Pesticides: les agriculteurs veulent-ils doubler l’Etat?

Le 27 février 2018 par Marine Jobert
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Moins de pesticides. Mais combien?
Moins de pesticides. Mais combien?

Alors que l’opinion publique tolère de moins en moins la présence des pesticides dans les aliments, l’eau, l’air et les sols, agriculteurs conventionnels et vendeurs d’intrants tentent d’afficher leur bonne volonté en lançant un «contrat de solutions», concurrent des dispositifs déjà créés par l’Etat.

Reprendre la main pour ne pas subir. Mi-novembre 2017, alors qu’à Bruxelles se jouait la tragi-comédie du renouvellement de la licence du glyphosate sur fond de révélations sur les manipulations de Monsanto, 30 organisations du monde agricole annonçaient la signature d’un «contrat de solutions pour l’avenir: une trajectoire de progrès pour la protection des plantes». Trois mois plus tard, et alors que Nicolas Hulot concède que la fin de l’herbicide d’ici trois ans dans l’Hexagone pourrait souffrir des exceptions «si certains agriculteurs ne sont pas prêts», la FNSEA[1] veut renouveler le message à l’occasion du Salon de l’agriculture: nous avons compris qu’il y a un problème dans l’opinion avec les pesticides (voir encadré). Les excellents chiffres de la bio, ainsi que l’engouement de la grande distribution, en témoignent notamment.            

Impossible zéro pesticide

«Nous avons souhaité dire que les agriculteurs ont entendu les sollicitations et vont répondre aux attentes sociétales», a déclaré lundi 26 février la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, lors d'une conférence de presse. Mais attention, pas d’emballement: «Zéro produit phytosanitaire, en agriculture, ce n'est pas possible, tout comme zéro médicament n'est pas possible», a-t-elle affirmé dans un parallèle audacieux.

Les sondages sur le sujet sont légions et démontrent tous que la présence de pesticides dans l’alimentation, l’eau, les sols et l’air préoccupent grandement la population. L’un des derniers [2] en date décrit une France qui, d’une main, veut soutenir ses agriculteur (82% pensent qu'ils ne sont pas justement rétribués par la grande distribution et 58% estiment qu'ils ne sont pas trop subventionnés), mais qui, de l’autre, critique à 79% l’usage trop important des pesticides.

Marchands de pesticides

Qui a signé ce ‘contrat de solutions’? Des organisations syndicales agricoles plébiscitées par les agriculteurs dits conventionnels (FNSEA Jeunes agriculteurs), des semenciers, des représentants des grandes cultures et de l’horticulture, des coopératives qui commercialisent intrants et conseils, des pourvoyeurs de formation ou de solutions de bio-contrôle. Parmi eux, l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), qui représente en France les intérêts de Bayer, Syngenta, BASF, Dupont et autre Monsanto. Entre novembre et février, l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra) est monté dans le bateau, ce qui en fait le premier (et le seul) organisme public à y figurer.

La revanche contre les CEPP

Que contient ce ‘contrat de solutions’? Quelque 200 «actions» réparties en 8 grands thèmes (l'innovation variétale, la robotique, les outils numériques, la recherche de nouvelles molécules, l'amélioration des pratiques agronomiques, le biocontrôle, les démarches filières et territoires et les conseils et formations). Une logique qui est justement celle des certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP), dont l’objectif est de réduire de 20% les ventes de produits entre 2016 et 2021 (quand leur utilisation a augmenté de 5% par an entre 2009 et 2013). Le ‘contrat’ prévoit notamment d’appuyer les agriculteurs par le biais de ‘fiches action’ (une trentaine fin décembre 2017). Un dispositif que la Fédération du négoce agricole (FNA), Coop de France, et l’UIPP avaient presque réussi à torpiller en l’attaquant devant le Conseil d’Etat, avant que Stéphane Le Foll le remette en selle quelques mois plus tard.

Ecophyto III arrive

Evidemment, les signataires du ‘contrat de solutions’ n’attaquent pas frontalement Ecophyto II, dont les résultats sont pour l’heure peu satisfaisants. Mais là où le plan gouvernemental affiche des objectifs chiffrés -réduction de 25% d’ici 2020 et de 50% à l’horizon 2025-, pas une ligne n’est consacrée par les promoteurs des contrats de solutions à leurs propres ambitions. Le message serait plutôt: laissez-nous nous organiser seul, «dans un échéancier défini». Défini par qui? A l’heure où se mitonne le prochain plan Ecophyto III, le message est clair: la frange majoritaire préfèrerait s’organiser seule.

 

 

 

 



[1] FNSEA: Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles

[2] Sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour France Info et Le Figaro publié vendredi 23 février, à la veille de l'ouverture du Salon de l'agriculture à Paris, réalisé auprès d'un échantillon de 973 Français, interrogés par internet les 21 et 22 février 2018.

 



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