Peu d’alternatives performantes au bromure de méthyle

Le 15 juin 2005 par Delphine Moninot
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champ_fraisier
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Malgré l'existence de la chloropicrine et le fluorure de sulfuryle qui devraient obtenir prochainement une autorisation de mise sur le marché, les alternatives performantes au bromure de méthyle manquent.

Le 24 mai dernier, Dominique Bussereau, le ministre chargé de l'agriculture, affirmait, en réponse à une question parlementaire, que l'autorisation de mise sur le marché de la chloropicrine, un gaz de traitement des sols, interviendrait avant la fin de ce semestre. Mais le Comité d'homologation attend toujours l'avis de la Commission d'étude de la toxicité des produits antiparasitaires à usage agricole et des produits assimilés. Selon Yves Monnet, adjoint au sous-directeur de la qualité et de la protection des végétaux à la Direction générale de l'alimentation, l'autorisation du fluorure de sulfuryle, utilisé pour la conservation des denrées stockées, devrait intervenir avant celle de la chloropicrine. Toutefois ces deux substances ne régleront pas à elles seules les problèmes engendrés par l'interdiction du bromure de méthyle (CH3Br).

Depuis 1992, le bromure de méthyle, l'insecticide le plus utilisé au monde, est sur la liste des substances responsables de l'appauvrissement de la couche d'ozone, bannies par le Protocole de Montréal du 22 septembre 1987. L'objectif était l'élimination totale de la substance en 2005 dans les pays industrialisés et en 2015 pour les pays en développement. Depuis, les pays planchent sur des alternatives, même si la France, à l'instar des autres pays, a obtenu le droit d'utiliser 194 tonnes en 2005 au titre des «usages critiques», c'est-à-dire pour lesquels il n'existe encore aucune alternative. A titre de comparaison, en 2002, la consommation mondiale de CH3Br s'élevait à 15.073 tonnes, dont la moitié dans les pays développés.

Alors que le CH3Br était utilisé à la fois pour la désinfection des sols agricoles, la fumigation des graines, la protection des denrées stockées et la désinfection des magasins de stockage et moulins, chaque usage doit maintenant trouver un remplacement, chimique ou non. Outre les produits chimiques, des pratiques culturales différentes ou une action physique particulière peuvent être mises en oeuvre. «Plusieurs produits correspondant à un usage particulier peuvent être utilisés, comme des fongicides pour les champignons au sol ou des nématicides pour les vers. Pour les fraises et les concombres, les cultures hors sols sont un bon moyen de venir à bout des parasites», explique Yves Monet. Cependant, certains producteurs tiennent à la culture en terre, pour les labels par exemple. De plus, le bromure de méthyle restitue sa productivité à une terre fatiguée par la culture de la fraise, ce qui n'est pas le cas d'autres pesticides. Le choix du sol, suite à une analyse biologique sur les risques à venir et les maladies des sols, est aussi un moyen de contourner le recours au CH3Br. L'unité de flore pathogène des sols du Laboratoire national de la protection des végétaux d'Orléans réalise ce genre de tests. Pour les tomates ou les concombres, le greffage de plants résistants semble performant. «Toutes ces méthodes ne sont pas disponibles pour l'ensemble des cultures et certaines sont insuffisantes quand elles sont employées seules, relativise Yves Monet. Dans le remplacement, il faut prendre en compte les aspects économiques. Certaines méthodes nouvelles peuvent modifier considérablement les modes de culture et l'équilibre charges-bénéfices. Pour la chloropicrine, les agriculteurs ont argué du fait que le produit est déjà autorisé en Italie et Espagne, pays ayant des quotas de bromure de méthyle supérieurs à ceux de la France. Il faut trouver des conditions de concurrence pas trop déloyales entre les pays.»

Le même argument économique est avancé pour le remplacement du CH3Br dans la conservation des denrées stockées. «Même si le fluorure de sulfuryle est homologué, il coûtera 2 à 4 fois plus cher que le bromure de méthyle», s'inquiète Patrick Ducom, directeur du laboratoire national des denrées stockées de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra). Le fluorure de sulfuryle permettrait seulement de traiter les denrées infestées par des insectes. De plus, il nécessite des températures de traitement supérieures à 15°C, ce qui rend impossible son usage en hiver. La phosphine donne satisfaction pour la désinsectisation des céréales, mais ne peut être utilisée dans les moulins car la substance est corrosive. Pour le traitement des denrées, la congélation temporaire pourrait être un procédé de substitution. Elle a été mise au point par l'Inra de Bordeaux. «C'est très coûteux et plus long. Ce ne serait rentable que pour les produits à forte valeur ajoutée comme le haricot tarbais, car ce n'est pas un traitement chimique», explique Francis Fleurat-Lessard, chercheur à l'unité de recherche en mycologie et sécurité des aliments. Pour le traitement d'urgence de denrées infestées, une des solutions réside dans le conditionnement sous emballage étanche et sous atmosphère modifiée. «C'est une très bonne alternative car l'emballage protège le produit de toute réinfestation, mais c'est très cher», remarque Francis Fleurat-Lessard.

Une autre utilisation du CH3Br était l'assainissement annuel des moulins et entrepôts par fumigation. Pour cela, utiliser la chaleur semble prometteur, mais seulement pour les moulins de petite taille selon Patrick Ducom. Il s'agit de chauffer pendant 48 heures l'intérieur des bâtiments à une température de 50°C. Des études pilotes ont été entreprises aux Etats-Unis, mais pas encore en France. Il est aussi possible de remplacer le CH3Br par du CO2, mais pour un coût cinq fois supérieur à la fumigation. De plus, le gaz aurait une incidence sur l'effet de serre.




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