Pesticides: une première plainte contre X

Le 27 avril 2015 par Romain Loury
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L'arsénite de sodium, interdit depuis 2001
L'arsénite de sodium, interdit depuis 2001

Première en France, la famille d’un viticulteur décédé d’un cancer lié aux pesticides a déposé, lundi 27 avril, une plainte contre X pour homicide involontaire. La procédure permettra de mieux connaître les responsabilités, aussi bien celles des fabricants que de l’Etat, espèrent les associations.

Huit ans après son départ à la retraite, James-Bernard Murat, viticulteur à Pujols (Gironde), a appris en avril 2010 qu’il souffrait d’un cancer du poumon. En février 2011, son cancer était reconnu comme maladie professionnelle liée aux pesticides, en particulier l’arsénite de sodium, fongicide dont il s’était servi durant 42 ans pour traiter ses vignes contre l’esca. Il en est décédé en décembre 2012.

Déposée lundi par sa fille, Valérie Murat, devant le pôle de santé publique du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, cette plainte contre X «aura pour objectif de mettre en exergue toutes les responsabilités, celles des fabricants de ces produits et celles des services de l’Etat», expliquent les associations Phyto-victimes et Générations futures dans un communiqué.

Outre l’homicide involontaire, la plainte mentionnera «l'omission de porter secours, l'abstention délictueuse et le délit de tromperie», a expliqué l’avocat François Lafforgue à l’Agence France Presse (AFP). Il s’agit d’une première en France, toutes les autres procédures en cours ayant trait à la reconnaissance de maladie professionnelle.

Un lien que personne «n’avait pu faire»

Obtenue en février 2011, cette reconnaissance constituait un «fait rarissime», a estimé Valérie Murat fin mars, lors de la soirée de clôture de la Semaine pour les alternatives aux pesticides. «Cela n’arrive jamais en général: les agriculteurs sont obligés de se bagarrer avec la MSA [Mutualité sociale agricole] et les experts pendant des mois, voire des années», ajoutait-elle.

«Lorsque le lien entre sa pathologie et l’utilisation professionnelle de ce pesticide a été établi, la famille Murat a été brutalement confrontée à un lien qu’aucun d’eux n’avait pu faire», expliquent Phyto-Victimes et Générations futures. «Toute sa carrière, [James-Bernard Murat] a utilisé ce produit sans que personne ne l’ait jamais averti sur la toxicité» de ce produit, indique Valérie Murat.

Définitivement interdit en 2001 en France, l’arsénite de sodium faisait l’objet d’une dérogation depuis 1973 pour la vigne, tandis que son usage était interdit pour d’autres cultures. En 1983, le produit était d’ailleurs inscrit sur le tableau des maladies professionnelles de la MSA.

D’autres pays l’avaient complètement banni de leur agriculture, dont le Royaume-Uni en 1961 et les Etats-Unis en 1988, rappelle Valérie Murat. «Le cas de l’arsénite de sodium est très représentatif de la façon dont sont traitées les évaluations et l’homologation de ces produits: on laisse des professionnels s’intoxiquer, et puis après on compte les cercueils, malheureusement il est trop tard», conclut-elle.



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