Philippe Martin, un socialiste en écologie

Le 03 juillet 2013 par Marine Jobert
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Philippe Martin, du Gers à Roquelaure.
Philippe Martin, du Gers à Roquelaure.
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Quelles sont les convictions du nouveau ministre de l’écologie? Un rapide tour d’horizon de ses prises de positions en tant que président du conseil général du Gers a de quoi surprendre, tant les grands écarts semblent nombreux. Pro-corrida et anti OGM. Défenseur du foie gras et promoteur de la bio dans les cantines. Opposé au gaz de schiste et conciliant face aux exigences d’irrigation des agriculteurs. Comment l’élu d’une région très rurale va t-il opérer sa mue gouvernementale et concilier ses convictions écologistes avec un aréopage socialiste peu sensible à l’environnement, et ce dans un contexte économique tendu? Le Journal de l’environnement fait le tour de la question.

Depuis mai 2012, Philippe Martin avait des vues sur l’hôtel de Roquelaure, persuadé que ses convictions écologistes le destinaient plus qu’un autre à endosser le costume de ministre de l’écologie. Lors de la primaire socialiste, ne soufflait-il pas à l’oreille de Martine Aubry, l’enjoignant à se positionner sur la sortie progressive de la France du nucléaire? Mais à l’heure du partage de maroquins, le clan fabiusien -dont il est- est peu récompensé et il n’est pas de la première fournée ministérielle. L’environnement tombe alors entre des mains pour le moins novices. A l’époque, des socialistes se demandent d'ailleurs à voix basse si Nicole Bricq n’est pas nommée à ce ministère pour laisser le champ libre au Sénat à Jean-François Rebsamen, maire de Dijon. Elle quittera l’écologie pour le Commerce extérieur dès le 21 juin 2012, pour avoir tenté d’imposer une remise à plat de tous les permis d’exploration de pétrole délivrés au large de la Guyane [JDLE]. Quant à Delphine Batho, elle qui visait le ministère de l’Intérieur, l’écologie ne fait absolument pas partie de ses thèmes de prédilection. Philippe Martin, lui, s’est colleté avec la thématique depuis pas mal d’années déjà. Au risques de quelques grands écarts…

 

Il le reconnaît bien volontiers: il n’a pas de «vrai» métier. Toute sa carrière, Philippe Martin l’a réalisée au service de l’Etat. Avec Paul Quilès, puis Michel Charasse comme mentors, il arpentera les couloirs de plusieurs ministères à partir de 1979 avant d’être nommé en 1992 préfet du Gers, puis préfet des Landes. Il gagne ses premiers galons d’élu en 1998, en prenant la présidence du Conseil général du Gers. En 2002, il est élu député de la 1ère circonscription du Gers. En 2012, il est renvoyé à l’Assemblée nationale dès le premier tour.

 

Un tel plébiscite, dans un département rural -97 % des communes ont moins de 2.000 habitants et près de 80% de la population vit hors des villes- ne peut pas aller sans quelques concessions. Notamment à l’endroit des chasseurs et des agriculteurs. Côté pile, Philippe Martin est l’un des treize secrétaires du groupe d’études «chasse et territoires» (dont l’un des vice-présidents est l’élu EELV François-Michel Lambert). Il n’hésite pas à demander un prolongement des périodes de chasse par ici, à flatter les chasseurs lors d’une assemblée générale –«moins de chasseurs c'est aussi le risque d'une perte d'influence du monde rural pour les décisions qui le concernent», comme le rapporte le journal Plaisirs de la chasse. Mais rien de tonitruant, toutefois. Elu d’une région gaveuse de gallinacés, il en appelle au boycott des vins de la côte ouest des états-unis quand, l’an passé, la Californie interdit la vente et la production du foie gras, le gavage étant considéré là-bas comme de la torture. Autre concession impardonnable aux yeux des défenseurs du bien-être animal: son soutien à la corrida, grande tradition locale. Enfin, l’emprise du maïs, à la culture très intensive, n’a cessé de croître dans le département. Philippe Martin a récemment remis à Jean-Marc Ayrault un rapport sur la gestion quantitative de l’eau d’irrigation [JDLE] salué par la FNSEA. Bref, depuis près de 15 ans, Philippe Martin a donné des gages clairs de non-agression à une partie de son électorat.

 

Côté face, Philippe Martin a lancé quantité de projets que ne renierait aucun écologiste dûment estampillé. Il impose en 2009 les repas «bio» dans les cantines du département, soutient l’extension de l’agriculture biologique (près de 600 exploitations dans le département) et les circuits courts –quitte à croiser le fer avec l’Etat pour avoir privilégié des filières locales- et organise un recyclage des déchets plastique assez poussé. Il crée également un service local d’intervention contre la précarité énergétique des ménages les plus modestes et s’oppose aux épandages aériens. Mais son plus haut fait d’armes reste le référendum organisé en 2004 pour interdire les essais OGM et le maïs Monsanto 810 dans son département. Un vote sans valeur juridique, mais qui le (dé)marque désormais politiquement et le propulse rédacteur des contributions du PS consacrées à l'environnement. En 2010, il dépose un recours au nom du département du Gers devant la Cour de justice européenne pour faire annuler 6 autorisations de maïs transgénique accordées par la Commission européenne. La Cour le déboutera. «Je condamne les actions de fauchage volontaire, mais je ne veux pas que les OGM se développent dans l'anonymat le plus total: il faut un vrai débat pour le respect de la démocratie et des consommateurs», confiait-il à l’époque à Sud-Ouest.

 

Au printemps 2011, il co-préside une mission d’information sur les gaz de schiste avec l’ancien député François-Michel Gonnot. Leurs conclusions divergeront du tout au tout, puisque l’élu UMP préconisera d’«investir dans des projets de recherche», quand le socialiste estimera qu’«on ne peut pas (…) vouloir réduire notre dépendance aux énergies fossiles et accroître [notre] dépendance en se lançant dans l’exploitation…d’une nouvelle énergie fossile!».

 

Dernier épisode moins connu, mais très instructif… Le Conseil général du Gers avait acquis il y a un an un étang de 37 hectares classé en Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique (ZNIEFF) –l’étang de Moura, à Avéron-Bergelle- où alevins, carpes, anguilles et tortues cistudes s’égayaient en toute quiétude. Objectif: mettre en place un programme de valorisation pédagogique et de sensibilisation à l'environnement. Un projet qui n’a pas été du goût de certains, puisqu’en août dernier, une partie de l’étang a été vidangée et une barque de pêcheur du 18ème siècle incendiée. Après plusieurs mois d’enquête, il s’avère que ce sont 8 céréaliers et éleveurs, encartés au syndicat «Jeunes agriculteurs», qui auraient joué du briquet et de la bombe (des tags aimables avaient été retrouvés, comme «Martin, pas d’eau pour les tortues» ou «Martin tu peux en acheter un autre», sans compter le traditionnel et si romantique «Martin = PD»…).

 

Ministre, Philippe Martin saura t-il rompre avec le foie gras, la tauromachie et la chasse à la palombe? Il avait prévenu qu’en 2017, quand sonnerait l’heure de la fin (relative) du cumul des mandats, c’est le Gers qui aurait sa préférence. Va t-il bichonner sa terre d’élection ou endosser des décisions qui pourront déplaire à sa base électorale? Lors de sa prise de fonctions, il a déclaré que «l'écologie est une exigence absolue.»

 

 

 

 



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