Pesticides: les paysans aussi sont en danger

Le 25 juillet 2012 par Geneviève De Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Chargement des pesticides avant épandage
Chargement des pesticides avant épandage

La mission commune d'information sur les pesticides et leur impact sur la santé et l'environnement organisait mardi 24 juillet une table ronde sur le thème «Effets des pesticides sur la santé des utilisateurs, de leurs familles et des riverains: regards croisés». L’occasion pour les sénateurs qui la composent d’interroger des scientifiques, de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), de l’Inserm, un représentant de l’industrie mais aussi Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture.

Lors de cette audition, Alain Garrigou, maître de conférences en ergonomie à l'IUT Hygiène sécurité et environnement, à l’université de Bordeaux, a résumé les pratiques actuelles en matière de manipulation de produits phytosanitaires dans le monde agricole.

Il a rappelé qu’en droit français, la priorité en matière de protection est donnée à la protection collective. Et que le recours à la protection individuelle ne doit se faire que si elle est impossible du côté collectif. «En réalité, (en matière d’épandages de pesticides) nous allons directement à la protection individuelle», affirme le spécialiste du risque professionnel.

Alain Garrigou a rappelé que, selon les modèles, les combinaisons sont supposées être efficaces à 90-95%. Mais ces modèles sont adaptés à de grandes exploitations et non aux petites exploitations de polycultures, les plus présentes sur le territoire. Autre constat, ces modèles d’évaluation du risque se focalisent sur un seul produit alors que dans la réalité, les agriculteurs mélangent souvent plusieurs produits. Il évoque donc «la faiblesse des modèles pour appréhender la réalité».

Ces combinaisons ont été conçues pour l’industrie chimique et ne sont donc pas adaptées aux matières actives des produits phytosanitaires. Parce qu’il n’existe pas de combinaison qui puisse protéger de toutes les matières actives, «la charge de la connaissance est portée par l’agriculteur», affirme le spécialiste. En d’autres termes, c’est l’agriculteur qui prend les risques.

En outre, porter des combinaisons vraiment étanche, de type 3, reste très inconfortable, surtout quand il fait chaud. Les agriculteurs les ôtent souvent lors de grosses chaleurs.

Autre constat fait par Alain Garrigou, il existe de gros problèmes d’accès aux cuves de produits phyto qui ne facilitent pas la protection des ouvriers. Les cabines, quant à elles, ne sont pas adaptées aux épandages. Résultat, les exploitants montent dans la cabine avec leurs équipements de protections individuelles (EPI) et la contaminent. L’universitaire conclut qu’il existe «une marge de progrès très importante sur la conception du matériel».

Et si en matière d’exposition, on pense souvent aux phases de préparation et d’épandage, en revanche, les évaluations oublient souvent ceux qui travaillent dans les feuillages: s’ils n’ont pas été lessivés par la pluie, ils sont couverts de pesticides. Ainsi, le risque est sous-évalué pour la population des travailleurs saisonniers qui peuvent travailler dans les feuillages jusqu’à trois mois en continu. Une population qui est d’ailleurs souvent féminine…

L’universitaire bordelais constate enfin que 95% de la contamination est cutanée, en majorité au niveau des cuisses.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus