Pesticides: les associations fustigent la feuille de route européenne

Le 21 janvier 2015 par Romain Loury
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Une feuille de route trop permissive?
Une feuille de route trop permissive?
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En matière de pesticides perturbateurs endocriniens, la Commission européenne doit revoir sa feuille de route publiée en juin 2014, estiment Générations futures et Pesticide Action Network (PAN) Europe. En cause, la grande majorité de ces substances, passeraient à travers les mailles de la régulation.

Suite au règlement n°1107/2009 sur les pesticides, la Commission devait publier en décembre 2013 les critères de définition de ces substances. Plus d’un an après, ils se font toujours attendre, un retard que les associations imputent au lobby des pesticides. Seule modeste avancée, la publication, en juin 2014, d’une feuille de route visant à définir ces critères, fixant plusieurs scénarios.

Or selon une analyse publiée mardi 20 janvier par Générations Futures et PAN Europe, les différentes options ne permettraient de réguler qu’un nombre très limité de pesticides perturbateurs endocriniens. Pour les deux associations, ces critères n’auront donc «que très peu d'incidence économique et ne permettront pas de protéger la santé publique».

Aucun pesticide réglementé dans le pire des cas

Les associations se sont penchées sur 31 pesticides, ayant des propriétés perturbateurs endocriniens et des effets indésirables chez les animaux de laboratoire. Ou plutôt 20, en tenant compte du fait que les autorités européennes font le plus souvent fi des travaux universitaires, non issus de l’industrie (voir le JDLE).

En ne tenant compte que des facteurs «pertinence pour l’homme» et «effets secondaires», tels que présentés dans les options 2 et 3 de la feuille de route, seuls 7 de ces pesticides seraient régulés, estiment les associations.

Avec l’option 4, qui introduit la notion, controversée, de «puissance» d’un perturbateur endocrinien, cela n’en laisserait que 4. Et l’on tombe même à 0 s’il s’agit de mener une évaluation classique des risques pour la population, ajoutent les associations.

Pour François Veillerette, porte-parole de Générations futures et président de PAN Europe, «il est urgent que la Commission reprenne en main ce dossier, et applique des critères qui permettent d’exclure réellement les pesticides dont la science nous montre qu’ils sont des perturbateurs endocriniens susceptibles d’avoir des effets négatifs sur l’être humain».

A l’Efsa, le BPA tient bon

Nouvel épisode de la bataille des perturbateurs endocriniens, l’avis publié mercredi 21 janvier par l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) sur le bisphénol A ne décevra pas les contempteurs de celle-ci. De manière attendue, ce rapport estime ainsi qu’«il n’y aucun risque pour le consommateur aux niveaux d’exposition actuels».

L’Efsa toutefois décidé de diminuer sa dose journalière admissible (DJA), qui passe de 50 µg/kg de poids corporel à 4 µg/kg. Un changement lié à de nouvelles études analysées par l’Efsa, selon lesquelles le BPA affecterait le rein, le foie, et aurait des effets sur la glande mammaire chez l’animal. Même en tenant compte de cette nouvelle DJA, les plus hautes expositions seraient «3 à 5 fois» en-dessous, affirme l’Efsa.

Pour le Réseau environnement santé, cette nouvelle DJA «est issue d'une vieille étude, par ailleurs financée par l'industrie chimique, qui n'a pas étudié l'effet des faibles doses (…) L'Anses [1] a, au contraire, tenu compte de la littérature récente et proposé dans son rapport de 2013, sur la base de la mise en évidence de tumeurs mammaires chez les souris exposées pendant la gestation une DJA de 25 nanogrammes/kg/j, soit 160 fois plus faible que celle de l'Efsa».

Selon l’association, «l’Efsa continue de nier l’évidence. La stratégie du doute [qu’elle a] mise en place, consistant à ignorer 95% du millier d'études publiées montrant une toxicité du BPA, vise à maintenir l'idée qu'il existe une incertitude quant à sa dangerosité réelle».

[1] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation.



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