Pesticides: les scientifiques prennent la parole

Le 16 décembre 2005 par Claire Avignon
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Avant la mise en place du plan interministériel «pesticides» qui devrait prochainement être présenté par le ministère chargé de l'agriculture, les scientifiques français ont publié un rapport visant à réduire l'utilisation des pesticides et à en limiter les impacts environnementaux. Car la France est le 3e consommateur de ces produits dans le monde.

Soutenus par la ministre chargée de l'environnement, Nelly Olin, qui a estimé dans son discours d'ouverture que «la situation environnementale sur le plan des pesticides n'est pas satisfaisante dans notre pays», les scientifiques français réunis lors du colloque sur les pesticides du 15 décembre ont avancé des propositions afin de diminuer l'utilisation des pesticides dans l'agriculture, et donc leurs risques pour l'environnement (1). Inspirés par le sujet, les chercheurs et ingénieurs venus principalement de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) et de l'Institut de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement (Cemagref) ont publié un rapport de plus de 700 pages ainsi qu'une synthèse à destination des décideurs politiques.

Première conclusion du rapport: la production agricole française est (trop) dépendante techniquement et économiquement des pesticides. «Les systèmes de production sont trop souvent conçus pour maximiser le potentiel de rendement, en considérant que les problèmes phytosanitaires seront ensuite réglés par l'utilisation, facile à mettre en oeuvre, de pesticides. Cette logique a conduit au développement de systèmes de culture spécialisés et intensifs, qui favorisent justement le développement des bio-agresseurs», est-il résumé dans le rapport. Ce constat général semble partager par tous. Cependant, lorsqu'il s'agit d'établir un diagnostic précis sur les impacts environnementaux des pesticides, les choses se compliquent du fait d'un manque de données relatives à la vente de pesticides, mais aussi aux contaminations dans l'eau, l'air et le sol. C'est pourquoi les auteurs du rapport demandent la mise en place de dispositifs de surveillance et d'une veille sur les pratiques agricoles.

En ce qui concernent les solutions que les pouvoirs publics pourraient mettre en place pour réduire la consommation de pesticides, les experts n'ont pas été avares de conseils, et ils favorisent non pas une solution mais un ensemble de solutions. Dans cette perspective, la solution consistant à utiliser de façon «raisonnée» les pesticides ne doit pas être surestimée: «Les possibilités de réduction du recours aux pesticides apparaissent […] limitées tant que l'on reste dans des systèmes de culture générant des risques phytosanitaires importants.»

De son côté, Alain Carpentier, de l'Inra, a défendu la mise en place d'une taxe dissuasive sur l'utilisation des pesticides qui reste «le meilleur moyen de diminuer l'utilisation des pesticides selon les publications». Une idée qui n'est pas au goût du ministère chargé de l'agriculture dont le représentant, Gérard Lebourdais, a déclaré: «Nous ne partageons pas toutes les conclusions de l'étude, notamment en ce qui concerne la fiscalité.» Alain Carpentier propose par ailleurs des mesures d'accompagnement pour favoriser la conversion à d'autres stratégies de protection des plantes.

Reste à savoir si ce rapport connaîtra l'avenir de la plupart des autres rapports commandités par le gouvernement, l'empoussièrement, ou si des mesures précises seront prises. «Il y a des ruptures à assumer», a conclu Jean Boiffin, de l'Inra. Nelly Olin et Dominique Bussereau les assumeront-ils?



(1) Les risques concernant la santé humaine n'ont pas été pris en compte dans ce rapport.




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