Peut-on relativiser Fukushima?

Le 30 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Et si l’on regardait l’accident de Fukushima Dai Ichi avec des yeux… japonais ? C’est l’exercice, un peu surréaliste, auquel s’est livré ce matin 30 mars à l’Assemblée nationale le président du collège de l’Autorité de sûreté nucléaire. «Au Japon, ce qui s’est passé, c’est un désastre absolu: 25.000 morts et sans doute davantage, 500.000 réfugiés, des routes disparues, des réseaux de communication interrompus. Une situation invraisemblable dans un pays aussi développé», rappelle André-Claude Lacoste. L’accident nucléaire est donc une crise majeure dans un « désastre national absolu».

 

Une crise que les observateurs occidentaux ont tendance, peut-être, à exagérer. Par manque de transparence de la part des autorités nippones? «Certes, nous disposons d’informations parcellaires et incomplètes, convient le chef des gendarmes du nucléaire français. Mais il faut se remettre dans le contexte: les instruments de mesure du site sont perdus et certaines parties du site sont difficiles d’accès.» Bref, les techniciens de Tepco et de l’autorité de sûreté japonaise essaient, avec des moyens de fortune, de maîtriser trois réacteurs instables sans rien savoir ou presque de leur état.

 

Même si le secteur nucléaire japonais n’a jamais été un modèle de transparence, André-Claude Lacoste prône la clémence. «Evidemment, leur priorité n’est pas de diffuser de l’information à l’étranger.» Et l’ASN s’interdit de soutirer des informations directement auprès de l’électricien japonais. «Je ne tolérerais d’ailleurs pas que l’autorité de sûreté japonaise soutire directement des informations auprès d’un exploitant français en cas d’accident en France», explique-t-il.

 

Pour autant, l’ASN ne navigue pas dans un brouillard total. Chaque jour, les experts des autorités de sûreté américaine dialoguent avec leurs confrères tricolores par vidéoconférence. Pas si mal, si l’on se souvient que les réacteurs à eau bouillante de la centrale accidentée sont d’origine américaine. Et que la Nuclear RegulatoryCommission a déjà dépêché une dizaine de spécialistes au Japon. Par ailleurs, l’attaché nucléaire de l’ambassade de France a, de temps en temps, un accès direct à Tepco.

 

C’est entendu, l’accident nucléaire pèse pour l’instant peu, à comparer aux morts, aux blessés, aux déplacés et aux destructions qui meurtrissent l’Empire du soleil levant.

Mais les retombées de Fukushima devraient durement et durablement secouer le secteur nucléaire mondial. L’Allemagne, l’Italie et la Suisse s’interrogent sur l’avenir de leur filière atomique. L’Union européenne devrait, avant la fin de l’année, réaliser un stress test sur ses 143 réacteurs, dont les 58 tranches tricolores. Et les pressions s’accroissent pour que les réacteurs jugés les plus dangereux, comme Fessenheim, soient arrêtés au plus vite. Aux Etats-Unis, déjà fragilisé par l’irrépressible montée en puissance des gaz non conventionnels, le business model de la relance de l’électronucléaire semble compromis.

 

A la fin du mois de juin, l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) accueillera une conférence internationale pour tirer les leçons de la catastrophe de Fukushima Dai Ichi. Nul doute que certaines règles de sûreté seront, à cette occasion, durcies. Ce qui devrait ralentir la construction des tranches futures et alourdir leur coût.

 

Comme le rappelait André-Claude Lacoste, il a fallu une dizaine d’années à Framatome et Siemens pour tirer parti des accidents de Three Miles Island et de Tchernobyl. Un retour d’expérience complété par les attentats du 11 septembre 2001. Ce qui explique que l’EPR soit, probablement, l’un des réacteurs les plus sûrs du monde, mais aussi l’un des plus chers. Et des moins vendus.



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