Pesticides : les bandes enherbées sont-elles utiles ?

Le 20 octobre 2010 par Célia Fontaine
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Les bandes enherbées sont-elles efficaces pour réduire le transfert des pesticides par les eaux de ruissellement ? L’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) s’est penché sur la question dans son récent rapport « Les temps forts 2009 de l’Onema ».

La pollution des milieux aquatiques par les pesticides touche à la fois les masses d’eau souterraine et les eaux de surface. « Elle constitue une menace pour la pérennité des usages de l’eau et pour les êtres vivants qui s’y développent », rappelle l’Onema.

Afin d’empêcher le transfert des pesticides via le ruissellement d’eau, il est possible d’instaurer des zones-tampons végétalisées longeant les cours d’eau, telles que les bandes enherbées. Les terres cultivées sont ainsi séparées du milieu aquatique.

Dès les années 1990, des études ont été menées sur l’utilité de ces zones-tampons en bordure des cours d’eau. « Leur efficacité à limiter les transferts de pesticides par ruissellement est généralement supérieure à 50 % et dépasse souvent 90 % pour un large spectre de substance », indiquent les synthèses réalisées par l’équipe Pollutions diffuses du Cemagref en 2005 et 2008[1]… Mais tout dépend des conditions agro-environnementales locales. Les zones-tampons humides artificielles, par exemple, sont efficaces en cas de capacité limitée d’infiltration du sol. L’efficacité de ces dispositifs enherbés pour retenir les produits phytosanitaires varie également selon les propriétés physico-chimiques des molécules.

Une étude réalisée en 2003[2] avait comparé deux herbicides du blé ayant des caractéristiques très différentes. Le diflufénicanil, au fort pouvoir de rétention par la matière organique, et l’isoproturon, plus soluble dans l’eau.

Les résultats, après trois ans d’implantation, montrent que les molécules de diflufénicanil sont retenues après quelques heures de contact, et ce de façon irréversible. « La concentration chute de 70 % dans les premiers centimètres de sol de la bande enherbée où la proportion de matières organiques particulaires (> 50 μm) est abondante ». Mais l’efficacité de la bande enherbée pour les pesticides adsorbés sur les particules les plus fines est moindre si la largeur de la bande est trop faible.

L’autre produit, l’isoproturon, est peu retenu par la bande enherbée et peut être rapidement transféré dans les 15 premiers cm de sol.

Un travail de diagnostic, financé par l'Onema, a été réalisé en 2009. Quatre départements ont été examinés : Orne, Côtes d’Armor, Mayenne et Moselle.

Le relief, la nature des parcelles riveraines (agricole, prairie, bois…), l’état de la végétation et du sol, et les écoulements ont fait l’objet d’observations, qui devront ensuite être « analysées au regard du fonctionnement hydrique global du bassin versant pour évaluer l’efficacité des zones-tampons et proposer un dispositif efficace sur ce bassin ».

Mais ce travail a d’ores et déjà permis de montrer que la seule présence de zones enherbées n’est pas toujours suffisante pour réduire fortement le transfert des pesticides. « Il ressort que l’état des zones enherbées et leur situation au sein des bassins versants sont des facteurs à considérer pour compléter le diagnostic in situ », précise l’Onema.

Deux guides techniques sur le sujet devraient paraître avant la fin de l'année 2010. Le premier porte sur le diagnostic de l'efficacité des zones-tampons de bord de cours d'eau à limiter le transfert hydrique des pesticides vers les eaux de surface. Le second, sur l'ingénierie de la mise en œuvre de bandes enherbées sur l'ensemble d'un bassin versant (pas uniquement en bord de cours d'eau). Ces études ont été réalisées par le Cemagref de Lyon et financées par l'Onema et le ministère de l'agriculture.



[1] Gouy V., Gril J.-J., Lacas J.-G., Boivin A. et Carluer N. Contamination des eaux de surface par les pesticides et rôle des zones tampons pour en limiter le transfert : état des connaissances et conséquences pour l’action. Ingénieries-EAT, 2008, numéro spécial Azote, phosphore et pesticides. Stratégies et perspectives de réduction des flux : 49-63.

[2] Benoît et al., Fonctions environnementales des dispositifs enherbés en vue de la gestion et de la maîtrise des impacts d’origine agricole. Cas des pesticides, Etude et gestion des sols, 2003, (vol.10, 4, p. 299-312)



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