz naturel pourraient ainsi disparaître du mix électrique vers 2050. Et avec eux, les compagnies qui en assuraient la production, le transport et la distribution.

Plus de voitures électriques, c’est moins de pétrole

Semblable évolution pourrait aussi gagner le marché du véhicule électrique. Dès 2020, estime la CTI, les héritières de la Jamais Contente pourraient valoir le même prix que leurs cousines thermiques. De quoi emporter près de 20% du marché des voitures neuves. Et faire baisser de deux millions de barils par jour (mbj), vers 2025, la demande mondiale de pétrole, ainsi que cela s’était produit avant l'effondrement des prix du brut, en 2014.

Vers 2035, une voiture dans le monde sur trois pourrait carburer à l’électron. Elles seront plus de un milliard 5 ans plus tard. De quoi alléger la demande quotidienne de brut de plus de 26 millions de barils[2]: le quart de la production actuelle. Et donner quelques sueurs froides aux pays pétroliers et aux compagnies. 

La moitié du CO2

Chassés de la production d’électricité et de carburants, les énergies fossiles disparaîtront progressivement du paysage énergétique, veulent croire les experts de la CTI. Sera-ce toutefois suffisant pour maîtriser le réchauffement. Non, répondent sans hésiter les auteurs. Les transports routiers et la production d’électricité ne sont à l’origine que de 51% du CO2 anthropique. De plus, la demande énergétique mondiale sera fonction de nombreux paramètres: croissance économique, qualité des logements, modes de production agricole, etc.

Si le déploiement des technologies ‘disruptives’ que sont le photovoltaïque et le véhicule électrique entravera, à coup sûr, la montée du mercure du thermomètre planétaire, il ne le stoppera pas. En solarisant nos toitures et nos campagnes et en électrifiant notre transport routier, nous pouvons espérer limiter le réchauffement à 2°C, selon les calculs réalisés par le Met Office britannique.

Pour atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris, il faudra donc faire mieux. Améliorer les performances thermiques de nos logements et de nos bureaux, modifier sensiblement nos modes de production agricole et déployer des bataillons d’installations de captage-stockage de CO2. Comme l’impression de l’avoir déjà écrit plusieurs fois.



[1] BP et Shell situent ce moment vers 2030, ExxonMobil vers 2025.

[2] Par comparaison, BP estime que la voiture électrique ne fera baisser que de 1,2 million de barils/jour la demande de pétrole en 2035.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus