Pétrole: les majors européennes se tournent vers l’électricité

Le 13 mars 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Bientôt, les parcs éoliens marins d'Orsted pourraient alimenter New York.
Bientôt, les parcs éoliens marins d'Orsted pourraient alimenter New York.
Jan Arne Wold/Equinor

Shell est la dernière en date des compagnies pétrolières du Vieux monde à s’investir dans les ‘nouvelles énergies’. Un mouvement commencé au début du siècle. Auquel les Majors américaines restent encore imperméables.

 

Le monde du pétrole est divisé en deux catégories: les indécrottables du brut et les promoteurs des énergies nouvelles. Les premiers occupent les premières places du marché européen. De ce côté-ci de l’Atlantique, les choses sont un peu différentes.

En Europe, le réchauffement climatique fait évoluer les stratégies des producteurs d’hydrocarbures. Après Total et BP, au tour de Shell d’annoncer le début de la fin du pétrole. Dans un entretien accordé mardi 12 mars à Bloomberg TV, Maarten Wetselaar a annoncé une évolution significative du modèle d’affaires du pétrogazier anglo-néerlandais: «Nous pensons que nous pourrons être, au cours des années 2030, le plus important producteur d’électricité au monde». Et pour ce faire, le groupe est prêt à consacrer 2 milliards de dollars (1,76 Md€) par an.

début de décarbonation

S’il n’a pas évoqué les leviers que Shell compte actionner, le directeur de la division des nouvelles énergies a précisé les raisons qui poussent l’entreprise à envisager un début de décarbonation. Shell prend enfin en compte les pressions exercées par les actionnaires qui craignent que la généralisation de carburants alternatifs (électricité, agrocarburants, hydrogène) et les choix pro-climat des consommateurs puissent nuire à la rentabilité de leurs placements. Le début de désengagement de l’industrie pétrolière annoncé la semaine passée par le fonds souverain norvégien n’a pu que les conforter dans leur choix.

Total avait anticipé le mouvement. Le groupe présidé par Patrick Pouyanné a prévu de réaliser le tiers de son activité dans les nouvelles énergies à l’horizon 2040. Il a pour ce faire multiplié les acquisitions dans le domaine de la production d’électricité (Direct Energie), des énergies renouvelables (Lampiris et Quadran) et du stockage (SAFT).

Ørsted ouvre le bal

Mais c’est au Danemark qu’il faut chercher le véritable initiateur de ce mouvement. Dès 2002, le groupe public qui ne s’appelait pas encore Ørsted met à l’eau son premier parc éolien marin. En une quinzaine d’années, l’ancien Dong a liquidité ses activités charbonnières et pétrolières (son ex-cœur de métier) pour se recentrer sur l’électricité et les énergies renouvelables. Aujourd’hui, le groupe basé à Fredericia produit la moitié du courant danois, le tiers de la chaleur et détient 16% de la capacité de production éolienne en mer mondiale. Le groupe prévoit d'investir 27 milliards d'euros dans l'éolien marin d'ici à 2025.

L’éolien est prisé par les pétroliers scandinaves. Equinor, ex-Statoil, exploite déjà 4 parcs éoliens offshore au large du Royaume-Uni et de l’Allemagne. L’industriel norvégien a aussi beaucoup investi dans le développement de Hywind, la première ferme éolienne flottante, installée au large de l’Ecosse en 2017.

éolien marin

Pour ses débuts dans l’électricité, BP commence doucement. Après avoir acquis en 2017 une licence de distributeur au Royaume-Uni, l’ancienne Beyond Petroleum a mis la main sur Pure Planet un fournisseur d’électricité d’origine renouvelable, sur l'exploitant de bornes de recharge de voitures électriques Chargemaster et sur le producteur israélien de systèmes de recharge rapide StoreDo.

La voiture électrique? Shell n’est pas contre. Bien au contraire. Après s’être emparé du fournisseur britannique d’électricité First Energy, Shell a poursuivi son marché en achetant l’exploitant de bornes de recharge de véhicules électriques NewMotion et Sonnen, un producteur de systèmes de stockage d’électricité.

Shell Energies nouvelles a aussi pris des participations dans le parc éolien marin de Borssele (600 MW) et dans le développeur américain de centrales photovoltaïque Silicon Ranch Corp. Shell, comme Engie et Total, est en compétition pour prendre le contrôle d’Eneco, un énergéticien néerlandais en cours de privatisation. En attendant, Shell et Eneco s’associent pour développer les parcs éoliens marins Hollandse Kust III et IV (760 MW).

standards américains

La transformation de Shell aura pour effet de rapidement bouleverser sa stratégie d’investissement. Aujourd’hui, seuls 5% de l’argent investi par le groupe dirigé par Ben van Beurden est pour le moment consacré aux énergies nouvelles.

C’est encore trop au regard des standards américains. Outre-Atlantique, les géants du secteur, comme ExxonMobil ou Chevron, ne jurent que par les hydrocarbures. Le 6 mars, ExxonMobil a indiqué que ses revenus annuels allaient progresser de 140% entre 2017 et 2025. Grâce à un prix du baril moyen de 60 $ (53 €) et à des réserves d’hydrocarbures augmentées, l’an passé, de 1,3 milliard de barils.

Suite à ses investissements dans les hydrocarbures non conventionnels, Chevron espère, lui, accroître de 50% sa production de brut d’ici 2023.



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