Photovoltaïque: Chine et UE s’accordent sur un tarif minimum

Le 29 juillet 2013 par Marine Jobert
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Les panneaux solaires chinois continueront à déferler sur l'Europe.
Les panneaux solaires chinois continueront à déferler sur l'Europe.
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La Chine et l’Union européenne sont parvenues à un accord tarifaire dans le dossier des panneaux solaires. Salué par les institutions communautaires et les officiels chinois, ce compromis essuie pourtant les plus vives critiques de la part des industriels européens. L’accord doit encore être entériné par la Commission européenne. Décryptage.

Les Etats membres et les industriels du secteur y étaient opposés. Mais les menaces de rétorsions douanières agitées par la Commission européenne et plusieurs semaines d’intenses négociations ont porté leurs fruits: l’UE et la Chine se sont accordées sur un prix minimum de vente des panneaux solaires et sur un volume maximum d'exportation à prix plafonné. Le prix plancher -assez proche de celui du marché- oscillerait entre 0,55 et 0,57 euro par watt. Une tarification qui s’appliquerait aux 7 premiers gigawatts de panneaux solaires[1] qu’importerait la Chine en Europe. Au-delà, toute exportation supplémentaire serait frappée d’une taxe «antidumping» de 47,6%.

 

Cet accord vise à «établir un équilibre entre deux éléments-clés: éliminer le dumping préjudiciable constaté et assurer en même temps un approvisionnement de panneaux solaires stable sur le marché de l'UE», explique Karel De Gucht, le commissaire européen au commerce dans un communiqué. Depuis le 6 juin, Bruxelles avait commencé à porter à 11,8% les taxes sur les importations de panneaux photovoltaïques chinois (ainsi que les composants et les «wafers»). Et faute d’accord, celles-ci auraient pu grimper à 47,6% à partir du 6 août. L’UE reprochait à son principal fournisseur de panneaux solaires -71% de la production mondiale de panneaux solaires est chinoise- de pratiquer des prix mortifères pour l’industrie continentale. 80% des exportations chinoises de panneaux solaires sont destinées à l’Europe. En 2011, la Chine a exporté des panneaux solaires et leurs composants essentiels pour une valeur de 21 Md€ vers l'UE.

 

Qui sort gagnant de ce bras de fer? Le commissaire européen au commerce indique que «les termes de l'engagement ont été offerts par les entreprises exportatrices chinoises de panneaux solaires, représentées par la chambre de commerce chinoise aux pourparlers». Les constructeurs chinois, largement subventionnés[2], ne sortent effectivement pas perdants de l’histoire, s’inquiète le groupement d’entreprises européennes du secteur EU ProSun –productrices de panneaux- qui avait porté plainte contre le Chine devant l’Organisation mondiale du commerce il y a plusieurs mois. D’abord parce que fixer un prix minimal d’achat de GW de panneaux solaires correspondrait à garantir une part du marché à Pékin. Ensuite parce les panneaux solaires «made in China» sont actuellement vendus à 0,59 €/W en moyenne. En février dernier, Mogens Peter Carl -le dirigeant de EU ProSun- se faisait déjà peu d’illusions sur les conséquences de réparties douanières: «Les Etats-Unis ont déjà rehaussé les droits de douane frappant les panneaux chinois et cela n’a absolument rien changé. Les entreprises chinoises dominent toujours le marché US».

 

Aujourd’hui, EU ProSun estime que cet accord «est en contradiction totale avec le droit européen». L'association annonce qu’elle va porter le dossier devant la Cour de justice de l’Union européenne, à Luxembourg. L’Alliance pour une énergie solaire abordable (Afase) –qui défend les acteurs à l'aval de la filière, c’est-à-dire les installateurs- réagit totalement à contre-pied: elle appelle les décideurs «à renoncer à une augmentation de prix qui conduirait à une solution insoutenable pour les développeurs de projets et installeurs européens du secteur photovoltaïque». Thorsten Preugschas, président de l’Afase –et PDG de Soventix GmbH- estime que «les augmentations de prix vont précipiter (…) la perte d'un nombre significatif d'emplois dans toute la chaîne de valeur de l'industrie solaire. Si le prix minimum convenu entre l’UE et la Chine était trop élevé, nous serions dans l'obligation de licencier du personnel dans l'UE».

 

 

 


[1] Soit l’équivalent de 60% du marché, en 2012.

[2] «Si l’on additionne les aides publiques directes, on estime que la Chine consacre, chaque année, l’équivalent d’une quinzaine de milliards d’euros à soutenir, directement et indirectement, son secteur photovoltaïque», avance le dirigeant d’EU Sun Pro, Mogens Peter Carl.

 

 



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