Phosphates alimentaires: l’Efsa reconnaît enfin des excès

Le 13 juin 2019 par Romain Loury
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Le jambon, chargé en phosphates
Le jambon, chargé en phosphates

Les additifs alimentaires à base de phosphates ne sont pas sans risque pour la santé, avertit l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) dans un avis publié mercredi 12 juin. Alors qu’ils sont utilisés sans restriction par l’industrie agroalimentaire, l’agence propose enfin d’en limiter la teneur.

Le phosphore et les phosphates sont nécessaires au fonctionnement de l’organisme, que ce soit au niveau cellulaire, pour le système nerveux ou la bonne santé osseuse. Outre leur présence naturelle dans de nombreux aliments (fruits à coque, poissons, viandes, œufs, fromages, etc.), l’industrie agro-alimentaire y recourt abondamment comme additif alimentaire.

Des mono- aux polyphosphates

Plusieurs additifs en contiennent, que ce soit sous forme d’acide phosphorique (E338) ou de phosphates simples (monophosphates, E339, E340, E341 et E343), utilisés par exemple comme acidifiants dans les boissons gazeuses ou pour rehausser la teneur en calcium des laitages, viale phosphate de calcium (E341).

Quant aux diphosphates (E450), triphosphates (E451) et polyphosphates (E452), on les retrouve dans les fromages fondus, mais surtout dans le jambon cuit, qui leur doit son humidité du fait qu’ils retiennent l’eau.

Or du fait des apports essentiels en phosphore, les phosphates ne faisaient à ce jour l’objet d’aucune dose journalière admissible (DJA), mais plutôt d’une dose journalière tolérable maximale -de portée nutritionnelle plus que toxicologique- fixée à 70 mg de phosphore par kg de poids corporel.

Une DJA à 40 mg/kg de poids corporel

A la lumière de nouvelles études, qui suggèrent un risque de maladies rénales en cas de consommation excessive de phosphates, l’Efsa estime qu’il existe bien un risque sanitaire. S’appuyant sur des études menées chez l’animal, l’agence fixe ainsi une DJA à 40 mg/kg de poids corporel, en tenant compte de toutes les sources (naturelles ou sous forme d’additifs) de phosphore et de phosphates.

Or cette DJA se trouve fréquemment dépassée chez les enfants: jusqu’à l’âge de neuf ans, la consommation moyenne s’élève entre 32 et 85 mg/kg de poids corporel. Chez les adolescents, la moyenne est en-dessous de la DJA, mais des dépassements (jusqu’à 56 mg/kg de poids corporel) sont observés chez les 5% les plus exposés. En revanche, pas de risque identifié chez les adultes et les seniors, où la moyenne se situe autour de 20 mg/kg de poids corporel, avec un maximum autour de 35 mg/kg.

Alors que les additifs alimentaires pourraient constituer entre 6% et 30% des apports journaliers en phosphore et phosphates, l’Efsa propose d’en limiter la quantité autorisée dans les aliments. Parmi les denrées étudiées par l’agence, certaines disposaient d’une limitation en phosphates à 20.000 mg/kg (un cinquantième du poids de l’aliment); pour d’autres, l’usage répondait au principe ‘quantum satis’, à savoir autant que nécessaire.



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